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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002045

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002045

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantRUFFIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2020, l'association Protection Haut Béarn Environnement et la SEPANSO Pyrénées-Atlantiques, représentées par Me Ruffié, doivent être regardées comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission départementale d'aménagement foncier a implicitement rejeté leur recours formé à l'encontre de la décision du 12 novembre 2019 par laquelle la commission intercommunale d'aménagement foncier a approuvé définitivement le plan parcellaire ainsi que les travaux connexes à l'aménagement foncier, agricole et forestier, liés à la déviation de la route nationale (RN) 134 sur les communes d'Oloron-Sainte-Marie, Précilhon et Escout avec extension sur Bidos ;

2°) et de mettre à la charge de l'État et du département des Pyrénées-Atlantiques la somme globale de 4 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive dès lors qu'elle a été introduite dans le délai de deux mois à compter de la naissance de la décision implicite de rejet de leur réclamation, et que la décision en litige n'a pas été affichée en mairie conformément aux dispositions de l'article R. 121-6 du code rural et de la pêche maritime ; en outre, la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente révélant une " usurpation de pouvoir " et la rendant ainsi inexistante, de sorte qu'aucun délai de recours ne peut leur être opposé ;

- elles justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente révélant une " usurpation de pouvoir " et la rendant ainsi inexistante ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elles avaient sollicité auprès de la commission départementale une audition à laquelle cette dernière n'a pas répondu ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que ni l'étude d'impact réalisée en novembre 2018 ni celle mise à jour en août 2019 n'ont pris en compte les effets cumulés et l'impact global du projet d'aménagement foncier ; en outre, l'étude d'impact d'août 2019 retient une mauvaise définition des zones humides ; enfin, l'inventaire de la faune et de la flore est lacunaire ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 411-1 et L. 211-2 du code de l'environnement en ce qu'une autorisation de dérogation au régime de préservation stricte des espèces protégées aurait dû être accordée ;

- elle méconnaît, enfin, les dispositions de l'article L. 123-8 du code rural et de la pêche maritime, les mesures compensatoires prévues étant inutiles.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2021, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il précise que :

- la requête est tardive ;

- elle est également irrecevable car la clôture des opérations a été ordonnée par un arrêté du 15 janvier 2021 ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2021, le préfet des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il précise que :

- la préfecture des Pyrénées-Atlantiques est étrangère au présent contentieux et ne saurait être mise en cause à ce titre ;

- il s'en remet, pour le reste, aux écritures du département.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 12 novembre 2019, la commission intercommunale d'aménagement foncier d'Oloron-Sainte-Marie, Escout et Précilhon a approuvé le plan parcellaire et le plan de travaux connexes liés à la déviation de la RN 134 sur les communes d'Oloron-Sainte-Marie, Précilhon et Escout avec extension sur Bidos. Par courrier en date du 23 juin 2020, l'association protection Haut Béarn Environnement a formé un recours à l'encontre de cette décision. Ce recours a été implicitement rejeté par la commission départementale d'aménagement foncier. Par la présente requête, les associations requérantes demandent au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 121-7 du code rural et de la pêche maritime : " Les décisions prises par la commission communale ou intercommunale peuvent être portées par les intéressés ou par le préfet ou le président du conseil départemental devant la commission départementale d'aménagement foncier. ". Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 121-21 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque les travaux connexes sont soumis à un régime d'autorisation au titre d'une autre législation, leur approbation, ainsi que celle du nouveau parcellaire correspondant, ne peuvent intervenir qu'avec l'accord de l'autorité compétente et valent autorisation au titre de cette législation. " Aux termes de l'article L. 123-12 de ce code : " Du jour du transfert de propriété résultant de la clôture des opérations d'aménagement foncier agricole et forestier, les immeubles qui en sont l'objet ne sont plus soumis qu'à l'exercice des droits et actions nés du chef du nouveau propriétaire. / La date de clôture des opérations est celle du dépôt en mairie du plan définitif de l'aménagement foncier agricole et forestier ; ce dépôt étant constaté par un certificat délivré par le maire. ".

