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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002265

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002265

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPATHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2020, M. C F, représenté par

Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer du 11 septembre 2020 par lequel la commune de Pau a mis à sa charge une somme de 120 euros pour ivresse publique manifeste ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pau une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'avis attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé au regard, d'une part, des exigences des articles 12 et 81 du décret du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique, d'autre part, de l'absence de précision sur l'ordre de juridiction compétent pour contester cet avis ;

- il est entaché d'une inexactitude matérielle des faits et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne s'est jamais trouvé en situation d'ébriété le 11 septembre 2020 ;

- il méconnaît les articles 12 et 81 du décret du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2021, la commune de Pau conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal la requête de M. F est irrecevable faute pour ce dernier d'avoir saisi préalablement à sa requête l'administration fiscale dont dépend le trésorier municipal de Pau ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du signataire du bordereau du titre de recettes.

Un mémoire en réponse présenté par la commune de Pau a été enregistré le 7 avril 2023.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 12-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ortego Sampedro, représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Pau a émis à l'encontre de M. F un titre de recettes d'un montant de 120 euros pour des faits d'ivresse publique manifeste. M. F demande l'annulation de cet acte.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Pau :

2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dans sa version applicable au litige : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () ".

3. Il résulte de ces dispositions, notamment du 1° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, que la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre un acte émis pour recouvrer une créance d'une collectivité territoriale n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, contrairement à la contestation de la régularité d'un acte de poursuite prévue au 2° du même article. Les présentes conclusions, qui sont dirigées contre un titre de recettes, n'avaient donc pas à être précédées d'une contestation auprès de l'administration. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Pau doit être écartée.

En ce qui concerne le fond du litige :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 4° () En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". En cas de contestation, il appartient à l'autorité administrative de justifier que le bordereau de titre de recettes comporte cette signature. En outre, lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

5. Il résulte d'abord de l'instruction que l'ampliation de titre de recette invitant M. F à payer la créance mentionnent le prénom, le nom et la qualité de M. H E. M. D G, responsable du pôle finances, et signataire du bordereau de titre de recettes bénéficiait, ensuite, en vertu de l'arrêté du maire de Pau du 10 juillet 2020, d'une délégation de signature des actes relatifs aux finances de cette nature, en l'absence de M. I, directeur général des services, et de M. B, directeur des finances et des affaires juridiques. Il n'est par ailleurs pas démontré que M. I et M. B n'auraient pas été empêchés. Toutefois, le titre de recette individuelle, de même que l'ampliation adressée à M. F, ne mentionnaient pas les nom, prénom et qualité de M. G. Dès lors, ce vice de forme a privé M. F d'une garantie. Par suite, le titre attaqué est entaché d'irrégularité.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " En application des articles

L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel () mentionne () les voies et délais de recours ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique :

" Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de recettes lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.

7. A supposer que M. F se prévale des dispositions précitées du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, si les mentions relatives aux voies de recours portées sur l'acte attaqué n'indiquent pas l'ordre de juridiction qui est compétent pour le contester, cette circonstance, qui est susceptible d'avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délai de recours, est en revanche sans incidence sur la légalité de cet acte. En revanche, le requérant, qui invoque la méconnaissance des articles 12 et 81 du décret du 30 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique, lesquels ont été abrogés par le décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, doit être regardé comme invoquant en réalité la violation de l'article 24 de ce décret du 7 novembre 2012. Le titre de recettes attaqué se borne à porter la mention " ivresse publique manifeste ", suivie de la date du 11 septembre 2020. A défaut de toute référence à la délibération du conseil municipal de Pau du 26 mars 2018 relative à la facturation du coût de transport des personnes interpellées pour ivresse publique manifeste, ou de mention précisant l'objet exact de cette facturation qui peut porter à confusion avec l'amende prévue à titre de sanction pénale pour cette infraction, et du tarif forfaitaire fixé par cette délibération, la nature de la créance n'est pas clairement identifiable et les bases et éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance ne sont pas non plus précisées sur le titre de recette attaqué. En outre, celui-ci ne renvoie à aucune décision ou document annexé relatif à ces frais de transport. Par suite, l'acte attaqué ne satisfait pas à l'exigence prescrite par les dispositions précitées de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le titre de recettes émis par la commune de Pau le 11 septembre 2020 à l'encontre de M. F doit être annulé.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () ".

10. M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'avocat du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de la commune de Pau une somme de 800 euros à verser à Me Pather.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de recettes émis par la commune de Pau le 11 septembre 2020 à l'encontre de M. F est annulé.

Article 2 : La commune de Pau versera à Me Pather, avocate de M. F, une somme de 800 (huit cents) euros sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C F et à la commune de Pau.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Pyrénées-Atlantiques et à Me Pather.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

F. A

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON La greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

2

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