mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2000971 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 mai 2020, 15 juin 2020, 16 juillet 2020 et 20 avril 2021, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Tarnos a fait opposition à la déclaration préalable qu'elle a déposée en vue de l'implantation, sur un terrain situé 48 boulevard Jacques Duclos à Tarnos, d'un pylône servant de support pour des antennes relais de téléphonie mobile, l'aménagement d'une zone technique et l'installation d'une clôture ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité, un adjoint au maire, dont la compétence n'est pas établie ;
- elle est fondée sur un premier motif illégal dès lors que les dispositions de l'alinéa 4 de l'article Ué 11 du règlement du plan local d'urbanisme, en tant qu'elles n'autorisent l'implantation de pylônes hertziens que dans le cas où le regroupement entre opérateurs n'est pas possible du point de vue technique, sont illégales et ne pouvaient être opposées aux travaux projetés :
* ces dispositions du règlement du plan local d'urbanisme ont été prises par une autorité incompétente dès lors que seul le pouvoir réglementaire national, ainsi que le prévoit l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques, peut réglementer le partage d'infrastructures par les opérateurs ;
* ces mêmes dispositions du PLU méconnaissent les dispositions de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme dès lors qu'elles ne reposent pas sur des considérations d'urbanisme ;
* elles portent, enfin, une atteinte disproportionnée et illégale à la liberté du commerce et de l'industrie ;
- l'auteur de la décision attaquée ne peut apprécier l'opportunité du choix de l'emplacement retenu par un opérateur de téléphonie mobile ;
- il a excédé les limites de son pouvoir de police dès lors qu'aucun texte législatif ou réglementaire, notamment pas l'article D. 98-6-1 du code des postes et communications électroniques, n'impose aux opérateurs de regrouper leurs installations sur un même site ;
- en tout état de cause, l'auteur de la décision attaquée n'est techniquement pas compétent pour se prononcer sur ce point, et le pylône de la société Bouygues Télécom installé dans le secteur n'est pas techniquement en mesure de recevoir les installations de la société Free Mobile ;
- le second motif de la décision attaquée, tiré de ce que le projet est de nature à altérer l'intérêt des lieux, est entaché d'une erreur de droit dans l'application des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et Ué 11 du règlement du PLU dès lors que le maire de Tarnos n'a pas apprécié la qualité du site sur lequel la construction est projetée ;
- ce second motif est en outre entaché d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, que les lieux environnants ne présentent aucune caractéristique susceptible de leur conférer un intérêt incompatible avec le projet, et d'autre part, que ce dernier est conçu de manière à limiter son impact sur le paysage.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juillet 2020 et 20 juillet 2022, la commune de Tarnos, représentée par Me Lecarpentier, conclut au rejet de la requête et, dans le dernier état de ses écritures, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle précise que les moyens soulevés par la société Free Mobile ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 1er août 2022.
Un mémoire, enregistré le 29 juillet 2022, présenté pour la société Free Mobile, n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lecarpentier, représentant la commune de Tarnos.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 13 mars 2020, le maire de la commune de Tarnos s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 20 janvier 2020 par la société Free Mobile en vue de l'implantation, sur un terrain situé 48 boulevard Jacques Duclos à Tarnos, d'un pylône servant de support pour des antennes relais de téléphonie mobile, d'une hauteur de 30 mètres et l'aménagement d'une zone technique au pied du pylône, clôturés par un grillage de deux mètres de hauteur. Par la présente requête, la société Free Mobile demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Si un permis de construire ou une décision de non opposition à déclaration préalable ne constitue pas un acte d'application de la réglementation d'urbanisme en vigueur et si, par suite, un requérant demandant son annulation ne saurait utilement se borner à soutenir, pour l'obtenir, qu'il a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal, mais doit faire valoir, en outre, que ce permis ou cette décision de non opposition méconnaît les dispositions d'urbanisme pertinentes remises en vigueur en application de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme, cette règle ne s'applique pas au refus de permis de construire ou à la décision d'opposition à déclaration préalable, lorsqu'il trouve son fondement dans un document d'urbanisme. Dans ce cas, ainsi que le prévoit le dernier alinéa de l'article L. 600-12-1, l'annulation ou l'illégalité de ce document d'urbanisme entraîne l'annulation du refus de permis de construire ou de la décision d'opposition pris sur son fondement, sauf au juge à procéder, le cas échéant, à une substitution de base légale ou de motifs dans les conditions de droit commun.
3. Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 " et aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes, en outre, de l'alinéa 4 de l'article Ué 11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Tarnos, approuvé par une délibération du 22 février 2005 du conseil municipal de Tarnos et modifié par une délibération du 18 février 2015 : " Dans le cas où le regroupement entre opérateurs n'est pas possible du point de vue technique, l'implantation de pylônes hertziens est autorisée sous réserve des dispositions limitant son impact dans le paysage. ".
4. Enfin, aux termes du II de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques : " L'opérateur fait en sorte, dans la mesure du possible, de partager les sites radioélectriques avec les autres utilisateurs de ces sites. / Lorsque l'opérateur envisage d'établir un site ou un pylône et sous réserve de faisabilité technique, il doit à la fois : / - privilégier toute solution de partage avec un site ou un pylône existant ; / - veiller à ce que les conditions d'établissement de chacun des sites ou pylônes rendent possible, sur ces mêmes sites et sous réserve de compatibilité technique, l'accueil ultérieur d'infrastructures d'autres opérateurs ; / - répondre aux demandes raisonnables de partage de ses sites ou pylônes émanant d'autres opérateurs. / () ".
