mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2002102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BEDOURET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 octobre 2020 et le 14 septembre 2022, M. D C, représenté par Me Bédouret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté sa demande formée par un courrier en date du 6 juin 2020, reçu le 10 juin 2020, d'une part, de procéder de manière rétroactive au versement de ses traitements à compter du 1er février 2020 et, d'autre part, de lui restituer 20 jours sur son compte épargne-temps ;
2°) d'enjoindre à l'administration, d'une part, de procéder au rétablissement du paiement de ses traitements, de l'indemnité de résidence, du supplément familial de traitement et des prestations familiales obligatoires et, d'autre part, de créditer 20 jours sur son compte épargne-temps ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- contrairement à ce que fait valoir le recteur, il n'a pas été reçu en entretien le 19 décembre 2019, ce qui entache la procédure d'irrégularité ;
- la décision du 19 décembre 2019 constitue une mise à pied conservatoire ;
- la décision du 19 décembre 2019 méconnaît les dispositions de l'article R. 421-12 du code de l'éducation dès lors que le conseil d'administration de l'établissement n'en a pas été informé ;
- la décision du 19 décembre 2019 méconnaît ces mêmes dispositions dès lors qu'il n'existait pas de difficultés graves dans le fonctionnement de l'établissement ;
- la décision implicite de rejet attaquée est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, dès lors qu'aucune procédure disciplinaire n'a été engagée à la suite de la décision du 19 décembre 2019 prononçant sa mise à pied conservatoire ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard de ces mêmes dispositions, dès lors qu'il fait toujours l'objet de la décision du 19 décembre 2019 prononçant sa mise à pied conservatoire, qui a annulé et remplacé la décision le plaçant en disponibilité pour convenances personnelles avant sa date d'effet au 1er février 2020, et par conséquent, il conserve le bénéficie de son traitement, de l'indemnité de résidence, du supplément familial de traitements et des prestations familiales obligatoires ;
- la décision le plaçant en disponibilité pour convenances personnelles et la décision lui accordant le bénéfice sous forme de congés de jours placés sur son compte-épargne temps ne lui ont pas été notifiées ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.
Il précise que :
- les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C sont irrecevables dès lors qu'il n'appartient pas juge administratif de prononcer de telles injonctions ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 21 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 septembre 2022.
Un mémoire, enregistré le 20 septembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, présenté par le recteur de l'académie de Toulouse, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bédouret, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, adjoint administratif principal de 2e classe, a été affecté au collège des Trois Vallées à Luz-Saint-Sauveur (Hautes-Pyrénées) en qualité de secrétaire de direction à compter du 1er septembre 2018. Suite à la demande de l'intéressé en date du 15 novembre 2019, un arrêté du 28 novembre 2019 du recteur de l'académie de Toulouse l'a placé en disponibilité pour convenances personnelles, à compter du 1er février 2020 et jusqu'au 31 janvier 2021 inclus. M. C a par ailleurs demandé, le 3 décembre 2019, l'utilisation sous forme de congés, de 20 jours figurant sur son compte épargne-temps (CET), pour la période du 6 au 31 janvier 2020 inclus. Cette demande écrite a fait l'objet d'un avis favorable de son supérieur hiérarchique. L'administration a ensuite débité 20 jours sur le CET de M. C pour la période du 6 au 31 janvier 2020 et l'intéressé a cessé de percevoir son traitement à compter du 1er février 2020. Par un courrier en date du 2 juin 2020, reçu le 10 juin 2020, le requérant a demandé au recteur de l'académie de Toulouse, d'une part, de procéder de manière rétroactive au versement de ses traitements à compter du 1er février 2020 et, d'autre part, de lui restituer les 20 jours débités de son CET. Par une décision implicite, le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions principales :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
3. M. C n'établit ni même n'allègue avoir sollicité, dans le délai de recours contentieux, les motifs de la décision implicite née du silence gardé par le recteur de l'académie de Toulouse sur sa demande du 2 juin 2020, reçue le 10 juin 2020, ainsi que l'exigent les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté comme inopérant.
4. En deuxième lieu, aux termes du sixième alinéa de l'article L. 421-3 du code de l'éducation : " En cas de difficultés graves dans le fonctionnement d'un établissement, le chef d'établissement peut prendre toutes dispositions nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du service public ". Aux termes de l'article R. 421-10 du même code : " En qualité de représentant de l'Etat au sein de l'établissement, le chef d'établissement : / 1° A autorité sur l'ensemble des personnels affectés ou mis à disposition de l'établissement. Il désigne à toutes les fonctions au sein de l'établissement pour lesquelles aucune autre autorité administrative n'a reçu de pouvoir de nomination. Il fixe le service des personnels dans le respect du statut de ces derniers ; / () ". Aux termes de l'article R. 421-12 de ce code : " En cas de difficultés graves dans le fonctionnement d'un établissement, le chef d'établissement peut prendre toutes dispositions nécessaires pour assurer le bon fonctionnement du service public. / S'il y a urgence, et notamment en cas de menace ou d'action contre l'ordre dans les enceintes et locaux scolaires de l'établissement, le chef d'établissement, sans préjudice des dispositions générales réglementant l'accès aux établissements, peut : / 1° Interdire l'accès de ces enceintes ou locaux à toute personne relevant ou non de l'établissement ; / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable au litige : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, compte tenu de la période de vacances scolaires, du 21 décembre 2019 au 5 janvier 2020 inclus, de la demande de M. C tendant à utiliser sous forme de congés, 20 jours figurant sur son CET, pour la période du 6 au 31 janvier 2020 inclus, et de sa demande de mise en disponibilité pour convenances personnelles, à compter du 1er février 2020, l'intéressé devait assurer son dernier jour de présence au sein du collège des Trois Vallées le vendredi 20 décembre 2019.
