jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2001814 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JUGE UNIQUE 3 |
| Avocat requérant | GOURGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 septembre 2020, le 20 janvier 2021, le 23 avril 2022 et le 31 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Gourgues, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 août 2020 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable des Pyrénées-Atlantiques a refusé de reconnaître qu'il était prioritaire et comme devant être logé en urgence ;
2°) d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- la commission ne démontre pas qu'elle se serait rapprochée des services sociaux qui sont en contact avec lui, ni avoir reçu suite de la part des bailleurs concernés tous les éléments d'information concernant sa demande de logement social, et n'a entendu personne dont elle jugeât utile l'audition malgré le fait que le requérant lui a proposé qu'elle le convoque pour l'entendre ;
- seul le préfet est habilité à ordonner la mise en œuvre d'une évaluation sociale ;
- en considérant qu'il ne peut être démontré l'urgence de sa situation locative ainsi que sa capacité à occuper un logement en toute autonomie, sur le seul fondement d'une absence d'évaluation sociale de sa famille effectuée par l'association Solhia Pays Basque, la commission de médiation a commis une erreur de droit ;
- en ne reconnaissant pas le caractère urgent et prioritaire de sa situation, la commission de médiation a commis une erreur de droit en méconnaissance des articles L.441, L.441-1 et L 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;
- étant dépourvu de logement, il pouvait saisir la commission sans délai ;
- aucun texte n'impose la saisine du service intégré de l'accueil et de l'orientation (SIAO) du Pays Basque et des instances du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées (PDALHPD) ;
- la commission a violé le décret n°2010-398 du 22 avril 2010 relatif au droit au logement opposable contenu dans l'article R.441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;
- dès lors qu'il remplit les conditions règlementaires d'accès à un logement locatif social, il bénéficie d'une présomption d'urgence ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne qu'il a quitté volontairement son précédent logement dans le Var ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne qu'il a refusé la prise d'un rendez-vous proposé par l'association Soliha Pays Basque.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique sur sa proposition de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique tenue le 10 novembre 2022 à 15 heures 15, en présence de Mme Strzalkowska, greffière d'audience :
-le rapport de Mme C,
-et les observations de Me Gourgues, représentant M. A qui confirme ses écritures et précise qu'il est actuellement hébergé chez un ami.
Le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'étant ni présent, ni représentées, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a saisi le 24 juin 2020 la commission de médiation du département des Pyrénées-Atlantiques en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II. de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision en date du 6 août 2020, la commission de médiation a rejeté son recours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, () hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, (). La commission reçoit notamment du ou des bailleurs chargés de la demande ou ayant eu à connaître de la situation locative antérieure du demandeur tous les éléments d'information sur la qualité du demandeur et les motifs invoqués pour expliquer l'absence de proposition. Elle reçoit également des services sociaux qui sont en contact avec le demandeur et des instances du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées ayant eu à connaître de sa situation toutes informations utiles sur ses besoins et ses capacités et sur les obstacles à son accès à un logement décent et indépendant ou à son maintien dans un tel logement. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 de ce code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -être dépourvues de logement. () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à la commission de médiation, lorsqu'elle examine une demande de logement au regard des critères définis au II de l'article L. 441-2-3 et des situations mentionnées à l'article R. 441-14-1, d'apprécier le caractère prioritaire du demandeur et le caractère urgent de son besoin de se voir attribuer un logement. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.
5. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que le requérant a volontairement quitté le logement qu'il occupait dans le Var et a refusé la prise d'un rendez-vous avec l'association Soliha Pays Basque mandatée par la commission afin d'effectuer une évaluation sociale de la famille ce qui ne peut permettre de démontrer l'urgence de sa situation locative ainsi que sa capacité à occuper un logement en toute autonomie. Elle est également fondée sur le motif tiré de ce que les démarches de M. A en vue de se reloger sont insuffisantes. A ce titre, la commission reproche à l'intéressé de ne pas avoir saisi le service intégré d'accueil et d'orientation du Pays Basque (SIAO PB) et les instances du plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées (PDALHPD), d'avoir présenté des demandes de logement restreintes et limitées à trois communes du département et, enfin, d'avoir saisi prématurément la commission, sans respecter le délai d'attente fixé par le préfet des Pyrénées-Atlantiques dans son arrêté du 14 juin 2017 fixant le délai anormalement long pour saisir la commission de médiation.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A était dépourvu de logement depuis le 4 juillet 2020, après avoir été hébergé dans un moulin depuis janvier 2020, avec son épouse et les deux enfants majeurs de celle-ci sur la commune de Uhart-Mixe, et se trouvait donc dans l'une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, tout en répondant à l'un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Par conséquent, le requérant pouvait saisir la commission de médiation des Pyrénées-Atlantiques sans condition de délai. Dans ces conditions, et alors que le préfet des Pyrénées-Atlantiques n'oppose en défense aucun argument susceptible de renverser cette présomption, le requérant devait voir reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. La décision attaquée est, par suite, entachée d'une erreur de droit.
7. Par ailleurs, M. A n'est pas resté inactif. Il a fait constater par acte d'huissier du 2 juin 2020 que le moulin où il était hébergé de janvier 2020 au 4 juillet 2020 ne satisfaisait pas à toutes les conditions de confort. Il a également envoyé des courriers au comité ouvrier du logement (COL), à Habitat Sud Atlantic ainsi qu'au ministre de la ville et du logement. En outre, au cas particulier, la commission de médiation ne saurait exiger du requérant qu'il justifie avoir épuisé toutes les démarches envisageables avant de la saisir. Il s'ensuit que le second motif retenu par la commission de médiation pour fonder la décision attaquée, tiré de l'insuffisance des démarches préalables engagées par l'intéressé pour se reloger, est entaché d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 août 2020 par laquelle la commission de médiation des Pyrénées-Atlantiques a refusé de le reconnaître comme prioritaire et comme devant être relogé en urgence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Il y a lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer la situation du requérant, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Gourgues, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Gourgues de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 6 août 2020 de la commission de médiation du droit au logement opposable des Pyrénées-Atlantiques est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer la situation de M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Me Gourgues, conseil de M. A, une somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement et à Me Gourgues.
Copie pour information en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La présidente,
V. QUEMENERLa greffière,
A.STRZALKOWSKA
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026