jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2001910 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FIDAL PAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 octobre 2020, la société anonyme Bioénergie du Sud-Ouest, représentée par Me Morin, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de proposer une médiation au ministère du travail, du plein emploi et de l'insertion sur le fondement de l'article R. 213-5 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui payer la somme de 88 301 euros en réparation des préjudices subis en raison de l'illégalité des décisions de l'inspectrice du travail du 4 février 2019 et du 3 septembre 2019 refusant de lui accorder l'autorisation de licencier l'un de ses salariés pour inaptitude physique ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'illégalité des deux refus opposés par l'inspectrice du travail au licenciement de l'un de ses salariés protégés constituent une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- la société a subi un préjudice financier en raison, d'une part, du coût des salaires, charges et congés payés induit par le maintien en poste du salarié en cause et, d'autre part, de l'indemnité versée à ce même salarié dans le cadre de la procédure prudhommale qu'il a engagée contre la société ;
- elle a également subi un préjudice moral du fait de la remise en cause de sa probité par l'inspectrice du travail qui a méconnu ses obligations déontologiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut, d'une part, au rejet des conclusions présentées par la requérante au titre du préjudice moral et du préjudice résultant des indemnités de conciliation effectuée devant le conseil des prud'hommes et compensatrices de congés payés, d'autre part, à ce que le préjudice financier résultant des salaires versés soit pris en compte pour la seule période du 3 septembre 2019 au 13 janvier 2020.
Il soutient que :
- la décision de l'inspectrice du travail du 4 février 2019 n'est pas illégale ;
- la décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019 a été intégralement réformée par la décision du ministre du travail du 12 mai 2020 ;
- le préjudice résultant du paiement des indemnités de conciliation et compensatrices des congés payés ne présentent pas de lien avec l'illégalité de la décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019 ;
- le préjudice lié aux salaires versés ne peut couvrir que la période du 3 septembre 2019 au 13 janvier 2020 ;
- le préjudice moral n'est pas établi.
Par une lettre du 24 mars 2021, le tribunal administratif a proposé aux parties, en application de l'article R. 213-5 du code de justice administrative, de recourir à une médiation qui a été acceptée le 29 mars 2021 par la société Bioénergie du Sud-Ouest et à laquelle le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion n'a pas donné suite.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- et les observations de Me Morin, représentant société Bioénergie du Sud-Ouest.
Considérant ce qui suit :
1. M. A était employé par la société Bioénergie du Sud-Ouest où il exerçait en dernier lieu à temps complet les fonctions de mécanicien au sein du département " maintenance ", et était délégué syndical. Le 4 décembre 2018, la société a sollicité l'autorisation de licencier l'intéressé en raison de l'inaptitude médicalement reconnue le 22 octobre 2018 de ce dernier à son poste de travail et de l'impossibilité de le reclasser. Par une décision du 4 février 2019, l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle du Béarn a refusé d'accorder cette autorisation. Après de nouvelles recherches et une proposition de reclassement à temps partiel refusée par M. A, la société Bioénergie du Sud-Ouest a de nouveau sollicité le 5 juillet 2019 l'autorisation de le licencier pour le même motif. Cette demande a à nouveau été rejetée par une décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019. Toutefois, par décision du 12 mai 2020, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, saisi par la société Bioénergie du Sud-Ouest d'un recours hiérarchique formé contre la décision du 3 septembre 2019, a annulé cette dernière et a autorisé le licenciement de M. A du fait de son inaptitude médicale. La société Bioénergie du Sud-Ouest demande la condamnation de l'État à lui réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des décisions de l'inspectrice du travail du 4 février 2019 et du 3 septembre 2019.
