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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001884

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001884

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSELARL DUBES & LOMBARD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Procédure devant le tribunal des pensions de Pau puis devant la cour régionale des pensions militaires de Pau :

M. E a demandé au tribunal des pensions militaires d'invalidité de Pau d'annuler la décision du ministre des armées du 23 septembre 2016 rejetant sa demande de révision de pension pour aggravation de ses infirmités et, par un jugement n° 2018/43 du 13 décembre 2018, ce tribunal a sursis à statuer sur la contestation de la décision du ministre de la défense du 23 septembre 2016 en ce qu'elle rejette la demande de révision de pension formulée au titre de l'aggravation des séquelles d'entorse de la tibio-tarsienne droite avec arthrose tibio-astragalienne et des séquelles de plaie pénétrante par projectile de l'avant-bras gauche, et a ordonné, avant-dire droit, une expertise médicale pour ces deux infirmités afin de rechercher leur aggravation éventuelle, et dans l'affirmative, de fixer le taux d'invalidité correspondant et imputable par le fait de service.

Par un arrêt n° 19/3683 du 19 septembre 2019, la cour régionale des pensions militaires de Pau, saisie par la ministre des armées, a confirmé le jugement du tribunal des pensions de Pau du 13 décembre 2018 en toutes ces dispositions.

Procédure devant la cour administrative d'appel de Bordeaux

Par une ordonnance de renvoi n° 19BX04116 du 28 septembre 2020, enregistrée le 1er octobre 2020, la présidente de la cour administrative d'appel de Bordeaux a transmis au tribunal administratif de Pau, le jugement de la requête de M. C E, enregistrée le 5 novembre 2019, après le dépôt de l'expertise diligentée.

Procédure devant le tribunal :

Par une ordonnance du 19 janvier 2021, la présidente du tribunal administratif a désigné le docteur D en qualité d'expert.

L'expert désigné par la présidente du tribunal a remis son rapport le 19 novembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que dès lors que l'expert conclut à l'absence d'aggravation des infirmités de M. E, sa décision est justifiée.

Par un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 11 et 15 mars 2022, M. E, représenté par Me Lombard, maintient ses conclusions dirigées contre la décision du ministre de la défense du 23 septembre 2016, en ce qu'elle rejette la demande de révision de pension formulée au titre de l'aggravation des séquelles d'entorse de la tibio-tarsienne droite avec arthrose tibio-astragalienne et des séquelles de plaie pénétrante par projectile de l'avant-bras gauche, et demande au tribunal en cas de besoin d'ordonner un complément d'expertise.

Il soutient que :

- l'expertise est irrégulière, dès lors que le rapport ne mentionne ni le certificat du 6 février 2015 ni l'expertise réalisée en 2015 ;

- l'infirmité qui découle des séquelles de l'entorse de la tibio-tarsienne droite avec arthrose tibio-astragalienne, s'est aggravée en raison d'une arthropathie tibio-talienne majeure, en lien direct avec l'infirmité initiale ;

- l'infirmité qui découle des séquelles d'une plaie pénétrante par projectile à l'avant-bras gauche s'est également aggravée : il éprouve des difficultés à saisir fermement et souffre de fourmillements dans la main gauche ; cette aggravation est en lien avec l'infirmité d'origine.

Par ailleurs, par une décision du 15 mars 2019, M. E s'est vu accorder l'aide juridictionnelle totale.

Un mémoire présenté par le ministre des armées a été enregistré le 29 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier, notamment :

- le rapport d'expertise ;

- l'ordonnance du 8 mai 2022, par laquelle les frais et honoraires de l'expertise réalisée ont été taxés et liquidés à la somme de 1 200 euros.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perdu, présidente-rapporteure,

- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, né le 21 juin 1943, ancien militaire dans l'armée de terre, a été radié des contrôles le 20 août 1980. Il est titulaire d'une pension militaire d'invalidité octroyée à titre définitif au taux de 50 % à compter du 5 mars 2009, au titre de deux infirmités résultant de " séquelles d'entorse de la tibio-tarsienne droite avec arthrose tibio-astragalienne " (pour un taux d'invalidité de 35 %) et des " séquelles de plaie pénétrante par projectile de l'avant-bras gauche " (taux de 15 %). Il a demandé, le 9 février 2015, la révision de sa pension en faisant état d'une aggravation de ses infirmités. Par une décision du 23 septembre 2016, le ministre de la défense, après l'avis de la commission de réforme, a rejeté sa demande. M. E a contesté cette décision et, par un jugement n° 2018/43 du 13 décembre 2018, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Pau a sursis à statuer sur la contestation de cette décision et ordonné une expertise médicale afin de rechercher l'aggravation éventuelle de ces deux infirmités et, dans l'affirmative, de fixer le taux d'invalidité correspondant et imputable au service. Ce jugement a été confirmé par un arrêt n° 19/3683 du 19 septembre 2019 de la cour régionale des pensions militaires de Pau. Par une ordonnance du 19 janvier 2021, la présidente du tribunal administratif de Pau a désigné le médecin M. D, en qualité d'expert, aux fins de réaliser l'expertise ordonnée par le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Pau. Son rapport a été enregistré au greffe le 19 novembre 2021.

Sur les droits à pension :

2. Aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date de dépôt de la demande. / Il en est de même de la date de l'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle () ". Aux termes de l'article L. 154-1 du même code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque le titulaire d'une pension militaire d'invalidité pour infirmité sollicite sa révision du fait de l'aggravation de ses infirmités, l'évolution du degré d'invalidité s'apprécie à la date du dépôt de la demande de révision de la pension, comparativement à l'état de cette invalidité à la date de la dernière décision de concession en fixant le taux.

En ce qui concerne la régularité de l'expertise :

4. M. E soutient que la décision ministérielle du 23 septembre 2016 se fonde sur une expertise réalisée le 13 juillet 2015 par le médecin M. B, et qu'à l'occasion de l'expertise diligentée dans le cadre de la présente instance, l'expert M. D n'a pris connaissance ni du certificat médical du 6 février 2015, ni de l'expertise réalisée le 13 juillet 2015 alors que l'aggravation de son état par rapport à une expertise du 6 mai 2011, apparaissait clairement dans cette dernière expertise de 2015.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 17 novembre 2021 réalisée par le médecin M. D, que M. E n'a présenté aucune pièce médicale retraçant l'évolution de ses infirmités entre le 5 mars 2009 et le 9 février 2015, et que l'expert conclut qu'il n'est ainsi pas en mesure de conclure à une aggravation des infirmités depuis le 9 février 2015. Cet expert tient compte cependant d'une radiographie de la cheville droite du 17 juillet 2015, d'une intervention chirurgicale (arthrodèse) sur cette cheville le 22 mars 2018 et des doléances et constats résultant de l'examen de M. E. Au demeurant, il résulte de l'instruction que le rapport du 13 juillet 2015, invoqué comme un élément qui aurait pu modifier l'appréciation du médecin expert, concluait à l'absence d'aggravation de l'infirmité n° 1 (cheville droite) et à ce que la symptomatologie déficitaire neurologique au niveau de la main gauche ne pouvait être imputée au fait générateur de 1963 à l'origine de l'infirmité n° 2 (main gauche).

6. Dans ces conditions, aucune irrégularité qui devrait conduire à écarter les conclusions de l'expert désigné par le tribunal ne peut être en l'espèce retenue.

En ce qui concerne la demande de révision :

7. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise du 4 décembre 2008, 6 mai 2011 et du 13 juillet 2015 que M. E bénéficie d'une pension au taux de 35% pour les séquelles liées à l'entorse au niveau de l'articulation tibio-tarsienne droite, avec une arthrose tibio-astragalienne, dénommée infirmité n° 1, imputable aux accidents de service dont il a été victime en 1972 et 1974, qui se traduisent notamment par une limitation de la flexion dorsale et plantaire ainsi qu'une limitation des rotations, une déformation, une boiterie, une sensibilité diminuée sur la plante du pied droit ainsi qu'une amyotrophie de la jambe droite. Si le rapport médical du 13 juillet 2015 relève que M. E souffre d'une symptomatologie à type de pied creux, d'amyotrophie, d'abolition du réflexe akiléen et de trouble de la sensibilité de la plante du pied droit et que son périmètre de marche s'est réduit de cinq cents mètres, il conclut toutefois à une atteinte neurologique d'origine inconnue et à l'absence d'aggravation des paramètres d'amplitude articulaire de la cheville droite. Par ailleurs, par un avis du 26 avril 2018, le médecin conseil auprès de l'administration a déduit de l'électromyogramme réalisé le 28 septembre 2015 que les souffrances relevées par l'examen du 13 juillet 2015 sont d'origine " lombo-sacrée " et non " tibio-tarsienne ".

8. Il résulte encore de l'instruction, en particulier de son rapport d'expertise en date du 17 novembre 2021, que l'expert, après avoir constaté que M. E s'était vu reconnaître un taux d'invalidité de 35 % en 2011 pour cette infirmité n° 1, a relevé que depuis cette date, il avait subi une arthrodèse en 2018, qui induit des douleurs, une mobilité nulle de la cheville droite et dont résulte une cicatrice à la face antérieure de 16 centimètres, et il a également noté qu'aucune pièce ne justifiait une éventuelle aggravation de cette infirmité. Il s'ensuit qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la demande de révision, pas plus d'ailleurs que postérieurement, le taux d'invalidité dont souffrait M. E en raison de cette infirmité n° 1 (entorse de la tibio-tarsienne droite avec arthrose tibio-astragalienne) devait être révisé à la hausse.

9. En outre, il résulte de l'instruction que M. E bénéficie d'une pension d'invalidité au taux de 15 % pour des séquelles de plaie pénétrante par un clou métallique à l'avant-bras gauche, imputable à un accident de service dont il a été victime en 1963, appelée " infirmité n° 2 ". Il ressort du rapport d'expertise du 6 mai 2011 que M. E souffrait, à cette date, de douleurs au poignet gauche lors d'efforts, d'une diminution de la force de préhension ainsi que d'une raideur mesurée à 10° pour la flexion dorsale et 20° pour la flexion palmaire. Le médecin expert relevait que la pronation était diminuée de moitié et la supination était limitée à 30°. Si le rapport d'expertise du 13 juillet 2015 relève que M. E présente une symptomatologie déficitaire neurologique de la main gauche et un déficit de la flexion des doigts, ces affections sont décrites comme étant apparues vers 2010, soit plus de quarante ans après l'accident de service de M. E, si bien qu'il n'est pas possible de relier avec certitude l'aggravation de son infirmité avec le fait générateur traumatique intervenu en 1963. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'avis du médecin conseil du 26 avril 2018, précité, que ces nouveaux troubles résultent d'une atteinte compressive au niveau du coude et sont étrangers aux séquelles pensionnées.

10. Il résulte encore de l'instruction, notamment du rapport d'expertise en date du 17 novembre 2021, que l'expert désigné par le présent tribunal a relevé que M. E se plaint de douleurs lors d'efforts de travail ou de soulèvement mais que la palpation n'est pas douloureuse, que la pronosupination est normale et que la mobilité du poignet gauche est mesurée à 50° pour l'extension et 90° pour la flexion. Toutefois, M. E ne produisant pas de pièces justifiant une éventuelle aggravation de cette séquelle, il ne résulte pas de l'instruction que le taux d'invalidité dont souffre M. E devait être revu à la hausse.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. E tendant à obtenir la révision du taux de la pension d'invalidité dont il bénéficie doit être rejetée.

Sur les frais d'expertise :

12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'État peut être condamné aux dépens. ".

13. M. E bénéficiant de l'aide juridictionnelle totale, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'État le montant des frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme 1 200 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif du 8 mars 2022.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 200 (mille deux cents) euros par l'ordonnance de la présidente du tribunal en date du 8 mars 2022, sont mis à la charge définitive de l'État.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C E, à M. A D et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente - rapporteure,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

S. PERDU

L'assesseur,

signé

S. ROUSSEAU

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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