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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002238

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002238

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantMARBOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés 12 novembre 2020 et le 24 juin 2021, M. B C, représenté par Me Marbot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, avant-dire droit, une expertise médicale afin de déterminer le taux d'aggravation de son infirmité n° 1 ;

2°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a modifié le libellé de l'infirmité n° 1, désormais intitulée " Rachialgies notamment lombaires avec arthrose rachidienne étagée et hernie discale L5-S1 postéro-latérale droite. Sciatique à bascule. Réflexe achilléen faible. Déficit des releveurs du pied gauche ", en tant qu'elle a fixé à 40 % le taux d'invalidité de cette infirmité ;

3°) de fixer le taux d'aggravation de cette infirmité en fonction des résultats de l'expertise à intervenir ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Marbot, avocat de M. C, de la somme de 3 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'expert désigné par l'administration n'a pas procédé aux investigations nécessaires dès lors qu'il n'a pas évalué l'amyotrophie musculaire gauche des membres inférieurs par mesure des périmétries, les troubles sensitifs, la force musculaire au niveau proximal et le retentissement moteur ;

- le taux d'invalidité de l'infirmité a été sous-évalué ;

- il y a lieu d'ordonner une nouvelle expertise afin de fixer le taux d'invalidité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle précise que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Un mémoire, présenté pour la ministre des armées, a été enregistré le 29 octobre 2021 et n'a pas été communiqué.

Des pièces complémentaires, présentées pour le requérant, ont été enregistrées le 16 mars 2022 et n'ont pas été communiquées.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ancien médecin des armées, a servi en qualité de médecin au sein du service de santé des armées et dans les troupes aéroportées, à compter du 11 septembre 1972, et a été radié des contrôles le 2 mars 1998. Il s'est vu concéder, par un arrêté du 26 novembre 2018 et une fiche descriptive des infirmités du 7 décembre 2018, une pension militaire d'invalidité à compter du 6 mai 2014 au titre de quatre infirmités, au taux d'invalidité global fixé à 75 %, dont 30 % au titre de l'infirmité n° 1. Par une demande du 26 septembre 2018, enregistrée par l'administration le 1er octobre 2018, M. C a sollicité la révision de sa pension militaire d'invalidité pour aggravation de l'infirmité n° 1. Par un arrêté du 9 mars 2020 et une fiche descriptive des infirmités du 23 mars 2020, le taux d'invalidité de cette infirmité a été fixé à 40 %, le taux d'invalidité global restant fixé à 75 %. Le requérant a formé, le 20 avril 2020, un recours administratif préalable obligatoire devant la commission de recours de l'invalidité contre cette dernière décision. Par une décision du 3 septembre 2020, la commission de recours de l'invalidité a modifié le libellé de l'infirmité n° 1, désormais intitulée " Rachialgies notamment lombaires avec arthrose rachidienne étagée et hernie discale L5-S1 postéro-latérale droite. Sciatique à bascule. Réflexe achilléen faible. Déficit des releveurs du pied gauche ", et a confirmé le taux d'invalidité de cette infirmité à 40 %. Par la présente requête, M. C demande au tribunal, d'une part, l'annulation de la décision du 3 septembre 2020 en tant qu'elle a fixé à 40 % le taux d'invalidité de l'infirmité n° 1, et d'autre part, d'ordonner une expertise médicale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. / () ". Aux termes de l'article L. 154-1 même code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-4 dudit code : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 125-3 de ce code : " () / L'indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d'invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d'un guide-barème portant classification des infirmités d'après leur gravité. / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque le titulaire d'une pension militaire d'invalidité pour infirmité sollicite sa révision du fait de l'aggravation de ses infirmités, l'évolution du degré d'invalidité s'apprécie à la date du dépôt de la demande de révision de la pension, à savoir en l'espèce le 1er octobre 2018.

4. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pensions militaires d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.