Sur les conclusions aux fins d'indemnité :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 2411-1 du code du travail : " Bénéficie de la protection contre le licenciement prévue par le présent chapitre, y compris lors d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, le salarié investi de l'un des mandats suivants : 1° Délégué syndical ; () ". Aux termes de l'article L. 2411-3 du même code : " Le licenciement d'un délégué syndical ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. () ". En vertu de ces dispositions, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Aux termes de l'article L. 2142-1-1 du même code : " Chaque syndicat qui constitue, conformément à l'article L. 2142-1, une section syndicale au sein de l'entreprise ou de l'établissement d'au moins cinquante salariés peut, s'il n'est pas représentatif dans l'entreprise ou l'établissement, désigner un représentant de la section pour le représenter au sein de l'entreprise ou de l'établissement. / Le représentant de la section syndicale exerce ses fonctions dans le cadre des dispositions du présent chapitre. Il bénéficie des mêmes prérogatives que le délégué syndical, à l'exception du pouvoir de négocier des accords collectifs. / Le mandat du représentant de la section syndicale prend fin, à l'issue des premières élections professionnelles suivant sa désignation, dès lors que le syndicat qui l'a désigné n'est pas reconnu représentatif dans l'entreprise. Le salarié qui perd ainsi son mandat de représentant syndical ne peut pas être désigné à nouveau comme représentant syndical au titre d'une section jusqu'aux six mois précédant la date des élections professionnelles suivantes dans l'entreprise. ".
3. En outre, aux termes de l'article L. 1226-10 du même code : " Lorsque le salarié victime d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / Cette proposition prend en compte, après avis du comité économique et social, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existant dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur l'aptitude du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. / Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. ".
4. Par ailleurs, en application des dispositions du code du travail, le licenciement d'un salarié protégé ne peut intervenir que sur autorisation de l'autorité administrative. Le refus illégal d'autoriser le licenciement d'un salarié protégé constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de l'employeur, pour autant qu'il en soit résulté pour celui-ci un préjudice direct et certain.
S'agissant de la décision de l'inspectrice du travail du 4 février 2019 :
5. La décision de l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle du Béarn du 4 février 2019 se fonde sur ce que la société Bioénergie du Sud-Ouest n'avait pas satisfait à son obligation de reclassement, et sur le doute sérieux quant à l'existence d'un lien entre la demande de licenciement et les fonctions syndicales exercées par M. A.
6. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge, si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi, et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise. En revanche, il ne lui appartient pas, dans l'exercice de ce contrôle, de rechercher la cause de cette inaptitude. Il en va ainsi, y compris s'il est soutenu que l'inaptitude résulte d'une dégradation de l'état de santé du salarié protégé ayant directement pour origine des agissements de l'employeur dont l'effet est la nullité de la rupture du contrat de travail, tels que, notamment, un harcèlement moral ou un comportement discriminatoire lié à l'exercice du mandat. L'employeur doit ainsi chercher à reclasser le salarié sur d'autres postes appropriés à ses capacités, le cas échéant par la mise en œuvre, dans l'entreprise, de mesures telles que mutations ou transformations de postes de travail ou aménagement du temps de travail. Le licenciement ne peut être autorisé que dans le cas où l'employeur n'a pu reclasser le salarié dans un emploi approprié à ses capacités au terme d'une recherche sérieuse, menée tant au sein de l'entreprise que dans les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d'y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel.
7. Toutefois, il appartient en toutes circonstances, à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Ainsi, alors même qu'il résulterait de l'examen conduit dans les conditions rappelées aux points précédents que le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait légalement obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives, est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
8. D'une part, les circonstances que M. A avait, avant son arrêt de travail, exercé pleinement ses fonctions syndicales et était à l'origine d'un mouvement de grève important en 2010, et que la société n'avait pas su opérer son reclassement alors qu'elle y était parvenue pour deux autres de ses salariés, ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à l'existence d'un lien entre la demande de licenciement et les fonctions syndicales de M. A. En outre, aucune pièce du dossier ne permet de caractériser ce lien. Par suite, l'inspectrice du travail n'a pu légalement fonder la décision du 4 février 2019 sur le second motif rappelé au point 5.
9. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'avis du médecin prononçant l'inaptitude de M. A le 22 octobre 2018, la société Bioénergie du Sud-Ouest, filiale du groupe Vertex Bioénergy, et qui emploie environ 65 salariés sous contrat à durée indéterminée équivalents temps plein, a d'abord procédé le 23 octobre 2018, à des recherches de poste adapté à la situation médicale de M. A auprès du groupe qui dispose d'unités de production en Espagne. Ces recherches s'avérant vaines, la société a informé l'intéressé le 31 octobre 2018 de l'absence de possibilité de reclassement, soit moins de dix jours après l'avis médical d'inaptitude. A l'issue de la réunion du comité social et économique du 16 novembre 2018, la société a ensuite relancé une prospection en interne par un courrier électronique du 19 novembre 2018 auprès des chefs de service de la société sans obtenir davantage de réponse positive. Enfin, en réponse au courrier du 17 janvier 2019 par lequel l'inspectrice appelait l'attention de la société requérante sur différents postes susceptibles de devenir vacants à court et moyen termes, et des absences de longue durée de salariés susceptibles d'être temporairement pourvues dans les services chargés de la production et de la logistique de l'unité, le médecin du travail, accompagné de la responsable des ressources humaines et des chefs de ces services, a conduit le 18 janvier 2019 une étude sur quatre postes identifiés, en particulier celui d'opérateur logistique, et a conclu qu'ils n'étaient pas adaptés à la situation de M. A. Ce dernier, non présent lors de cette étude, conteste toutefois la description des postes délivrée au médecin. S'il n'est pas établi que la visite des postes en cause aurait justifié la présence de M. A, il résulte de l'instruction que le descriptif des postes du service chargé de la production, lors de cette première étude, ne mentionnait pas le travail en salle de contrôle, et qu'une nouvelle étude de ces mêmes postes, réalisée le 7 mars 2019, concluait à la possibilité pour l'intéressé d'occuper un poste d'opérateur à la distillation et au séchage, voire d'opérateur logistique, sous réserve d'aménagements. Dans ces conditions, la société Bioénergie du Sud-Ouest ne peut être regardée comme s'étant livrée à des recherches sérieuses en vue du reclassement de M. A. Par suite, l'inspectrice du travail a pu légalement prendre la décision du 4 février 2019 sur le fondement du premier motif rappelé au point 5.
10. Il résulte enfin de l'instruction que l'inspectrice du travail aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur le seul premier motif rappelé au point 5. Par suite, cette décision n'est pas entachée d'illégalité fautive.
S'agissant de la décision du 3 septembre 2019 :
11. Aux termes de l'article R. 2422-1 du code du travail : " Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet. Ce recours est introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de l'inspecteur. Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur ce recours vaut décision de rejet ". Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur un refus d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, créant ainsi des droits au profit de ce dernier, le ministre compétent doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler pour des motifs de légalité, compte tenu des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle s'est prononcé l'inspecteur du travail, puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision.
12. Par une décision du 12 mai 2020, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a reconnu que les efforts de reclassement entrepris par la société Bioénergie du Sud-Ouest, à la date du 3 septembre 2019, devaient être considérés comme sérieux, et que le lien entre la procédure de licenciement et les fonctions syndicales exercées par M. A ne pouvait être retenu, contrairement à l'appréciation portée par l'inspectrice sur ces points. Il a dès lors annulé la décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019. Il n'est, par ailleurs, pas allégué, et il ne résulte pas de l'instruction que le ministre ne pouvait légalement prendre sa décision du 12 mai 2020. Par suite, l'illégalité de la décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice financier lié au coût du maintien en poste de M. A au sein de la société :
13. D'une part, en cas de refus illégal de l'autorité administrative de faire droit à une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, la réalité du préjudice invoqué par l'employeur au titre des salaires et charges sociales supportés à la suite de ce refus ne peut être regardée comme établie lorsque les rémunérations versées ont été la contrepartie d'un travail effectif. D'autre part, le traitement du salarié ainsi que les charges y afférant directement qu'une société a été contrainte de conserver à son service à la suite du refus illégal d'autorisation de licenciement constituent un élément du préjudice de la société directement imputable à ce refus. Il y a lieu, pour évaluer ce préjudice, de prendre en compte la période courant du départ du préavis du salarié concerné si son licenciement avait été autorisé à l'issue du délai légal imparti à l'administration pour se prononcer sur la demande de la société jusqu'à la date du départ effectif de ce salarié.
