mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2001091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2020 et le 9 avril 2021, M. A B, représenté par Me Moutier, demande au tribunal :
1°) d'annuler le certificat d'urbanisme du 13 février 2020 par lequel le maire d'Artiguelouve a décidé que la parcelle cadastrée section AH n° 40 ne pouvait être utilisée en vue d'une division parcellaire destinée à la construction d'une maison à usage d'habitation, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur le recours gracieux formé à son encontre ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Artiguelouve de lui délivrer un certificat d'urbanisme positif, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à venir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Artiguelouve les entiers dépens.
Il soutient que :
- le certificat attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'opération projetée avait été autorisée par trois précédents certificats d'urbanisme ;
- le classement en zone agricole de la parcelle cadastrée section AH n° 40 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2020, la commune d'Artiguelouve, représentée par Me Marcel, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B, une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marcel, représentant la commune d'Artiguelouve.
Considérant ce qui suit :
1. Par un certificat d'urbanisme du 13 février 2020, le maire d'Artiguelouve a décidé que la parcelle cadastrée section AH n° 40 ne pouvait pas être utilisée en vue de la construction d'une maison d'habitation. M. B a formé, le 13 février 2020, un recours gracieux contre ce certificat auprès du président de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant l'annulation du certificat d'urbanisme du 13 février 2020, ensemble la décision rejetant implicitement le recours gracieux formé à l'encontre de ce certificat.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité du certificat d'urbanisme du 13 février 2020 :
2. Le certificat d'urbanisme attaqué vise l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Pau Béarn Pyrénées, qui prévoit que sont interdites toutes les occupations et utilisations du sol qui ne sont pas mentionnées à l'article A2 du même règlement. L'article A2 du même règlement prévoit que sont interdites les constructions à destination d'habitation lorsque celles-ci ne sont pas liées à une exploitation agricole. Le certificat attaqué se fonde ainsi sur le motif tiré de ce que le projet concerne la construction d'une maison individuelle à usage d'habitation non liée à une exploitation agricole.
3. En premier lieu, lorsque de nouvelles normes générales sont édictées par voie de décret ou d'arrêté, elles ont, en principe, vocation à s'appliquer immédiatement, sans que les personnes auxquelles sont, le cas échéant, imposées de nouvelles contraintes puissent invoquer le droit au maintien de la réglementation existante, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité des actes administratifs, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant l'entrée en vigueur de ces dispositions.
4. Par une délibération du 19 décembre 2019, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées a adopté un nouveau plan local d'urbanisme intercommunal, applicable à Artiguelouve, qui a eu pour effet de classer la totalité de la parcelle du requérant en zone agricole. Dès lors, le maire d'Artiguelouve était tenu de faire application de ces nouvelles dispositions réglementaires à la demande de certificat de M. B présentée le 20 décembre 2019, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que des certificats délivrés les 25 octobre 2014, 8 janvier 2016 et 11 octobre 2017, sous l'empire de l'ancien plan local d'urbanisme d'Artiguelouve, autorisaient le projet de construction sur la parcelle du requérant. Il s'ensuit, qu'en se fondant sur le classement en zone agricole de cette parcelle pour délivrer le certificat attaqué, le maire d'Artiguelouve n'a pas commis d'erreur de droit.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
6. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
7. L'un des axes du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du plan local d'urbanisme intercommunal, intitulé " des modes d'occupation et d'utilisation des sols rationalisés " comporte notamment un objectif relatif aux centralités et à l'intensification, lequel prévoit que " toutes formes nouvelles de constructions seront d'abord envisagées en tissu urbain constitué pour le développement résidentiel, et en centralités pour le développement culturel, économique, sportif et de loisirs, le tout si elles y sont compatibles compte tenu des nuisances qu'elles génèrent, des risques qu'elles entraînent, ou de leurs déterminants de fonctionnement. À défaut, ou si le potentiel foncier prioritaire dans le tissu urbain constitué ou en centralités ne permet pas de répondre aux besoins de développement, soit en raison de contraintes naturelles (inondations, topographie), soit en raison d'un impact sur l'infrastructure verte, le développement résidentiel peut s'envisager en extension, d'abord en continuité du tissu urbain constitué, ou à défaut en périphérie ou dans les hameaux où deux critères prévaudront : le renouvellement urbain et la capacité des réseaux d'énergie, d'eau et d'assainissement à accueillir de nouvelles formes de constructions. () L'intensification et le renouvellement sont prioritaires à toutes formes d'extensions. () ". Au titre de l'optimisation foncière, dans le cadre du développement résidentiel, la