3. Aux termes de l'article R. 121-6 du même code : " Les décisions de la commission communale ou intercommunale d'aménagement foncier sont affichées, pendant quinze jours au moins, à la mairie de chacune des communes faisant l'objet de l'aménagement foncier. Elles sont transmises au président du conseil départemental et au préfet. / Les décisions des commissions communales ou intercommunales sont, en outre, notifiées aux intéressés. Les réclamations formées contre ces décisions doivent être introduites devant la commission départementale dans un délai d'un mois à dater de la notification ou, dans le cas où il n'a pu être procédé à la notification, dans un délai d'un mois à dater de l'affichage de ces décisions dans la ou les communes où sont localisées les terres qui font l'objet de l'aménagement foncier. " Enfin, aux termes de l'article R. 121-29 dudit code : " () III.- Au vu du plan et du projet des travaux connexes approuvés par la commission communale ou intercommunale ou, si la commission départementale a été saisie, au vu du plan et du projet de travaux approuvés par cette dernière, le président du conseil départemental ordonne le dépôt du plan du nouveau parcellaire en mairie, constate la clôture des opérations à la date de ce dépôt et ordonne, le cas échéant, l'exécution des travaux connexes. Son arrêté est affiché, pendant quinze jours au moins, à la mairie de chacune des communes faisant l'objet de l'aménagement foncier et de chacune des communes mentionnées à l'article R. 121-20-1. Il est notifié à l'association foncière créée en application de l'article L. 123-9 et aux communes, maîtres d'ouvrage des travaux connexes mentionnés à l'article L. 123-8. Il fait l'objet d'une insertion au recueil des actes administratifs du département et d'un avis dans un journal diffusé dans le département. "

4. Eu égard à l'atteinte excessive à l'intérêt général et au respect du droit de propriété des autres intéressés qui résulterait d'une remise en cause générale des opérations d'aménagement foncier à une date postérieure à celle du transfert de propriété, le juge de l'excès de pouvoir ne peut annuler l'acte ordonnant les opérations ou suspendre son exécution que jusqu'à la date du transfert de propriété.

5. Les associations requérantes, à savoir l'association Protection Haut Béarn Environnement et la SEPANSO Pyrénées-Atlantiques, qui ont pour finalité la protection de l'environnement et non la défense des intérêts des propriétaires concernés par le plan parcellaire, ne sont pas des personnes intéressées par la décision de la commission intercommunale en litige, au sens et pour l'application des dispositions précitées des articles L. 121-7 et R. 311-6 du code rural et de la pêche maritime.

6. Il résulte en outre de l'instruction que la décision du 12 novembre 2019 a été, contrairement à ce que soutiennent les associations requérantes, affichée en mairie de Bidos du 26 novembre 2019 au 12 décembre 2019, en mairie d'Escout du 25 novembre 2019 au 25 décembre 2019, en mairie d'Oloron-Sainte-Marie du 25 novembre 2019 au 25 janvier 2019 et en mairie de Précilhon, du 25 novembre 2019 au 25 décembre 2019. Il résulte également de l'instruction que les associations requérantes ont formé, le 23 juin 2020, auprès de la commission départementale un recours à l'encontre de la décision de la commission intercommunale du 12 novembre 2019. La présente requête a ensuite été enregistrée au greffe le 22 octobre 2020.

7. Cependant, il en résulte également que, par arrêté du 15 janvier 2021, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a, en application des dispositions précitées des articles L. 121-21 et R. 121-29 du code rural et de la pêche maritime, ordonné le dépôt en mairie du plan définitif d'aménagement foncier dans les communes concernées et a constaté la clôture des opérations à cette date. Dans ces conditions, le transfert de propriété est intervenu, faisant ainsi obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions des associations requérantes tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission départementale d'aménagement foncier a implicitement rejeté le recours formé à l'encontre de la décision du 12 novembre 2019 par laquelle la commission intercommunale d'aménagement foncier a approuvé définitivement le plan parcellaire ainsi que les travaux connexes à l'aménagement foncier, agricole et forestier, liés à la déviation de la RN 134 sur les communes d'Oloron-Sainte-Marie, Précilhon et Escout avec extension sur Bidos.

8. D'autre part et au surplus, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige approuve le plan parcellaire ainsi que les travaux connexes à l'aménagement foncier, agricole et forestier, liés à la déviation de la RN 134 sur les communes d'Oloron-Sainte-Marie, Précilhon et Escout avec extension sur Bidos et que, par arrêté du 7 février 2020, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a autorisé ces travaux connexes, au titre du code de l'environnement. Dans ces conditions, il ne saurait être soutenu que la décision de la commission intercommunale d'aménagement foncier révèle une " usurpation de pouvoir " et devrait être considérée comme inexistante. Telle que soulevée, cette contestation ne peut qu'être écartée.

