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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2002630

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2002630

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2002630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantCABINET BOIVIN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 décembre 2020 et 3 septembre 2021, le Syndicat des fabricants d'explosifs, de pyrotechnie et d'artifices (SFEPA), la société Pyragric Industrie, la société Ardi SA, la société Ukoba Industrie, la société Jacques Prévot Artifices et la société Brezac Artifices, représentés par Me Gubler, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel la préfète des Landes a interdit la vente, le transport et l'utilisation d'artifices de divertissement dans le département du 24 au 28 décembre 2020 et du 30 décembre 2020 au 4 janvier 2021 ;

2°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente dès lors qu'il a été pris par la préfète des Landes dans l'exercice de ses pouvoirs de police générale, alors qu'il relevait exclusivement des pouvoirs de police spéciale du ministre de la transition écologique ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 de la directive 2013/29/UE du 12 juin 2013 en ce qu'il porte atteinte à la libre circulation des articles pyrotechniques, à une tradition culturelle locale et en ce qu'il ne limite pas son champ d'application aux seules catégories d'artifices de divertissement F2 et F3 ;

- il porte atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que l'interdiction édictée n'est ni nécessaire pour protéger l'ordre public, ni proportionnée au but recherché ;

- il est constitutif d'une rupture d'égalité de traitement avec les entreprises de commerce d'artifices implantées dans les départements limitrophes ou à l'étranger.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2021, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête a perdu son objet et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la directive 2013/29/UE du Parlement européen et du Conseil du 12 juin 2013 ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- la loi n° 2020-1379 du 14 novembre 2020 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2015-799 du 1er juillet 2015 ;

- le décret n° 2020-1257 du 14 octobre 2020 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Neumaier,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gubler, représentant le SFEPA et les sociétés Pyragric Industrie, Ardi SA, Ukoba Industrie, Jacques Prévot Artifices et Brezac Artifices

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 décembre 2020, la préfète des Landes a interdit la vente, le transport et l'usage d'artifices de divertissement dans l'ensemble du département des Landes, du 24 décembre 2020 à six heures au lundi 28 décembre 2020 à six heures, puis du 30 décembre 2020 à six heures au 4 janvier 2021 à six heures. L'arrêté prévoit une exception pour les personnes utilisant des artifices à des fins professionnelles, titulaires du certificat prévu par le décret du 31 mai 2010. Par leur requête, le SFEPA et les sociétés Pyragric Industrie, Ardi SA, Ukoba Industrie, Jacques Prevot Artifices et Brezac Artifices demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". La recevabilité du recours s'apprécie au moment où il est introduit.

3. Il ressort des pièces du dossier que le recours contre l'arrêté attaqué a été formé par une requête enregistrée le 28 décembre 2020. La circonstance que cet arrêté ait cessé de produire tout effet le 4 janvier 2021 n'est pas de nature à priver d'objet le recours pour excès de pouvoir formé à son encontre. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté du 18 décembre 2020 :

4. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'apprécier la nécessité de prendre des mesures de police au vu des risques de troubles à l'ordre public dont elle a connaissance et de veiller à ce que ces mesures soient proportionnées à ces risques.

5. Les requérants soutiennent que la mesure de police contestée porte une atteinte disproportionnée à la liberté du commerce et de l'industrie, et qu'elle n'est ni nécessaire, ni proportionnée au but en vue duquel elle a été prise. Il ressort des pièces du dossier que, si la situation sanitaire liée à la pandémie de covid-19 restait préoccupante en décembre 2020, le département des Landes présentait, d'après le point épidémiologique publié le 31 décembre 2020 par Santé publique France, un taux d'incidence et un taux de positivité supérieurs à la moyenne des départements de Nouvelle-Aquitaine sans toutefois être les plus élevés de la région. En outre, il n'est pas démontré que les rassemblements de particuliers en plein air pour la durée limitée de tirs de feux d'artifices privés, qu'ils soient organisés sur des propriétés privées ou sur la voie publique, ou tout autre usage licite d'articles pyrotechniques, faisaient courir un risque particulier de contamination ou auraient fait l'objet d'alertes particulières de la part des autorités sanitaires. Les motifs tirés de la situation sanitaire développés par l'autorité préfectorale pour justifier les différentes interdictions querellées ne sont, dès lors, pas établis. Par ailleurs, si la préfète des Landes soutient qu'il existe une coutume locale liée à un usage festif des artifices de divertissement à l'occasion des fêtes de fin d'année, il n'est fait état d'aucun élément statistique relatif au volume des ventes d'artifices réalisées durant la fin de l'année dans le département des Landes, susceptible d'étayer l'existence d'un risque pour la sécurité des personnes. En outre, si les articles de presse produits par la préfète en défense font état de cas d'atteintes ou de tentatives d'atteintes graves aux biens et aux personnes, au premier rang desquelles figurent les membres des forces de sécurité intérieure, par un usage détourné d'artifices de divertissement, ces faits ne se sont pas produits dans le département des Landes et ils concernent, dans leur très grande majorité, l'usage de bombes d'artifices tirées à l'aide d'un mortier. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que durant les années antérieures à 2020, ni à raison de circonstances particulières à la fin de l'année 2020, il existait des craintes d'un usage détourné de ces engins. Dès lors, au regard des circonstances de l'espèce, et alors que les motifs de l'arrêté contesté demeurent généraux et non circonstanciés sur les risques à prévenir, les requérants sont fondés à soutenir que la mesure de police en litige n'était ni nécessaire, ni proportionnée à l'objet poursuivi et a, partant, porté une atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2020.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit à la demande des requérants tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète des Landes du 18 décembre 2020 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera la somme globale de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au Syndicat des fabricants d'explosifs, de pyrotechnie et d'artifices, à la société Pyragric Industrie, à la société Ardi SA, à la société Ukoba Industrie, à la société Jacques Prevot Artifices et à la société Brezac Artifices, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au Syndicat des fabricants d'explosifs, de pyrotechnie et d'artifices, à la société Pyragric Industrie, à la société Ardi SA, à la société Ukoba Industrie, à la société Jacques Prevot Artifices et à la société Brezac Artifices, et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète des Landes.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Sellès, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

Mme Neumaier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé : L. NEUMAIER

La présidente,

Signé : M. SELLESLa greffière,

Signé : M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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