6. Il ressort également des pièces du dossier que, le 17 décembre 2019, M. C a adressé un courriel à certains membres du conseil d'administration de l'établissement, en particulier aux représentants élus des parents d'élèves, dans lequel il les a informés qu'il quitterait ses fonctions lors des vacances scolaires et il a exposé les motifs de son départ en précisant qu'ils étaient liés à ses conditions de travail, présentées comme difficiles, au sein du collège, qui ne lui permettraient plus d'assurer ses fonctions dans les meilleurs conditions, qualifiant notamment " les paroles et les comportements " qu'il aurait subis d'" invivables et intenables ". Il a enfin indiqué avoir l'intention de " demander réparation auprès de la justice ". Par un courrier du 19 décembre 2019, la principale du collège, en sa qualité de chef d'établissement, a décidé, " afin d'assurer au mieux une continuité satisfaisante et sereine des missions du service public ", de modifier le service de M. C en lui retirant sa fonction de secrétaire de direction du collège des Trois Vallées, ce courrier précisant que la mesure, conservatoire et temporaire, maintenait l'intéressé sous son autorité. Il est constant que la principale du collège a également interdit à M. C l'accès à l'établissement pour la journée du vendredi 20 décembre 2019. Enfin, il est constant que, après avoir quitté l'établissement, l'intéressé ne s'est plus présenté au collège, et que, conformément à sa position de mise en disponibilité, son traitement a cessé de lui être versé, à compter du 1er février 2020.
7. Enfin, il ressort des termes mêmes du courrier du 19 décembre 2019 précité que la principale du collège des Trois Vallées a pris cette décision sur le fondement des dispositions précitées des articles R. 421-10 et R. 421-12 du code de l'éducation relatives aux pouvoirs généraux d'organisation du service du chef d'établissement. Cette décision n'a donc pas le caractère d'une mesure disciplinaire de suspension d'un agent public, prise à titre conservatoire, par l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, sur le fondement de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, et elle constitue ainsi une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen tiré de ce que le recteur, en s'abstenant de saisir le conseil de discipline, aurait méconnu les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 doit être écarté comme étant inopérant.
8. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, la décision du 19 décembre 2019 constitue une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait irrégulière, faute d'avoir été précédée d'un entretien préalable, doit être écarté comme étant inopérant.
9. En quatrième lieu, si M. C soutient encore que sa " mise à pied conservatoire " a remplacé sa disponibilité pour convenances personnelles dès lors que cette mise à pied était antérieure à son placement en disponibilité pour convenance personnelle, que l'administration ne produit pas de nouvel arrêté le plaçant en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er février 2020 et qu'il ne s'est jamais vu notifier avant la décision du 19 décembre 2019, l'arrêté du 28 novembre 2019 ni d'ailleurs la décision faisant droit à sa demande concernant les jours de congés pris sur son CET, il ressort cependant des pièces du dossier que le requérant, ainsi que le ministre, produisent l'arrêté du 28 novembre 2019 qui est antérieur à la décision du 19 décembre 2019, tandis que la mesure conservatoire prise le 19 décembre 2019, en application des dispositions précitées du code de l'éducation, n'a eu d'effet que pour la seule journée du 20 décembre 2019. M. C a ensuite bénéficié de ses droits à congés annuels du vendredi 20 décembre 2019 au soir au dimanche 5 janvier 2020 puis a été placé, conformément à sa demande, en congés annuels, par le recteur, par mobilisation de son compte épargne-temps du lundi 6 janvier 2020 au vendredi 31 janvier 2020, alors même que le recteur ne justifie pas de la notification d'une décision expresse en ce sens. Il a enfin été placé en disponibilité pour convenances personnelles du 1er février 2020 au 31 janvier 2021 par l'arrêté du 28 novembre 2019. Dans ces conditions, et dès lors que l'administration a placé M. C dans une situation administrative régulière et conforme à ses demandes, à compter du 21 décembre 2020, aucune erreur de droit n'est établie ni ne ressort des pièces du dossier.
10. En cinquième lieu et en conséquence de ce qui précède, M. C n'a pas été privé illégalement de sa rémunération à compter de son placement en disponibilité pour convenance personnelle dès lors, en particulier, qu'aucune méconnaissance du 2ème alinéa de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 ne peut être utilement opposée.
11. En sixième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le recteur n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions présentées en ce sens par M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au recteur de l'académie de Toulouse.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Perdu, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé : F. ALa présidente,
Signé : S. PERDULa greffière,
Signé : M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026