9. En outre, la circonstance que les requérantes aient sollicité une audition auprès de la commission départementale, à laquelle cette dernière n'aurait pas répondu, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

10. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : () 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : () e) Du cumul des incidences avec d'autres projets existants ou approuvés, en tenant compte le cas échéant des problèmes environnementaux relatifs à l'utilisation des ressources naturelles et des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement susceptibles d'être touchées. Ces projets sont ceux qui, lors du dépôt de l'étude d'impact : / - ont fait l'objet d'une étude d'incidence environnementale au titre de l'article R. 181-14 et d'une enquête publique ; / - ont fait l'objet d'une évaluation environnementale au titre du présent code et pour lesquels un avis de l'autorité environnementale a été rendu public. () ".

11. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant ce dossier ne sont susceptibles de vicier la procédure et ainsi d'entacher d'irrégularité l'autorisation que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative. En outre, eu égard à son office, le juge du plein contentieux des installations classées peut prendre en compte la circonstance, appréciée à la date à laquelle il statue, que de telles irrégularités ont été régularisées, sous réserve qu'elles n'aient pas eu pour effet de nuire à l'information complète de la population.

12. Les associations requérantes soutiennent que l'étude d'impact ne présente pas les effets cumulés des travaux connexes avec ceux de la déviation et de la rénovation de la RN 134 qui a fait l'objet d'une enquête publique, insuffisance d'ailleurs relevée par l'autorité environnementale. Il résulte toutefois de l'instruction, que si la première version de l'étude d'impact, réalisée en 2018, comprend en page 235 des développements sur les effets cumulés et mentionne notamment que le projet d'aménagement foncier agricole et forestier de Gurmençon et Agnos s'inscrit dans la continuité du contournement d'Oloron-Sainte-Marie, la version de cette étude a été complétée, en août 2019, et enrichie page 246, conformément aux recommandations de l'autorité environnementale dans son avis du 12 juin 2019, d'une présentation du projet du contournement d'Oloron-Sainte-Marie dont les enjeux environnementaux, à savoir les réseaux hydrographiques, les zones humides et les boisements, sont les mêmes pour les deux projets d'aménagements fonciers, d'une part de Gurmençon et Agnos et d'autre part d'Oloron-Sainte-Marie, Précilhon et Escout, englobant l'emprise du futur ouvrage routier. Elle analyse les principaux impacts du projet routier, qui résultent d'une artificialisation des milieux par la création d'une voie nouvelle, tandis que les projets d'aménagement foncier ont des impacts plus limités en l'absence d'artificialisation, les travaux connexes ayant pour effet de " redessiner " le paysage. Elle conclut que les impacts cumulés concernent les éléments boisés (boisements, fourrés, haies, arbres isolés), les prairies et surtout la fonctionnalité écologique principalement liée au contournement routier, et qu'ils sont limités par les différentes mesures d'évitement, telles que la préservation des cours d'eau, des fossés et des milieux à fortes valeur patrimoniale, les mesures de réduction, telles que la limitation de l'emprise des travaux, la mise en défens des espèces sensibles, la mise en place d'une cellule de coordination et de programmation du chantier et, enfin, le phasage des travaux. En outre, des mesures de compensation sont prévues par chacun des projets telles que des plantations compensatoires, le positionnement de ces plantations compensatoires selon la logique de la trame verte et bleue, et l'intégration d'ouvrages de transparence hydraulique et écologique. Par suite, ainsi complétée, l'étude d'impact, d'ailleurs soumise à enquête publique complémentaire du 30 septembre au 31 octobre 2019, décrit de façon suffisante les incidences sur l'environnement des impacts cumulés résultant des procédures d'aménagement foncier agricole et forestier diligentées par le département des Pyrénées-Atlantiques, des travaux connexes autorisés par l'arrêté 7 février 2020 et du projet de contournement d'Oloron-Sainte-Marie.

13. Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " I.- Les dispositions des chapitres Ier à VII du présent titre ont pour objet une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau ; cette gestion prend en compte les adaptations nécessaires au changement climatique et vise à assurer : / 1° La prévention des inondations et la préservation des écosystèmes aquatiques, des sites et des zones humides ; on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; () ".

