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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001173

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001173

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2020, M. D C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2020 par laquelle le préfet des Landes a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet des Landes de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du même code ;

- elle méconnaît les dispositions l'article R. 221-13 du code de la route, en ne précisant pas la nature des examens médicaux auxquels le requérant devra se soumettre ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 235-5 du code de la route et de l'arrêté du 5 septembre 2001, dans la mesure où elle ne précise pas l'identité de la personne ayant réalisé le prélèvement sanguin, ni celle des personnes qui ont assisté à ce prélèvement et réalisé les analyses ; elle ne précise pas davantage la méthode et le matériel utilisés pour ce contrôle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2020, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- l'arrêté du 5 septembre 2001 fixant les modalités du dépistage des substances témoignant de l'usage de stupéfiants, et des analyses et examens prévus par le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 2 mai 2020 à 23 heures 45, M. C a été intercepté alors qu'il circulait sur la route départementale 934 à hauteur de la commune de Sarbazan. Les gendarmes de la brigade de Villeneuve-de-Marsan ont notamment procédé à un contrôle sanguin en vue du dépistage de son imprégnation alcoolique et de la présence de produits stupéfiants. Les résultats, établis le 3 mai 2020 à 1 heures 30, ont révélé un taux d'alcool de 1.26 g/l de sang ainsi que la présence de cocaïne. Son permis de conduire a été immédiatement retenu et, par un arrêté du 11 mai 2020, la préfète des Landes a décidé de suspendre la validité de son titre de conduite pour une durée de douze mois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 235-1 du code de la route : " I.-Toute personne qui conduit un véhicule ou qui accompagne un élève conducteur alors qu'il résulte d'une analyse sanguine ou salivaire qu'elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants est punie de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. Si la personne se trouvait également sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang ou dans l'air expiré égale ou supérieure aux taux fixés par les dispositions législatives ou réglementaires du présent code, les peines sont portées à trois ans d'emprisonnement et 9 000 euros d'amende. II.-Toute personne coupable des délits prévus par le présent article encourt également les peines complémentaires suivantes : 1° La suspension pour une durée de trois ans au plus du permis de conduire ". Aux termes de l'article L. 224-7 du même code : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'État dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs et décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de la route, notamment les articles L. 224-7, L. 224-8, L. 233-1, L. 234-1 et L. 235-1, indique que M. C a refusé d'obtempérer lors d'un contrôle routier, a fait l'objet des vérifications prévues aux articles R. 234-3 et R. 235-5 qui ont révélé un taux d'alcool dans le sang de 1,26 grammes par litre de sang, ainsi que la présence de cocaïne dans l'organisme. Ces indications renseignent sur le fondement légal de la décision et permettent au requérant de comprendre les considérations de fait retenues par la préfète des Landes pour prononcer la suspension de la validité de son permis de conduire. Il s'ensuit que l'obligation de motivation à laquelle était soumise l'autorité compétente est remplie et que le vice de forme manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable " et aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

6. La décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route, qui, comme il vient d'être dit, est une mesure de police soumise à l'obligation de motivation en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, est soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

7. Pour établir l'urgence à prononcer la suspension du permis de conduire de M. C, la préfète des Landes fait valoir que ce dernier a été l'auteur de précédentes graves infractions au code de la route dont quatre résultent d'une conduite sous l'emprise de l'alcool, qu'il a refusé d'obtempérer aux prescriptions des gendarmes lors du contrôle litigieux, et que les précédentes suspensions de validité de son permis de conduire n'ont pas modifié son comportement dangereux. Ces considérations, non contestées, sont de nature à caractériser une situation d'urgence qui dispense l'autorité administrative de la mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue au 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il s'ensuit que le vice de procédure est inopérant et doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " I.- Le préfet soumet à des analyses ou à des examens médicaux, cliniques et biologiques notamment salivaires et capillaires : / () 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction ou suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles visées au 1° ci-dessus () ". Aux termes de l'article R. 221-14 du même code : " I. - Postérieurement à la délivrance du permis, le préfet peut enjoindre à un conducteur de se soumettre à un contrôle médical : () 3° Avant la restitution de son permis, à tout conducteur () à l'encontre duquel il a prononcé une mesure restrictive ou suspensive du droit de conduire pour l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1 et L. 234-8, afin de déterminer si l'intéressé dispose des aptitudes physiques nécessaires à la conduite du véhicule. () ".

9. Si l'application de ces dispositions du code de la route implique que l'autorité préfectorale indique au conducteur le délai dans lequel une visite médicale doit être effectuée et la nature des examens auxquels il doit se soumettre, l'absence de ces précisions, qui aurait seulement pour conséquence de faire obstacle à ce que soit refusée la restitution du permis de conduire à l'expiration de la période de sa suspension, est sans influence sur la légalité de la mesure de suspension en elle-même. Il s'ensuit que le moyen tiré de leur méconnaissance est inopérant et doit être écarté.

10. En dernier lieu, en contestant la fiabilité et la régularité du contrôle sanguin auquel il a été soumis, M. C tend, en réalité, à remettre en cause l'élément matériel des infractions qui lui sont reprochées, dont le contrôle relève de la seule compétence du juge pénal. Dès lors, un tel moyen ne peut être qu'écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2020 par lequel la préfète des Landes a suspendu son permis de conduire pour une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le rejet des conclusions principales n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Il s'ensuit que les conclusions accessoires à fin d'injonction ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie pour information en sera adressée à la préfète des Landes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 202La magistrate désignée,

V. REAUTLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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