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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001282

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001282

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantDUFFAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure devant le tribunal judiciaire de Pau :

Par un jugement du 3 juillet 2020, enregistré le 9 juillet suivant au greffe du tribunal administratif de Pau, le tribunal judiciaire de Pau a transmis au tribunal le dossier de la requête de Mme A C, en tant que le recours porte sur un indu de prime d'activité.

Procédure devant le tribunal administratif de Pau :

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal judiciaire de Pau le 4 novembre 2019, Mme A C, représentée par Me Duffau, conteste la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime a maintenu à sa charge un indu de prime d'activité d'un montant de 1 442,64 euros au titre des mois d'avril à décembre 2016.

Elle soutient qu'elle a cohabité avec M. B sans que cela puisse être qualifié de vie commune ; la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques commet donc une erreur d'appréciation en estimant qu'il existait une communauté d'intérêts avec M. B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la demande indemnitaire est irrecevable à défaut pour la requérante de justifier d'une réclamation préalable ;

- le moyen soulevé par Mme C n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique tenue le 20 octobre 2022 à 15 heures, en présence de Mme Dangeng, greffière d'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été bénéficiaire de plusieurs prestations sociales alors qu'elle vivait en Charente-Maritime, en dernier lieu en qualité de personne isolée. Elle a fait l'objet d'un contrôle sur place à l'issue duquel l'agent assermenté a considéré, d'une part, que contrairement à la déclaration qui avait été faite, le foyer était composé de deux personnes, et d'autre part, qu'il existait une suspicion de fraude. Après que les demandes de documents complémentaires sont restées sans réponse de la part de Mme C, la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime, faute de connaitre le montant exact des ressources du foyer, a remis en cause la totalité des droits de l'allocataire et, par une décision du 10 janvier 2018, lui a réclamé le remboursement des prestations versées. Le tribunal judiciaire de Pau, à qui a été transmis le jugement du dossier dont était saisi le tribunal judiciaire de La Rochelle à la suite du déménagement de Mme C dans les Pyrénées-Atlantiques, a rejeté les conclusions dirigées contre l'indu d'allocation de logement sociale ainsi que les conclusions indemnitaires fondées sur les dispositions du code civil et a renvoyé au tribunal administratif de Pau les conclusions dirigées contre la décision implicite par laquelle, à la suite du recours préalable obligatoire formé le 26 février 2018 par Mme C, l'indu de prime d'activité de 1 442,64 euros a été confirmé.

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu ou de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / () / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. () ". Selon l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges. Lorsque l'un des membres du couple réside à l'étranger, n'est pas considéré comme isolé celui qui réside en France. ".

5. Par ailleurs, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active comme pour celui de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles et l'article R. 842-3 du code de la sécurité sociale. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec l'allocataire une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

7. Pour fonder l'indu de prime d'activité en litige, les autorités compétentes ont remis en cause le changement de situation familiale déclaré par Mme C le 15 février 2016, passant d'un foyer constitué avec M. B à une situation de personne isolée. Ce motif repose sur les conclusions d'un contrôle effectué sur pièces et sur place par un agent assermenté qui a constaté, en novembre 2017, que le nouveau logement de la requérante, situé 39 rue de la Rochelle à Marsilly dans lequel elle a emménagé le 1er mai 2017, était déclaré comme le domicile de M. B auprès du régime social des indépendants et des banques. Cet agent a également constaté que ce dernier assurait le paiement du loyer alors que la requérante prétendait, au cours du contrôle, en assumer la charge. Enfin, les véhicules professionnel et personnel de M. B ont été vus en stationnement devant ce domicile tard le soir et tôt le matin. En se bornant à alléguer, sans l'établir, que le contrôle se serait déroulé dans des conditions irrégulières, et à se prévaloir de ce que son orientation sexuelle s'oppose à la reconnaissance d'une vie commune avec ce dernier, Mme C ne conteste pas utilement les indices relevés qui ont conduit à retenir l'existence d'une vie commune avec M. B et donc, d'un foyer au sens et pour l'application des dispositions énoncées aux points 3 à 5. Il s'ensuit que c'est à bon droit qu'un indu de prime d'activité de 1 442,64 euros au titre des mois d'avril à décembre 2016 a été maintenu à la charge de Mme C.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense à des conclusions indemnitaires dont le tribunal administratif de Pau n'est en tout état de cause pas saisi, les conclusions de Mme C relatives à l'indu de prime d'activité maintenu à sa charge doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente,

V. QUEMENER

La greffière,

M.DANGENG

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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