14. Les associations requérantes soutiennent que l'étude d'impact est irrégulière dès lors qu'elle fait une application erronée des critères de définition des zones humides, désormais alternatifs. S'il est vrai que la modification de la définition des zones humides, issue de la loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019 qui substitue aux critères cumulatifs des critères alternatifs, ce qui a pour effet d'inclure dans le champ de la définition davantage d'espaces, il résulte de l'étude d'impact que 65 sondages ont été réalisés dans les secteurs avec une végétation indicatrice pour identifier les zones humides selon le critère pédologique et, alors même qu'il n'est pas contesté qu'aucune zone humide élémentaire n'est recensée par l'agence de l'eau Adour-Garonne au droit du site d'étude, plusieurs habitats caractéristiques des zones humides ont été repérés et assortis d'un niveau d'enjeu de conservation. Les zones humides représentent ainsi une surface de 68,93 hectares. Si les requérantes soutiennent que la superficie retenue de ces zones aurait dû être plus étendue, à l'instar de ce qui figure dans l'étude d'impact propre au projet de sécurisation de la RN 134, dont la différence semble toutefois mineure, elles ne contestent pas la suffisance des mesures prévues à l'article 6 de l'arrêté attaqué, à savoir la création de 6 200 m² de prairie humide en compensation des 450 m² de perte de zones humides après travaux, et n'établissent pas, dans ces conditions, que la méthodologie retenue a été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du caractère insuffisant et erroné de l'étude d'impact doit être écarté en toutes ses branches.

16. Enfin, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : / 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; 2° La destruction, la coupe, la mutilation, l'arrachage, la cueillette ou l'enlèvement de végétaux de ces espèces () ". Le 4° du I de l'article L. 411-2 du même code permet à l'autorité administrative de délivrer, aux conditions qu'il précise, des dérogations à ces interdictions, lesquelles portent, notamment, sur la destruction et la perturbation intentionnelle d'animaux appartenant à des espèces protégées, ainsi que sur la destruction, l'altération ou la dégradation de leurs habitats. Il résulte de ces dispositions qu'un projet entre dans le champ de la dérogation dès lors qu'un examen de la situation au niveau des individus des espèces concernées traduit un risque, alors même que le projet ne serait pas de nature à avoir une incidence négative sur l'état de conservation des espèces animales concernées. Il y a lieu, pour apprécier si un tel risque existe, de déterminer dans quelle mesure les précautions prises par le pétitionnaire et les prescriptions imposées peuvent contribuer à réduire le risque de dommages à un niveau tel que l'activité en cause ne relève plus des interdictions prévues par l'article L. 411-1 du code de l'environnement. "

17. Si les associations requérantes soutiennent que la décision implicite en litige est illégale en l'absence d'obtention d'une dérogation à l'interdiction de destruction d'espèces protégées, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 411-2 du code de l'environnement, et renvoient aux pages 114 et 121 de l'étude d'impact qui mentionnent la présence d'espèces floristiques protégées sur le territoire de la commune d'Oloron-Sainte-Marie et d'Escout, il résulte de ces passages de l'étude d'impact que les milieux habituels de ces espèces n'ont pas été identifiés au sein du périmètre de l'étude, à l'exception d'une seule station d'œillet superbe et d'une espèce patrimoniale, la gentiane pneumonanthe (ou gentiane des marais) qui n'a cependant pas été observée à l'époque des relevés de terrain. Par ailleurs, l'étude d'impact indique que plusieurs espèces d'oiseaux, mentionnées dans l'arrêté du 29 octobre 2009 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection, fréquentent le site et seul le milan noir caractérise un enjeu fort, en raison de sa présence en période de nidification observée lors des relevés de terrains. En outre, la présence avérée sur des arbres du grand capricorne, espèce mentionnée dans l'arrêté du 22 juillet 1993 fixant la liste des insectes protégés sur le territoire national, caractérise également un enjeu fort. Enfin, l'étude d'impact synthétise en pages 161 et suivantes, la liste d'autres espèces protégées présentant un enjeu fort et susceptibles d'être présentes dans le périmètre des travaux, celui-ci se situant dans leur aire de répartition naturelle, mais leur présence en période de nidification n'est pas avérée.

