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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001044

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001044

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001044
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantSELARL CALLON AVOCAT & CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2020, Mme C A, représentée par Me Callon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées lui a notifié des indus de diverses prestations, pour un montant global de 23 778,86 euros ;

2°) d'annuler la décision du 13 janvier 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées a informé Mme A qu'elle envisageait de prononcer une pénalité administrative de 1 700 euros à son encontre ;

3°) d'annuler la décision du 13 mars 2020 de la commission des recours amiables portant rejet de son recours contre les décisions des 22 octobre 2019 et 13 janvier 2020 ;

4°) d'annuler la décision du 22 novembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées l'a informé de ce que le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées avait retenu le caractère frauduleux du motif de sa créance ;

5°) d'annuler les décisions implicites de rejet né du silence gardé par le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées et de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées sur son recours du 7 février 2020 dirigé à l'encontre des décisions des 22 octobre 2019 et 22 novembre 2019 ;

6°) d'annuler les décisions des 31 janvier 2020 et 31 mars 2020 par lesquelles la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées lui a rappelé son obligation de remboursement d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 548,82 euros ;

7°) à titre subsidiaire, de prononcer une remise gracieuse partielle des indus mis à sa charge ;

8°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées et du département des Hautes-Pyrénées la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la caisse d'allocations familiales n'a pas motivé sa décision ;

- un délai de prescription de deux ans s'applique en vertu de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale ;

- la pénalité administrative n'est pas justifiée ni proportionnée ; elle n'a commis aucune fraude ;

- les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation, en effet elle a toujours résidé sans le département des Hautes-Pyrénées.

La requête a été régulièrement communiquée au département des Hautes-Pyrénées qui a informé le tribunal par un courrier enregistré le 11 février 2022 que la créance qu'il détenait a été transféré au département de la Gironde, en raison du changement de résidence de Mme A.

Par un courrier du 10 mai 2022 le département de la Gironde et la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées ont été mis en demeure de produire un mémoire en défense en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif est incompétent s'agissant des indus d'allocations familiales, d'allocation de soutien familial et de prime à la naissance ; le tribunal judiciaire de Tarbes s'est déjà prononcé sur ces indus par un jugement du 10 mars 2022 ;

- les conclusions concernant l'aide personnalisée au logement sont irrecevables en l'absence de recours administratif préalable obligatoire dans le délai de deux mois ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office, respectivement tirés de l'irrecevabilité des conclusions dirigées à l'encontre du courrier du 22 novembre 2019, dès lors qu'il ne fait pas grief, de l'incompétence de la juridiction administrative pour se prononcer sur les conclusions dirigées contre la décision du 13 janvier 2020, et de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les courriers non décisoires des 31 janvier et 31 mars 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme D a été entendu, puis les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 22 octobre 2019, la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées a notifié à Mme A des indus d'allocations familiales d'un montant de 341,42 euros, d'aide personnalisée au logement d'un montant de 10 067,08 euros, de revenu de solidarité active d'un montant de 6 965,63 euros, et d'allocation de soutien familial d'un montant de 6 404,63 euros, soit un montant total de 23 778,86 euros. Par une décision du 22 novembre 2019, la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées l'a informée de ce que le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées avait retenu le caractère frauduleux de sa créance. Par une décision du 13 janvier 2020, le directeur de la caisse d'allocations familiales a informé Mme A qu'elle envisageait de prononcer à son encontre une pénalité administrative de 1 700 euros. Par des courriers des 7, 10 et 11 février 2020 Mme A a contesté devant la commission de recours amiable et le président du conseil départemental les décisions des 22 octobre 2019 et 22 novembre 2019 et celle du 13 janvier 2020. Par une décision du 13 mars 2020, ces recours ont été rejetés comme tardifs en tant qu'ils étaient dirigés contre la décision du 22 octobre 2019. Enfin, par des courriers des 31 janvier 2020 et 31 mars 2020, la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées a rappelé à Mme A son obligation de remboursement d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 548,82 euros. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces actes ou décisions et à titre subsidiaire, de prononcer une remise gracieuse partielle des indus mis à sa charge.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les indus d'allocations familiales et d'allocation de soutien familial :

2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole, à l'exception des litiges relevant du contentieux technique de la sécurité sociale ; () ". L'article L. 142-8 du même code dispose que : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Les prestations familiales comprennent : () ; 2°) les allocations familiales ; () ; 6°) l'allocation de soutien familial ; () ".

3. En application de ces dispositions, le tribunal administratif n'est pas compétent pour se prononcer sur l'indu de prestations familiales mis à la charge de Mme A. Par suite, et comme l'oppose en défense la caisse d'allocations familiales, les conclusions de la requête, en tant qu'elles concernent les indus d'allocations familiales d'un montant de 341,42 euros et d'allocation de soutien familial d'un montant de 6 404,63 euros doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre. Il résulte au demeurant de l'instruction que par un jugement du 10 mars 2022, le tribunal judiciaire de Tarbes a rejeté le recours formé par Mme A à l'encontre de ces indus.

