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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2001956

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2001956

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2001956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantPECASSOU-CAMEBRAC & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2020, et des mémoires enregistrés les 18 août 2021 et 2 juin 2022, M. C D et Mme A D, représentés par Me Cazeau, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 22 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Pays Basque a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Lahonce en tant qu'elle classe en zone 1AU1 une partie de la parcelle cadastrée AM n° 124 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Pays Basque la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur intérêt à agir est certain dès lors qu'ils sont propriétaires de la parcelle ici en cause, et qu'ils ont, par ailleurs, formulé des observations contre ce classement lors de l'enquête publique ;

- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de M. B pour signer la délibération approuvant le PLU ;

- ce classement est incompatible avec les objectifs du schéma de cohérence territoriale (SCoT) et incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) qui impose la préservation des espaces naturels agricoles et boisés ;

- les caractéristiques forestières et agricoles de la parcelle font obstacle à son classement, même partiel, en zone 1AU1 ; le classement est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 mai 2021 et 27 septembre 2021, la communauté d'agglomération Pays Basque, représentée par Me Logeais, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme afin de procéder à une éventuelle régularisation, et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 4000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle précise qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé et, qu'en cas de besoin, le tribunal pourrait sursoir à statuer afin de laisser à la communauté d'agglomération un délai pour régulariser l'éventuelle irrégularité dont pourrait être entachée la délibération attaquée.

Par une ordonnance du 11 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 8 juin 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Perdu, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cazeau pour les requérants et celles de Me Logeais pour la communauté d'agglomération pays Basque.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 22 février 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Pays Basque (CAPB) a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Lahonce. Par la présente requête, M et Mme D demandent au tribunal l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe pour partie en zone 1AU1, la parcelle AM n° 124, leur appartenant.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 23 décembre 2019, pris en application des dispositions de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales, régulièrement publié au recueil des actes de cet établissement public, le président de la communauté d'agglomération Pays Basque (CAPB) a donné à M. B, directeur général des services de la communauté d'agglomération, délégation pour signer notamment les copies des délibérations du conseil communautaire figurant au registre. Le moyen ne peut donc, en tout état de cause, qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ".

4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 151-19 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. Lorsqu'il s'agit d'espaces boisés, il est fait application du régime d'exception prévu à l'article L. 421-4 pour les coupes et abattages d'arbres. ".

5. Aux termes, enfin, de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Et l'article R. 151-20 de ce code prévoit que : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation ".

6. Au regard de ces dispositions, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont ainsi pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'un détournement de pouvoir.

7. En premier lieu, la parcelle AM n° 124, d'une superficie de 5 879 m2, est désormais classée pour partie en zone N et, pour sa partie située à l'ouest, en zone 1 AU1, zonage en l'espèce contesté, et en espace protégé au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que la partie de la parcelle faisant l'objet de cette protection est majoritairement boisée, composée d'une chênaie ainsi que d'arbres remarquables, et qu'elle a cependant été identifiée dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme comme présentant un enjeu modéré en termes de biodiversité. Le rapport de présentation indique, en outre, que trois facteurs expliquent la diminution de la surface couverte par des espaces boisés classés (EBC) sur le territoire de Lahonce, parmi lesquels figure la mise en place d'espaces protégés au titre de l'article L. 151-19 susvisé du code de l'urbanisme. Le règlement du PLU traduit cette volonté et prévoit que sur ces espaces " tout retrait d'arbre devra être justifié (). Il est prescrit le maintien de la majorité des arbres de haute tige existants (plus particulièrement ceux dont la circonférence est supérieure à 70 cm) ou leur remplacement. () Il pourra être imposé le maintien de certains sujets eu égard à leur âge, intérêt patrimonial paysager ou de biodiversité ". Par suite, en identifiant une partie du terrain litigieux comme " un élément de paysage ", au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 151-19 susmentionné, les auteurs du PLU de Lahonce ont voulu garantir sa physionomie boisée, tout en prenant en compte les potentialités urbanistiques de celui-ci. Aucune inexacte application des dispositions précitées ne peut être retenue.

8. En outre, quand bien même cette partie de la parcelle était identifiée par l'ancien PLU comme étant un espace boisé classé (EBC), il ne ressort pas des pièces du dossier que cet ensemble boisé serait significatif et que la prise en compte par la CAPB des intérêts écologiques et paysagers de cette partie de la parcelle serait, en l'espèce, insuffisant. Le moyen tiré de l'erreur manifeste qui consisterait à ne pas avoir maintenu un EBC sur cette partie de la parcelle doit donc être écarté.