5. D'une part, le code des postes et des communications électroniques organise de manière complète une police spéciale des communications électroniques confiée à l'Etat. Les pouvoirs de police spéciale ainsi attribués au ministre chargé des communications électroniques, à l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse et à l'Agence nationale des fréquences, qui reposent sur un niveau d'expertise et peuvent être assortis de garanties indisponibles au plan local, sont conférés à chacune de ces autorités, notamment pour veiller, dans le cadre de leurs compétences respectives, à la limitation de l'exposition du public aux champs électromagnétiques et à la protection de la santé publique. Cette législation, qui concerne l'exploitation, sur le territoire d'une commune, d'une ou plusieurs installations radioélectriques soumises à accord ou à avis de l'Agence nationale des fréquences, a une finalité distincte des dispositions du code de l'urbanisme. Par ailleurs, aucune obligation de partage des sites ou des pylônes entre les opérateurs ne résulte des dispositions précitées de l'article D. 98-6-1 du code des postes et des communications électroniques.
6. D'autre part, le conseil municipal n'a compétence pour édicter, au sein du règlement du plan local d'urbanisme, des dispositions ayant pour objet de réglementer l'implantation de pylônes servant de supports à des installations de radiotéléphonie qu'à condition que ces règles soient justifiées par un motif d'urbanisme.
7. L'arrêté attaqué comporte la citation des dispositions de l'alinéa 4 de l'article Ué 11 du règlement du PLU de la commune de Tarnos, et se fonde sur un premier motif tiré de ce qu'un pylône appartenant à un opérateur concurrent existe déjà, à une distance de 500 mètres du projet d'implantation de la société Free Mobile, et serait apte à recevoir d'autres opérateurs, et sur un second motif tiré de ce que le projet est de nature à altérer l'intérêt des lieux dès lors qu'il ne s'intègre pas dans son environnement " ainsi que dans sa durée ".
8. Toutefois, en premier lieu, le règlement du plan local d'urbanisme ne peut conditionner l'implantation de pylônes servant de supports à des installations de radiotéléphonie à l'hypothèse où le regroupement entre opérateurs n'est pas possible pour un motif technique, cette règle n'étant pas justifiée par un motif d'urbanisme. En outre, le maire de Tarnos ne saurait, sans porter atteinte aux pouvoirs de police spéciale conférés aux autorités de l'Etat, excéder son champ de compétence relatif à la conformité de la déclaration préalable aux règles d'urbanisme applicables. Par suite, les dispositions de l'alinéa 4 de de l'article Ué 11 du règlement du PLU sont entachées d'illégalité et le maire ne pouvait fonder l'opposition ici en litige sur ce premier motif.
9. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Aux termes du premier alinéa de l'article Ué 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Tarnos : " Les constructions, restaurations, agrandissements, adjonctions d'immeubles et enseignes doivent être conçus de façon à s'insérer dans la structure existante en fonction du caractère du site et s'harmoniser avec l'environnement architectural et paysager ".
10. Les dispositions précitées du premier alinéa de l'article Ué 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Tarnos ont le même objet que celles, également invoquées par les requérants, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, et posent des exigences qui ne sont pas moindres. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions de ce règlement que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.
11. Si l'arrêté attaqué est, ainsi que précisé, également fondé sur le motif tiré de ce que le projet est de nature à altérer l'aspect des lieux, le pylône, eu égard à sa dimension et à son aspect, n'étant pas considéré comme étant de nature à s'intégrer harmonieusement dans son environnement " ainsi que dans la durée ", il ressort cependant des pièces du dossier que le projet se compose d'un pylône en treillis d'une hauteur de 30 mètres, devant accueillir six antennes et deux antennes de type faisceau hertzien, disposé sur un massif enterré et une dalle sur lesquels seront installés des coffrets techniques. L'ensemble sera entouré d'une clôture de 2 mètres de hauteur avec un portillon d'accès. Il ressort également des pièces du dossier que ce projet s'insère au sein d'une zone industrielle et commerciale ne présentant aucun caractère ou intérêt architectural particulier, composée, pour l'essentiel, de hangars et de bâtiments commerciaux volumineux ainsi que d'espaces de stationnement. Si quelques maisons individuelles d'habitation se trouvent à proximité de cette zone, il ne ressort pas des pièces du dossier que le pylône projeté, privilégiant un aspect moins massif qu'un pylône en tube, portera atteinte à l'environnement à dominante industrielle et commerciale dans lequel il s'insèrera. Par suite, le maire de Tarnos, qui devait, en application des dispositions précitées du premier alinéa de l'article Ué 11 du règlement du PLU, apprécier la qualité du site dans lequel la construction est projetée, a fait une inexacte application de ces dispositions.
12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Tarnos a fait opposition à la déclaration préalable déposée pour l'implantation, sur un terrain situé 48 boulevard Jacques Duclos, d'un pylône servant de support pour des antennes relais de téléphonie mobile.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, d'une part, à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie dans la présente instance, ni a fortiori la partie perdante, la somme demandée par la société Free Mobile au titre des frais liés au litige et, d'autre part, à ce que soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la commune de Tarnos à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 mars 2020 par lequel le maire de la commune de Tarnos a fait opposition à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par la société Free Mobile est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Tarnos au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Free mobile et à la commune de Tarnos.
Copie du présent jugement sera adressé à la préfète des Landes.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
Le rapporteur,
Signé : F. ALa présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. B
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026