vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2001067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | MICHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juin 2020, M. B C, représenté par Me Michel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Région - Pays de la Loire a rejeté sa demande d'échange de son permis de conduire syrien délivré le 22 décembre 2015 contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Région - Pays de la Loire de procéder à l'échange de son permis de conduire, et à défaut, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de la décision est incompétent ;
- l'échange de permis aurait dû être accordé dès lors qu'au jour du dépôt de la demande, un accord de réciprocité existait entre la France et la Syrie ;
- l'appréciation de la condition de réciprocité de la demande doit s'effectuer au jour du dépôt de la demande d'échange de permis, au regard de l'article 14 de l'arrêté du 12 janvier 2012, de la circulaire du 3 août 2012 et de la note d'information du ministre de l'intérieur du 29 mai 2019 qui précise que seules les demandes incomplètes déposées avant le 19 avril 2019 pouvaient être refusées en raison de l'inexistence d'un accord de réciprocité ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 222-4 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que, sa demande étant complète à la date où il l'a présentée, sa situation juridique était définitivement constituée ;
- l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 sur la base duquel la décision attaquée a été prise, est illégal dès lors qu'en supprimant la dispense tenant à l'existence d'un accord de réciprocité, qui était un droit pour les bénéficiaires d'une protection subsidiaire, il méconnaît les stipulations de l'article 7 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- il n'a pas à supporter les conséquences de l'attitude dilatoire de l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 janvier 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 17 décembre 2019, le préfet de la Région - Pays de la Loire a rejeté la demande de M. C, reconnu réfugié de nationalité indéterminée, tendant à l'échange de son permis de conduire, délivré par les autorités syriennes le 22 décembre 2015, contre un permis de conduire français, au motif qu'il n'existe pas d'accord de réciprocité entre la France et la Syrie relatif aux échanges de permis de conduire. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, selon l'article 1er de l'arrêté du 17 septembre 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 74, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature à Mme D F, en sa qualité de directrice du centre d'expertise et de ressources titres (CERT) échange de permis de conduire étrangers, à l'effet de signer tout arrêtés et décisions individuels relevant des attributions dudit centre au nombres desquelles figure les décisions relatives aux échanges de permis de conduire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée du 3 février 2020 manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2002 : " I. ' Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. ' Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange. () ". Enfin aux termes de l'article 14 du même arrêté : " Une liste des Etats dont les permis de conduire nationaux sont échangés en France contre un permis français est établie conformément aux articles R. 222-1 et R. 222-3 du code de la route. Cette liste précise pour chaque Etat la ou les catégories de permis de conduire concernée (s) par l'échange contre un permis français. Elle ne peut inclure que des Etats qui procèdent à l'échange des permis de conduire français de catégorie équivalente et dans lesquels les conditions effectives de délivrance des permis de conduire nationaux présentent un niveau d'exigence conforme aux normes françaises dans ce domaine. Les demandes d'échange de permis introduites avant la date de publication au JORF de la liste prévue au premier alinéa du présent article sont traitées sur la base de la liste prévue à l'article 14 de l'arrêté du 8 février 1999 modifié fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. ".
4. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 qui, publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019, est entré en vigueur le lendemain de sa publication, soit le 19 avril 2019.
5. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point précédent.
6. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.
7. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.
8. En l'espèce, en premier lieu, il est constant que M. C a obtenu la qualité de réfugié de nationalité indéterminée en vertu d'une décision de l'Office français des réfugiés et apatrides du 15 juin 2019. Il est également constant qu'à la date à laquelle la décision a été prise, le 17 décembre 2019, il n'existait plus d'accord de réciprocité entre la France et la Syrie en matière d'échange de permis de conduire. Dès lors, le préfet de la Région - Pays de la Loire a pu, sans erreur de droit, légalement rejeté la demande de M. C, au motif que la condition tenant à l'existence d'un accord de réciprocité entre la France et le pays dans lequel a été obtenu le permis de conduire, applicable aux réfugiés, n'était pas remplie.
9. En deuxième lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire du 3 août 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire, qui n'a pas de valeur réglementaire, ni de la note d'information du délégué à la sécurité routière du 29 mai 2019, qui ne comprend pas d'interprétation contraire à ce qui vient d'être exposé.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la Convention de Genève : " I. Sous réserve des dispositions favorables prévues par cette Convention, tout Etat Contractant accordera aux réfugiés le régime qu'il accorde aux étrangers en général. / 2. Après un délai de résidence de trois ans, tous les réfugiés bénéficieront, sur le territoire des Etats Contractants de la dispense de réciprocité législative. / 3. Tout Etat contractant continuera à accorder aux réfugiés les droits et avantages auxquels ils pouvaient déjà prétendre, en l'absence de réciprocité, à la date d'entrée en vigueur de cette Convention pour ledit Etat. / 4. Les Etats envisageront avec bienveillance la possibilité d'accorder aux réfugiés, en l'absence de réciprocité, des droits et des avantages outre ceux auxquels ils peuvent prétendre en vertu des paragraphes 2 et 3 ainsi que la possibilité de faire bénéficier de la dispense de réciprocité des réfugiés qui ne remplissent pas les conditions visées aux paragraphes 2 et 3. ".
11. Les dispositions de l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen conditionnent l'échange du permis de conduire des bénéficiaires du statut de réfugié, des apatrides ou des étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire à l'existence d'un accord de réciprocité entre la France et l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale. M. C peut être regardé comme soutenant que cet arrêté est contraire à l'article 7 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés. Toutefois, ces stipulations n'offrent qu'une faculté pour les Etats contractants, de sorte que les dispositions de l'arrêté du 9 avril 2019 ne sont pas incompatibles avec la convention de Genève. Par suite, M. C n'est pas fondée à exciper de l'inconventionnalité de l'arrêté. Par ailleurs, et en tout état de cause, le requérant ne justifie pas, à la date de la décision attaquée, d'une résidence sur le territoire français depuis trois ans.
12. En dernier lieu, à l'appui du moyen tiré de l'existence d'un détournement de pouvoir, M. C se prévaut du mauvais vouloir de l'administration et d'un retard volontaire à instruire sa demande dans le seul but d'appliquer la nouvelle réglementation. Toutefois, aucun élément ne vient étayer une telle allégation. Il s'ensuit que le moyen ne peut être qu'écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le rejet des conclusions principales d'excès de pouvoir n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par conséquent, les conclusions accessoires à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent être que rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que M. C demande, sur le fondement combiné de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie pour information en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
La magistrate désignée,
Signé : V. REAUTLa greffière,
Signé : M. E
La République mande et ordonne et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Pour expédition,,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026