9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les auteurs du plan local d'urbanisme de Lahonce se sont fixés comme objectifs, dans le programme d'aménagement et de développement durables (PADD), de limiter l'artificialisation des sols et l'étalement urbain ainsi que la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers, et également d'optimiser la consommation des espaces en insistant sur la nécessité de conforter le rôle structurant de la centralité. En ce sens, l'urbanisation projetée doit passer par la prise en compte du potentiel dédié aux logements sur l'aire de proximité de ce pôle de vie et dans sa périphérie proche.

10. La parcelle AM n° 124 se situe au sud-est du territoire communal de Lahonce, à moins d'un kilomètre du centre-bourg, dans le secteur " Irigoin ". D'une surface de 5 879 m², elle est longée au nord par la route départementale n° 258, jouxte une zone résidentielle à l'est et laisse place, au sud ainsi qu'à l'ouest, à un secteur à dominante naturelle et boisée. La partie de la parcelle classée en zone 1AU1 s'insère dans une vaste zone 1AU1, laquelle est en contact avec une zone 1AU2 elle-même en contact avec une zone 1AU3, ces trois zones étant destinées à développer l'urbanisation dans un secteur proche du centre bourg, en créant ainsi, à terme, une jonction entre le cœur du village et la vaste zone UB existante, située plus au sud de ces zones AU.

11. Si la partie ouest de la parcelle ici en cause présente un caractère boisé, et ne fait pas partie de l'enveloppe urbaine actuelle, elle s'insère toutefois dans un environnement pavillonnaire diffus, en périphérie proche du centre bourg, et est desservie par certains réseaux. Par ailleurs, au vu de la volonté des planificateurs d'ouvrir progressivement à l'urbanisation ce secteur, elle est décrite en défense comme idéalement située en vue de la création de voieries ainsi que de " liaisons douces " pour relier le centre bourg. Dès lors, au regard, d'une part, du parti d'aménagement porté par la collectivité et, d'autre part, de l'identification sur cette partie de la parcelle d'élément de paysage à protéger, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, les auteurs du PLU, ainsi que précisé, ont pris en compte le caractère boisé de cette parcelle et le classement en zone 1AU1 n'est, en tout état de cause, pas de nature à rendre le PLU incompatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de Bayonne et du Sud des Landes applicable, qui tend à protéger les espaces naturels et forestiers, et n'est pas davantage incohérent avec le programme d'aménagement et de développement durables (PADD) qui contient un objectif comparable.

12. En outre, si les requérants indiquent que cette partie de la parcelle classée en zone 1AU1 fait actuellement l'objet d'une activité agricole, qui ferait obstacle à son classement en zone à urbaniser, ils ne fournissent cependant à l'appui de leur allégation qu'un justificatif de propriété de trois chevaux qui ne suffit pas à les regarder comme ayant la qualité d'éleveur ou d'exploitant agricole. Au demeurant, la plus grande partie de la parcelle AM n° 124 est classée en zone N ce qui leur permet de poursuivre leur pratique équestre. Ainsi, le classement en zone 1AU1 d'une partie du terrain litigieux ne peut être considéré comme méconnaissant l'objectif du PADD de lutter contre la réduction des exploitations agricoles sur le territoire communal de Lahonce.

13. Par ailleurs, au vu des caractéristiques de la parcelle et du secteur dans lequel elle s'insère, le classement en zone N de la partie naturelle et arborée de la parcelle AM n° 124 ne procède pas d'une inexacte application des dispositions de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme précité et n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Enfin, si les requérants allèguent que l'ouverture à l'urbanisation par un classement en zone 1AU1 d'une partie de leur parcelle aura pour conséquence de permettre un projet de constructions dont l'accès sera dangereux, compte tenu de la circulation automobile sur la route départementale n° 258, ils n'apportent, en tout état de cause, aucune précision au soutien de cette affirmation, et il appartiendra aux autorités compétentes, au moment de la délivrance des autorisations d'urbanisme, d'apprécier cet aspect du projet. Tel que soulevé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ce classement ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme D doivent être rejetées. Les conclusions présentées en défense par la communauté d'agglomération Pays Basque, tendant à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté d'agglomération Pays Basque, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants une somme au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la communauté d'agglomération Pays Basque et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront à la communauté d'agglomération Pays Basque la somme de 1 000 euros (mille euros), au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, àMme Chantal D et à la communauté d'agglomération Pays Basque.

Une copie pour information sera adressée à la commune de Lahonce.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé : S. PERDUL'assesseure la plus ancienne,

Signé : M. E

La greffière,

Signé : P. UGARTE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Signé : P. UGARTE

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