communauté d'agglomération réduit l'artificialisation de son territoire et l'étalement urbain, c'est-à-dire la consommation d'espaces au-delà des tissus déjà urbanisés, à environ 250 ha pour les 10 prochaines années. Le secteur est dans lequel prend place la commune d'Artiguelouve prévoit la création de 491 logements d'ici 2030. L'autre axe, intitulé " des valeurs fondatrices " comporte notamment un objectif relatif à la cohésion du territoire, lequel prévoit que " l'agriculture doit être perçue comme support de développement écologique, économique et social du territoire de l'agglomération. Il est nécessaire de " stabiliser " le foncier agricole sous pression afin d'offrir un cadre clair et des perspectives à long terme pour les agriculteurs. Les franges agricoles au contact de l'urbanisation doivent faire l'objet d'une recomposition du foncier. () ". Le rapport de présentation du PLUI, dans sa partie relative à la justification des choix, mentionne que le tissu urbain constitué répond à différents critères que sont la continuité urbaine, qui s'apprécie notamment au regard de la distance limitée entre deux bâtiments (50 m maximum), la composition urbaine impliquant la présence d'un certain nombre de bâtiments, la profondeur des espaces bâtis depuis une voie, en opposition à l'urbanisation linéaire, la discontinuité au regard d'éventuels éléments naturels (reliefs, ruisseaux, coteaux), la présence d'une offre commerciale de services de proximité ou d'équipements et la présence de bâtiments patrimoniaux ou traditionnels. Le tissu urbain constitué comprend l'ensemble des espaces imperméabilisés (parcs de stationnement, cimetières, parcs et jardins publics, stades, ) à l'exclusion des jardins familiaux et des aires d'accueil des gens du voyage lorsqu'ils sont à la frange et les dents creuses. Les cours d'eau, les haies et les franges boisées peuvent être considérés comme des limites physiques au tissu urbain constitué.
8. Il ressort du site Géoportail accessible tant au juge qu'aux parties, que la parcelle cadastrée section AH n° 40 dans la commune d'Artiguelouve, d'une superficie de 9 640 m², est vierge de toute construction et est en nature de prairie et de bois. Si elle borde au nord et à l'est un groupe d'une vingtaine de constructions qui se situent sur des terrains classés en zone UH qui longent le chemin de la Juscle, elle ouvre toutefois au nord-ouest, à l'ouest et au sud sur un vaste secteur en nature de prairie et de bois, qui est à dominante rurale. Contrairement à ce que soutient M. B, cette parcelle ne constitue pas une dent creuse, et elle ne prend pas place dans le tissu urbain constitué. À supposer que ce terrain soit desservi par les réseaux publics, cette circonstance est sans incidence sur son classement en zone agricole. Le requérant ne peut, au demeurant, utilement soutenir que cette parcelle aurait dû être classée en zone urbaine, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de vérifier qu'un autre classement était possible, mais seulement de s'assurer que le classement retenu n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Enfin, si M. B rajoute que la parcelle en cause n'est pas exploitée à des fins agricoles, elle est comprise dans le secteur des coteaux de l'entre-deux-gaves dans lequel sont pratiquées la polyculture, l'élevage et la viticulture, et présente donc un potentiel agronomique. Par suite, eu égard au parti d'aménagement voulu par les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal, la délibération attaquée portant approbation de ce document, en tant qu'il classe la parcelle en cause en zone agricole, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de la décision rejetant implicitement le recours gracieux :
9. Aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ".
10. Par une lettre du 13 février 2020 dont une copie a été adressée au maire d'Artiguelouve, M. B a formé un recours gracieux auprès du président de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées en vue d'obtenir le retrait du certificat d'urbanisme du 13 février 2020. Il ressort des pièces du dossier qu'il appartenait au président de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées de transmettre ce recours au maire d'Artiguelouve dès lors que ce dernier était compétent pour retirer le certificat attaqué. Une décision implicite de rejet est donc née du silence gardé pendant plus de deux mois par le maire d'Artiguelouve sur ce recours.
11. A supposer que les moyens soulevés au soutien des conclusions aux fins d'annulation du certificat d'urbanisme du 13 février 2020 soient également dirigés contre cette décision implicite de rejet, ils doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 3 à 8 du présent jugement.
12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Artiguelouve, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
15. M. B ne justifie pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par lui à ce titre doivent être rejetées.
16. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune d'Artiguelouve et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune d'Artiguelouve la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Artiguelouve.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Genty, première conseillère,
M. Rousseau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
Le rapporteur,
Signé : S. D
La présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. C
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Signé : M. C
N°2001091
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026