5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du médecin rhumatologue désigné par la sous-direction des pensions et ayant procédé, le 27 décembre 2019, à l'examen de M. C au titre de l'infirmité de rachialgies, que le requérant a déclaré avoir des douleurs lombosacrées permanentes avec une lombosciatalgie à bascule avec une prédominance à gauche, une altération de la force motrice du membre inférieur gauche, des paresthésies de la face antérieure de la cuisse gauche et des paresthésies des 2 derniers orteils du pied gauche, entraînant une limitation de la position debout à 2 minutes et du périmètre de marche à 500 mètres. L'expert a relevé les résultats des précédents examens réalisés, a procédé à l'examen du rachis, a conclu que M. C présentait une " lombalgie avec discarthrose L4L5 et L5S1 évoluée. Sciatalgie gauche. Déficit releveur du pied gauche " et a évalué l'aggravation de l'infirmité à 10 % par rapport à l'expertise médicale du 10 mai 2017, soit un taux d'invalidité de 40 % au titre de cette infirmité. Par un avis du 14 février 2020, le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité a confirmé cette évaluation.

6. Le tableau d'évaluation des névralgies sciatiques, présent au guide barème des pensions militaires d'invalidité, prévoit qu'une névralgie sciatique légère correspond à un taux d'invalidité de 10 à 20 %, qu'une névralgie sciatique d'intensité moyenne, avec signes objectifs manifestes et gêne considérable de la marche et du travail, correspond à un taux d'invalidité de 25 à 40 %, qu'une névralgie sciatique grave, rendant le travail et la marche impossibles, nécessitant souvent le séjour au lit, correspond à un taux d'invalidité de 45 à 60 %, et enfin, qu'une névralgie sciatique compliquée de réaction causalgique, plus ou moins intense ou de retentissement sur l'état général, correspond à un taux d'invalidité de 40 à 80 %.

7. Il résulte de l'instruction que, si le requérant soutient que l'expertise précitée du 27 décembre 2019 n'a pas mesuré la périmétrie des membres inférieurs pour rechercher une éventuelle amyotrophie, le médecin rhumatologue ayant procédé à cette expertise a pris en compte les résultats de l'électromyogramme (EMG) réalisé le 26 février 2018, dont il reprend de manière détaillée les conclusions, même s'il ne cite pas spécifiquement l'existence d'une amyotrophie, relevée par cet examen, dont il n'est pas contesté qu'elle n'est d'ailleurs qu'une constatation périphérique de l'EMG. Au demeurant, il résulte du tableau du guide barème précité qu'une amyotrophie musculaire est uniquement mentionnée comme un signe objectif permettant d'identifier une névralgie sciatique légère et il n'est pas indiqué qu'elle permettrait de caractériser une névralgie sciatique d'intensité moyenne, une névralgie sciatique grave ou une névralgie sciatique compliquée de réaction causalgique. En outre, si le requérant soutient également que l'expert n'a pas évalué les troubles sensitifs, la force musculaire au niveau proximal et le retentissement moteur, il ne résulte pas de l'instruction que l'expertise du 27 décembre 2019, qui s'est appuyée sur des signes objectifs de gêne fonctionnelle pour évaluer l'aggravation de l'infirmité de rachialgies, en particulier une raideur du rachis lombaire avec une distance doigts-sol de 55 cm, un indice de Schöber de 10 + 4 cm, une mesure du Lasègue à 40°, des réflexes ostéo-tendineux présents et symétriques, une marche instable sur les talons et la pointe des pieds et un déficit du releveur du pied gauche de 4+/5, serait entachée d'une insuffisance.

8. Par ailleurs, il est constant que, si l'infirmité de M. C entraîne une gêne importante de la marche, elle ne rend toutefois pas la marche impossible. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que l'infirmité, évaluée par le rapport d'expertise du 27 décembre 2019 précité au taux d'invalidité de 40 %, correspondant au taux maximum d'une névralgie sciatique d'intensité moyenne, aurait dû être qualifiée de névralgie sciatique grave ou de névralgie sciatique compliquée de réaction causalgique, ni que le taux d'invalidité aurait été sous-évalué.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu de faire droit à la mesure d'expertise avant dire droit sollicitée, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à fixer le taux d'aggravation de l'infirmité n° 1 doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande de verser à son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Marbot et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

M. Diard, conseiller,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé : F. DIARDLa présidente,

Signé : M. SELLES

La greffière,

Signé : M. A

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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