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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001296

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001296

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSCP BOUYSSOU & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés le 8 juillet 2020, le 8 septembre 2021 et le 27 octobre 2021, Mme A B, représentée par Me Radé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2019 par laquelle le maire de la commune d'Escource l'a mise en demeure d'ouvrir le chemin rural n°2 qui a été fermé au droit des parcelles C405 et 406 et C400 et 402 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Escource une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme car elle a été prise par un simple courrier recommandé et ne respecte aucune exigence légale ;

- en l'absence d'affectation à l'usage du public, le chemin litigieux ne remplit pas les conditions posées aux articles L. 161-1 et L. 161-2 du code rural et ne saurait être qualifié de chemin rural ; aucun élément ne permet de délimiter l'emprise de l'ancien chemin rural ni d'indiquer sa présence comme en témoignent plusieurs habitants du quartier ; cette situation perdure depuis plus de trente ans ; lorsqu'elle a acheté sa maison en 2000, la parcelle était déjà clôturée et il n'existait aucune trace visible du chemin dans sa propriété ; elle n'est pas à l'origine de cet état de fait ; la mairie en avait d'ailleurs pris acte en proposant un nouveau tracé officiel en 2009 ; la commune n'a jamais procédé à une opération de surveillance et de contrôle sur ce chemin depuis des années ;

- c'est seulement en 2019, alors que la mairie avait accordé à tort une autorisation de clôturer la parcelle d'un voisin, fermant ainsi les accès au bourg existant, qu'elle a adressé la mise en demeure en cause ; aucun élément du courrier du SDIS du 13 août 2019 ne permet d'indiquer que sa clôture a posé des difficultés au service de secours ; aucun élément ne permet de démontrer que la clôture de la propriété a empêché l'accès et l'entretien des fossés desservant le hameau du Mayne ; l'ouverture du chemin rural sur sa parcelle serait inutile puisque le chemin prendrait fin 100 mètres plus loin sur la clôture d'un autre voisin.

Par des mémoires en défense enregistrés le 9 juillet 2021 et le 7 octobre 2021, la commune d'Escource, représentée par Me Lecarpentier, conclut au rejet de la requête, et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Madelaigue, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Réault, rapporteure publique,

- les observations de Me Sopena, substituant Me Radé, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est propriétaire de parcelles cadastrées C405 et 406 et C400 et 402 situées quartier Mayne à Escource, traversées par un chemin, dénommé par la commune " chemin rural n°2 " sur lequel est installée une clôture qui en interdit l'accès. Par un courrier du 16 septembre 2019, le maire de la commune d'Escource a mis en demeure Mme B, sur le fondement des pouvoirs de police qu'il tient des articles L. 161-5 et D. 161-11 du code rural et de la pêche maritime, d'ouvrir le chemin rural n° 2 qui a été fermé au droit des parcelles C405 et 406 et C400 et 402. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de l'article L. 161-2 du même code : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale. / La destination du chemin peut être définie notamment par l'inscription sur le plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 161-5 du même code : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. ". Aux termes de l'article D. 161-11 de ce code : " Lorsqu'un obstacle s'oppose à la circulation sur un chemin rural, le maire y remédie d'urgence. Les mesures provisoires de conservation du chemin exigées par les circonstances sont prises, sur simple sommation administrative, aux frais et risques de l'auteur de l'infraction et sans préjudice des poursuites qui peuvent être exercées contre lui ".

4. Le plan général des chemins ruraux de la commune de l'année 1890 et divers plans parcellaires produits par la commune font apparaître, depuis au moins l'année 1956, un " chemin rural " qui traverse le hameau du Mayne. Il est constant que le tracé de ce chemin traverse un ensemble immobilier appartenant aujourd'hui à Mme B. Toutefois, il résulte de plusieurs attestations concordantes produites par Mme B que ce chemin a cessé d'être utilisé comme voie de passage depuis de nombreuses années. Mme B soutient sans être sérieusement contredite que lorsqu'elle a fait l'acquisition, en 2000, de l'ensemble immobilier que traverse ce chemin, celui-ci était déjà clôturé. De même, il ressort du constat d'huissier établi à la demande de Mme B, qu'il n'y a plus aucune trace d'un chemin rural ni dans la parcelle de Mme B, entièrement clôturée, ni dans celle de la propriété voisine, et dans la parcelle forestière adjacente. Dès lors, il résulte de ces différents éléments que le chemin rural n'est plus utilisé comme voie de passage depuis de nombreuses années. Par ailleurs, il n'est pas établi par la commune d'Escource que celle-ci aurait procédé à des actes réitérés de surveillance ou de voirie sur ce chemin. Dans ces conditions, celui-ci ne saurait recevoir la qualification de chemin rural au sens des dispositions des articles L. 161-1 et L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime, cités au point 2. Par suite, le maire de la commune d'Escource ne pouvait légalement faire usage du pouvoir qu'il tient de l'article D. 161-11 du même code pour mettre en demeure Mme B de supprimer les obstacles à la circulation sur ce chemin.

5. Il résulte de ce qui précède, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du maire de la commune d'Escource du 16 septembre 2019.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune d'Escource, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Escource une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de la commune d'Escource du 16 septembre 2019 est annulée.

Article 2 : La commune d'Escource versera la somme de 1 500 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Escource.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

F. MADELAIGUEL'assesseure,

signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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