En ce qui concerne la décision du 22 octobre 2019 en tant qu'elle porte sur l'aide personnalisée au logement et le revenu de solidarité active

4. Ainsi qu'il a été dit exposé au point 1, Mme A a formé à l'encontre de cette décision un recours devant la commission de recours amiable, lequel a été rejeté par une décision explicite du 13 mars 2020 au motif que ce recours était tardif. Cette décision prise en réponse au recours administratif préalable obligatoire formé par la requérante s'est ainsi substituée à celle du 22 octobre 2019, de sorte que les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours administratif du 7 février 2020 :

5. Il résulte de l'instruction, et ainsi qu'il vient d'être dit aux points 1 et 4 du présent jugement, le recours formé le 7 février 2020 par Mme A devant la commission de recours amiable et devant le président du conseil départemental à l'encontre de la décision du 22 octobre 2019 a été explicitement rejeté par la décision du 13 mars 2020 qui s'y est substituée. Il s'ensuit qu'aucune décision implicite de rejet n'a pu naître du silence qui aurait été gardé sur ce recours, de sorte que les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision implicite doivent également être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la décision du 22 novembre 2019 et la décision implicite de rejet du recours formé contre cette décision :

6. Par son courrier du 22 novembre 2019 la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées s'est borné à notifié à Mme A, la décision du 5 novembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées a qualifié sa dette de frauduleuse. Il s'ensuit que ce courrier ne comporte aucun caractère décisoire et ne lui fait pas grief, de sorte que les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent être rejetées comme irrecevables, de même par voie de conséquence, et en tout état de cause, que celles tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du recours formé contre ce courrier.

En ce qui concerne la décision du 13 janvier 2020 :

7. Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale dans sa version applicable au présent litige : " I. Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : 1° L'inexactitude ou le caractère incomplet des déclarations faites pour le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; 2° L'absence de déclaration d'un changement dans la situation justifiant le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée ; () / () / La personne concernée peut former, dans un délai fixé par voie réglementaire, un recours gracieux contre cette décision auprès du directeur. Ce dernier statue après avis d'une commission composée et constituée au sein du conseil d'administration de l'organisme. Cette commission apprécie la responsabilité de la personne concernée dans la réalisation des faits reprochés. Si elle l'estime établie, elle propose le prononcé d'une pénalité dont elle évalue le montant. L'avis de la commission est adressé simultanément au directeur de l'organisme et à l'intéressé. / La mesure prononcée est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire. La pénalité ne peut pas être prononcée s'il a été fait application, pour les mêmes faits, des articles L. 262-52 ou L. 262-53 du code de l'action sociale et des familles. () ".

8. Les pénalités administratives prononcées en application des dispositions de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale relèvent de la compétence du tribunal judiciaire. Dans ces conditions, les conclusions de Mme A tendant à l'annulation du courrier du 13 janvier 2020 par lequel le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées l'informe de sa décision de prononcer une pénalité à son encontre, ne relèvent pas en tout état de cause de la compétence du tribunal administratif. Il y a lieu de les rejeter comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

En ce qui concerne la décision du 13 mars 2020 :

9. Aux termes de l'article L. 351-14 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " () Le directeur de l'organisme payeur statue, après avis de la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, sur : 1° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires de l'aide personnalisée au logement en cas de réclamation d'un trop-perçu ; 2° Les contestations des décisions prises par l'organisme payeur au titre de l'aide personnalisée au logement ou de la prime de déménagement () ".

10. Il résulte de l'instruction que la décision de rejet du 13 mars 2020 est fondée sur la tardiveté du recours préalable formé par la requérante à l'encontre de la décision du 22 octobre 2019. Les moyens invoqués par Mme A, qui ne critique pas la légalité de ce motif, sont par suite inopérants. Il s'ensuit que les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne les courriers des 31 janvier 2020 et 31 mars 2020 :

11. Par ses courriers des 31 janvier et 31 mars 2020 le directeur de la caisse d'allocations familiale s'est borné à rappeler à Mme A qu'elle reste redevable de la somme de 548,82 euros correspondant à la perception indue de la prime exceptionnelle de fin d'année. Ces lettres de relance, non décisoires ne constituent pas des décisions faisant grief susceptibles de recours. Les conclusions à fin d'annulation, présentées par Mme A à leur encontre son par suite irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande de remise gracieuse :

12. D'une part, aux termes de l'article L. 351-11 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () dans les conditions prévues à l'article L. 351-14 du présent code, le montant de l'indu peut être réduit ou remis en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations. () ".

13. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

14. En l'espèce, si la requérante a contesté le bien-fondé des mis à sa charge, il ne résulte pas des recours administratifs préalables obligatoires qu'elle a exercé qu'elle aurait présenté une demande de remise gracieuse de cet indu. En l'absence d'une telle décision, il n'appartient pas au tribunal de faire œuvre d'administrateur en accordant une telle remise.

Sur les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées et du département des Hautes-Pyrénées, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C A, à la caisse d'allocations familiales des Hautes-Pyrénées, au département des Hautes-Pyrénées et au département de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La présidente,

Signé : V. QUEMENERLa greffière,

Signé : M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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