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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002110

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002110

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCPA HANDBURGER - PLENIER - MATHIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 octobre 2020, le président de la 5ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal administratif de Pau le dossier de la requête de M. E B.

Par cette requête, enregistrée le 5 octobre 2020, et un mémoire, enregistré le 16 septembre 2022, M. B, représenté par Me Handburger, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2020 du préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, en tant qu'elle a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 27 novembre 2019, ensemble la décision du 4 septembre 2020 rejetant le recours gracieux formé à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus d'imputabilité est insuffisamment motivé en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il précise que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est fonctionnaire de l'Etat, titularisé dans le corps des personnels d'exploitation des travaux publics de l'Etat, au grade de chef d'équipe d'exploitation principal. Il est affecté à la direction interdépartementale des routes (DIR) du sud-ouest, au sein du centre d'entretien et d'intervention (CEI) d'Auch. Le 27 novembre 2019, une vive altercation a eu lieu entre M. B et l'un des agents du service, ce dernier pouvant être amené à travailler sous son autorité. Un arrêt de travail pour accident de service a été prescrit par le médecin de M. B et, le 9 décembre 2019, ce dernier a demandé à son administration la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident. Par une décision du 4 août 2020, le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, a rejeté cette demande et, par une décision du 4 septembre 2020, a rejeté le recours gracieux formé à son encontre. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 4 août 2020, en tant qu'elle a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 27 novembre 2019, ainsi que de la décision du 4 septembre 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service (). / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

3. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce. Constitue un accident de service un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête administrative remis le 25 février 2020, ainsi que des témoignages écrits et des comptes rendus d'entretiens réalisés auprès des agents du service que, le 27 novembre 2019, M. B a eu une altercation sur le lieu et dans le temps du service, à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, avec M. C, agent qui était amené à travailler sous son autorité. Le 27 novembre 2019, à 8 h 00, M. C, attendant dans le bureau des chefs d'équipe d'exploitation, a sollicité auprès de M. B un entretien, afin d'obtenir des explications concernant son attitude à son égard. Un premier échange a eu lieu puis M. C, accompagné d'un collègue, est retourné voir M. B à 9 h 30. L'agent témoin de l'altercation a déclaré que, lors de ce nouvel échange, M. C a commencé à élever la voix et à " hurler ", M. B faisant de même. En outre, M. C a reconnu que, de colère, il a renversé les objets posés sur une table. Selon le témoignage d'un autre agent, M. C, en sortant, a également dit " D. Ce n'est qu'un c ce mec " et a tapé " violemment avec son poing contre la cloison du hall d'entrée ".

5. En outre, à la suite du placement en congés maladie de M. B et dans le cadre de l'instruction de sa demande d'imputabilité au service, une expertise médicale du requérant a été réalisée, à la demande de l'administration, le 16 janvier 2020, par un médecin agréé spécialisé en psychiatrie, à la suite de laquelle la commission de réforme, lors de sa séance du 30 juin 2020, a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de cet accident. Si l'administration a rejeté sa demande d'imputabilité au service, il ressort de l'ensemble des pièces du dossier que l'altercation du 27 novembre 2019, pour laquelle M. C a été, selon l'administration, sanctionné d'un avertissement, a causé des lésions psychologiques à M. B qui a déclaré le jour même à son médecin traitant avoir été inquiet pour son intégrité physique, et présentait un caractère violent et soudain.

6. Par suite, le premier motif de la décision attaquée, tiré de ce que la situation n'aurait pas été potentiellement dangereuse pour M. B, est entaché d'une erreur d'appréciation.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, à la suite de cette altercation, s'est plaint de l'attitude de M. B à son égard, lui reprochant de l'ignorer, de l'humilier et de le discréditer auprès de ses collègues. Si le comportement de M. B est en partie corroboré par les témoignages des agents du service, qualifiant son attitude de froide, distante, hautaine et méprisante, et alors même qu'il a pu concourir au sentiment de mal être exprimé par M. C, il ne ressort cependant pas des pièces du dossier qu'il traduirait un comportement excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors, contrairement à ce qu'a retenu son administration, le comportement de M. B ne traduit pas à lui seul un comportement fautif.

8. Par ailleurs, si M. B a été régulièrement absent avant cette altercation, ces absences sont en majorité dues à l'accomplissement de missions de formateur et à l'exercice de son mandat de représentant syndical. En outre, s'il est constant que M. B a fait l'objet d'un avertissement, le 2 octobre 2020, l'administration précise que cette sanction est fondée sur des faits postérieurs à l'altercation du 27 novembre 2019. De plus, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête administrative précité, que les relations conflictuelles entre les intéressés s'expliquent en partie par l'" ambiance générale " du service, le rapport relevant à cet égard que " le collectif managérial du CEI (chef de CEI et chefs d'équipe) ne fonctionne pas (ou plus) correctement ", que " les consignes passées aux agents ne sont pas assumées collectivement, les contre ordres sont fréquents, la répartition des fonctions n'est pas clairement définie ", et qu'" une des conséquences de cette situation est un désengagement manifeste de plusieurs des chefs d'équipes ". Il apparaît également que " les consignes données par les chefs d'équipe sont contestées " et que l'encadrement du service est " fragile ". Enfin, si une enquête administrative a été déclenchée à la suite de l'altercation du 27 novembre 2019, cette enquête a également porté sur une altercation distincte, intervenue le 13 décembre 2019, entre deux autres agents du service.

9. Par suite, le second motif de la décision attaquée, tiré de ce que l'attitude de M. B à l'égard de M. C serait à l'origine de l'altercation du 27 novembre 2019, est également entaché d'une erreur d'appréciation.

10. Dans ces circonstances, les faits invoqués par M. B, à l'origine de son arrêt maladie, doivent, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, être regardés comme imputables à un accident de service.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, pour ce seul motif, la décision du 4 août 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 27 novembre 2019, et la décision du 4 septembre 2020 rejetant le recours gracieux formé à son encontre, doivent être annulées.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

13. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme, au demeurant non chiffrée, que le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 août 2020 par laquelle le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 27 novembre 2019, ensemble la décision du 4 septembre 2020 rejetant le recours gracieux formé à son encontre, sont annulées.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie pour information en sera adressée au préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé : F. ALa présidente,

Signé : S. PERDU

La greffière,

Signé : P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Signé : P. SANTERRE

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