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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002495

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002495

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 3
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2020, M. D B, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a confirmé l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge d'un montant de 1 382,64 euros et de le décharger de l'obligation de payer cette somme ;

2°) d'enjoindre au département des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- les droits de la défense, tel que garanti par l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus ;

- la caisse d'allocations familiales a commis une faute en lui versant le revenu de solidarité active auquel il n'avait finalement pas droit, en s'abstenant de tenir ses droits à jour et en manquant à son devoir d'information ; en application de l'article 1302-3 du code civil, il a droit, en raison des fautes imputables à l'organisme payeur, à une réduction de sa dette ;

- il est de bonne foi et en 2020, son chiffre d'affaires s'est effondré, ce qui l'a placé dans une situation économique difficile ; le tribunal devra lui accorder la remise totale de l'indu ;

- la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a effectué des retenues dès la notification de l'indu, avant même la fin des délais et voies de recours, en violation de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à ce que le juge accorde au requérant une remise gracieuse de sa dette sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande adressée à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 octobre 2020.

Par un courrier, enregistré le 10 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques indique au tribunal qu'il appartient au département des Pyrénées-Atlantiques de produire des observations en défense en application de la convention de gestion qu'ils ont signée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme C a été entendu, puis les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a bénéficié du revenu de solidarité active en qualité de travailleur indépendant à compter du 1er octobre 2019 sur la base de ses déclarations trimestrielles de ressources. Après que le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a déterminé le montant des revenus à prendre en compte au vu des documents comptables transmis par l'allocataire et après la révision de ses droits, par une décision du 13 juillet 2020, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques a mis à sa charge un indu d'allocation de revenu de solidarité active d'un montant de 1 382,64 euros. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 28 septembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental a confirmé cet indu.

Sur la régularité et le bien-fondé de la décision de récupération de l'indu :

2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. En premier lieu, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a, par un arrêté du 21 février 2020, régulièrement délégué à Mme A la signature des décisions relatives aux droits à l'allocation de revenu de solidarité active. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " (). Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () ".

5. M. B se borne à indiquer que des retenues ont été réalisées par la caisse d'allocations familiales dès la notification de l'indu, avant même la fin des délais et voies de recours. Le département des Pyrénées-Atlantiques soutient que ce dernier ayant déposé son recours administratif le 17 juillet 2020, réceptionné le 8 août, ses services ont alors demandé à la caisse d'allocations familiales de suspendre le recouvrement de la créance le 14 août 2020. Par la suite le président du conseil départemental ayant rejeté son recours administratif le 28 septembre 2020, cette décision a eu un effet immédiat et a engendré la reprise du recouvrement de la dette par la caisse d'allocations familiales, conformément à l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles. Enfin, dès que le département a pris connaissance de l'enregistrement de la requête auprès du tribunal administratif, il a demandé à la caisse des affaires familiales de suspendre le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active le 16 décembre 2020. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

7. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

8. La décision attaquée indique que le droit au revenu de solidarité active du requérant a été recalculé à compter du 1er octobre 2019, après intégration de ses ressources en tant que travailleur indépendant. Elle mentionne l'article R.262-19 du code de l'action sociale et des familles, et indique que c'est à bon droit que ses revenus d'activité ont été fixés à partir du bilan comptable de 2019. Enfin, elle mentionne l'absence de situation exceptionnelle dans l'évolution des comptes de l'entreprise de M. B permettant de déroger aux dispositions de l'article précité. Par suite, l'acte litigieux est suffisamment motivé de sorte que le moyen doit être écarté.

9. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant demande de restitution d'indu qui n'émane pas d'un tribunal au sens de ces stipulations.

10. En cinquième lieu, M. B soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 262-3 et R.262-19 du code de l'action sociale et des familles dès lors que l'administration lui a notifié un indu de revenu de solidarité active nonobstant la baisse significative de ses ressources. Eu égard au motif de la décision attaquée rappelé au point 8, ce moyen est inopérant et doit donc être écarté.

11. Enfin, si le requérant soutient que la caisse d'allocations familiales a commis une faute en lui versant des prestations auxquelles il n'avait finalement pas droit, d'une part en s'abstenant de tenir ses droits à jours, d'autre part en manquant à son devoir d'information, il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales a procédé à la régularisation de son dossier au regard des éléments qu'il a lui-même transmis, et l'avait informé, dès le dépôt de sa demande revenu de solidarité active, que son activité professionnelle nécessitait une étude particulière de son dossier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation par le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques doit être écarté.

Sur la remise gracieuse :

12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

13. Il résulte de l'instruction que le recours administratif préalable, formé par le requérant le 17 juillet 2020 auprès du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques à l'encontre de l'indu mis à sa charge par le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques par une décision du 13 juillet 2020, présente également, compte tenu des termes dans lesquels il est rédigé, le caractère d'une demande de remise gracieuse, à laquelle l'administration n'a pas fait droit par la décision attaquée du 28 septembre 2020, de sorte que la fin de non-recevoir tirée de l'absence de demande de remise de dette préalable soulevée en défense doit être écartée.

14. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision.

15. Si M. B évoque, au soutien de sa demande, sa situation de précarité, et produit à cet effet une attestation de paiement délivrée par la caisse d'allocations familiales le 29 septembre 2020 indiquant les prestations perçues pour les mois d'octobre 2019 au mois d'août 2020, il n'apporte toutefois aucun élément permettant d'apprécier ses ressources actuelles, ni l'importance des charges supportées par son foyer. Dans ces conditions, alors même que sa bonne foi n'est pas remise en cause, le requérant ne justifie pas être en situation d'obtenir le bénéfice d'une remise gracieuse de sa dette.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de remise gracieuse de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions présentées par le requérant, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au département des Pyrénées-Atlantiques de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement de la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sur le fondement combiné desdites dispositions et de celles de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au département des Pyrénées-Atlantiques et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Atlantiques.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La présidente,

V. QUEMENERLa greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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