14. D'abord, ainsi qu'il a été dit au point 10, la décision de l'inspectrice du travail du
4 février 2019 portant refus d'autorisation de licenciement n'était pas illégale. Ensuite, si l'annulation, par la décision du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion du 12 mai 2020, de la décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019 portant à nouveau refus d'autorisation de licenciement, est devenue définitive, faute d'avoir été contestée, et que cette annulation équivalait à un retrait de la décision du 3 septembre 2019, la société requérante n'était pas pour autant devenue titulaire d'une autorisation de licencier M. A du seul fait de cette annulation. Enfin, il est constant que la protection de ce salarié a cessé le 16 octobre 2019 postérieurement à la décision de l'inspecteur du travail et que la société Bioénergie du Sud-Ouest a licencié l'intéressé le 13 janvier 2020. Dans ces conditions, alors que le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion n'allègue, ni n'établit que le délai de procédure de licenciement entre le 16 octobre 2019 et le 13 janvier 2020 n'aurait pas été justifié, le préjudice financier résultant des salaires, charges et droit à congés payés doit s'entendre de celui subi au titre de la période du 3 septembre 2019 au 13 janvier 2020. En outre, il n'est pas contesté que M. A, déclaré inapte à son poste et non reclassé, n'a pas fourni de prestations de travail au profit de la société requérante durant cette même période et il n'est ni allégué ni établi qu'un délai de préavis de licenciement aurait été nécessaire.
15. Il résulte de l'instruction que les salaires, les charges y afférant ainsi que les congés payés acquis par M. A au titre de la période du 3 septembre 2019 au 13 janvier 2020 ont été pris en charge par la société requérante à hauteur de la somme de 21 567,40 euros. Par suite, il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en le fixant à cette somme.
S'agissant du préjudice financier lié à l'indemnité de conciliation versée à M. A :
16. Il résulte de l'instruction que la société Bioénergie du Sud-Ouest et M. A, à la suite du licenciement intervenu le 13 janvier 2020 alors que ce salarié ne bénéficiait plus de la protection tenant à son mandat de délégué syndical, et que la rupture du contrat de travail ne nécessitait dès lors plus d'autorisation préalable, ont conclu le 10 mars 2020 un accord de conciliation aux termes duquel l'intéressé percevait une indemnité compensatrice d'un montant de 29 000 € consécutifs aux préjudices matériels et moraux subis à la suite de la rupture de son contrat de travail, et, en contrepartie s'engageait à se désister de l'action prudhommale engagée, ainsi que de toute action judiciaire à venir à l'encontre de son employeur afférente à la rupture de son contrat de travail. Si la société requérante soutient qu'elle a accepté les conditions de cet accord par crainte de perdre le litige prudhommal et que cette situation ne se serait pas présentée si elle avait pu licencier l'intéressé dès la première demande d'autorisation de licenciement, elle ne démontre toutefois pas que la signature de cet accord, ni les détails de ses stipulations résulteraient de la décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019. Le préjudice allégué n'est ainsi pas en lien direct et certain avec la faute de l'Etat. Par suite, la société requérante ne peut prétendre à être indemnisée de ce chef de préjudice.
S'agissant du préjudice moral :
17. La seule circonstance que la décision de l'inspectrice du travail du 3 septembre 2019, qui se fondait sur les mêmes motifs que ceux de sa décision du 4 février 2019, était illégale n'est pas de nature à établir que ce fonctionnaire a fait preuve d'un manquement aux règles déontologiques qui s'imposent à lui, en application des articles R. 8124-18, R. 8124-19,
R. 8124-26, R. 8124-2 et R. 8124-31 du code du travail. Par suite, le préjudice moral invoqué par la société requérante doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que l'État doit être condamné à payer à la société Bioénergie du Sud-Ouest la somme de 21 567,40 euros.
Sur les frais liés à l'instance :
19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
20. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Bioénergie du Sud-Ouest et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à la société Bioénergie du Sud-Ouest la somme de 21 567,40 euros (vingt et un mille cinq cent soixante-sept euros et quarante centimes).
Article 2 : L'Etat versera à la société Bioénergie du Sud-Ouest une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la requête de la société Bioénergie du Sud-Ouest sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Bioénergie du Sud-Ouest et au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. GENTY
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026