18. Il résulte également de l'étude d'impact qu'en phase de réalisation de ces travaux connexes, l'impact direct sur les habitats naturels est estimé modéré : les haies et les arbres habités par le grand capricorne seront intégralement évités, et la flore patrimoniale recensée n'est pas concernée. S'agissant de la gentiane, bien que non observée lors de la visite précoce du site en avril 2018, une mise en défens avec matérialisation de la station (piquets et filet de chantier orange avec signalisation) sera mise en place afin d'éviter que la station soit détruite accidentellement lors de la réalisation des travaux connexes, en particulier lors de la suppression de haies dans le secteur. La mise en place d'une barrière en géotextile ou bâche le long des secteurs sensibles, au niveau des buses à réhabiliter et du chemin à créer à proximité de l'Arrigastoû, permettra, en outre, d'éviter le déplacement des amphibiens sur la zone de chantier. S'agissant du milan noir, migrateur transsaharien hivernant en France, la construction du nid débute fin février, les premières éclosions se situent autour du 1er mai et les premiers envols des jeunes se situent début mai. Si plusieurs individus en survol, transit ou chasse ont été relevés pendant les observations sur site, seul un couple a été observé présentant un comportement reproducteur. Les requérantes produisent d'ailleurs un inventaire de la faune présente dans le périmètre des travaux litigieux, établi le 27 mai 2020, selon lequel l'impact des travaux sur le milan noir est considéré possible mais pas certain. Aussi, le phasage prévu pour la réalisation des travaux connexes, d'octobre à mars, permettra de réduire au maximum les impacts du projet sur les espèces faunistiques en évitant tout dérangement en période sensible, et réduisant ainsi considérablement le risque de mortalité accidentelle. Il résulte enfin de l'instruction que les articles 5 et 7 de l'arrêté préfectoral du 7 février 2020 autorisant les travaux connexes à l'aménagement foncier, agricole et forestier liés à la déviation sur les communes d'Oloron-Sainte-Marie, Précilhon et Escout avec extension sur Bidos prévoient des mesures d'évitement et de réduction proposées par la pétitionnaire, des mesures de réduction et de suivi environnemental du chantier. Dans ces conditions, eu égard à la nature des travaux objet de l'autorisation litigieuse, au demeurant déjà réalisés, aucun élément de l'instruction ne fait apparaître la réalité suffisamment avérée du risque de destruction d'habitats ou d'individus d'espèces protégées. Les requérantes ne sont, dès lors, pas fondées à soutenir que la décision implicite attaquée méconnaîtrait les dispositions précitées. Par suite le moyen doit être écarté.

19. Les associations requérantes soutiennent encore que les mesures compensatoires prévues par l'article 6 de l'arrêté du 7 février 2020 sont " inutiles ", notamment en ce qu'elles prévoient que 3 250 mètres linéaires de haies, dont 1 440 de ripisylve, seront replantés au niveau de l'Arrigastoû, et qu'un renforcement de 2 800 m² de ripisylve sera effectué sur le Gabarn, alors qu'un certain nombre de parcelles des zones concernées serait déjà fourni en haies. Il résulte toutefois de l'instruction, que les haies présentes sont disparates et discontinues, et s'agissant des parcelles traversées par l'Arrigastoû, il résulte de l'étude d'impact que les inventaires de terrain ont révélé une forte dégradation de la ripisylve de ce ruisseau, et que le choix s'est donc porté sur le renforcement de cette ripisylve via la compensation des haies. Par ailleurs, il résulte également de l'étude d'impact que les haies seront replantées le long des chemins communaux ou des chemins de desserte du nouveau parcellaire, en connexion avec d'autres haies ou boisements. Leur localisation prend en compte à la fois les sites de repos ou de reproduction des espèces, ainsi que l'implantation du futur ouvrage (contournement d'Oloron-Sainte-Marie). S'agissant de la zone de plantation de boisement couvrant les parcelles 58 et 59 plus particulièrement critiquée par les requérantes, s'il est vrai que, selon les photos aériennes produites en défense, la parcelle 58 est déjà entièrement boisée, il n'est pas démontré que l'espace vierge de la parcelle 59 ne permettrait pas, avec les autres zones prévues à cet effet par le plan de travaux, de répondre à l'objectif de replanter 2,75 hectares et 14 arbres prévu par l'arrêté du 7 février 2020. Par suite, le moyen doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'intérêt à agir des associations requérantes, que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de l'association Protection Haut Béarn Environnement et de la SEPANSO Pyrénées-Atlantiques doivent être rejetées.

21. Leur requête doit ainsi être rejetée, y compris leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors que ces dispositions font obstacle à ce que le département des Pyrénées-Atlantiques, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse aux requérantes une somme que celles-ci réclament au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Protection Haut Béarn Environnement et de la SEPANSO Pyrénées-Atlantiques est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à l'association Protection Haut Béarn Environnement, à la SEPANSO Pyrénées-Atlantiques et au département des Pyrénées-Atlantiques.

Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. PORTES

La présidente,

Signé

S. PERDU

La greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

D. LECUIX

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026