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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100169

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100169

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGARRIGUE-VIEUVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 janvier 2021, le 13 juillet 2021 et le

5 avril 2022, M. A B, représenté par Me Garrigue-Vieuville, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 2 septembre 2020 et du 9 décembre 2020 par lesquelles la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-ouest et la commission nationale d'agrément et de contrôle ont respectivement refusé de lui octroyer la carte professionnelle, ensemble la décision implicite de rejet née du silence opposé au recours administratif préalable ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer la carte professionnelle ou, à défaut, d'enjoindre le réexamen de la demande de renouvellement de cette carte sous huit jours ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 9 décembre 2020 est insuffisamment motivée en fait, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure de consultation irrégulière, faute de justification de l'habilitation requise par l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure de l'agent ayant procédé à la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à la compatibilité de son comportement avec l'exercice de l'activité d'agent de sécurité aéroportuaire ;

- elle est entachée d'erreur de fait, la commission ayant occulté le caractère prescrit, au 18 mai 2020, des faits pour lesquels le requérant a été rappelé à la loi.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 octobre 2021 et le 21 avril 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens d'ordre public relevés d'office, tirés de :

- l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la délibération de la commission locale d'agrément et de contrôle sud-ouest du Conseil national des activités privées de sécurité du 2 septembre 2020, la délibération de la commission nationale d'agrément et de contrôle s'y étant substituée;

- l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de la commission nationale d'agrément et de contrôle rejetant le recours administratif préalable de

M. B, cette décision n'ayant jamais été prise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 2 septembre 2020, la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Sud-Ouest du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté la demande de renouvellement de la carte professionnelle d'agent privé de sécurité présentée par M. B. Par une délibération du 9 décembre 2020, la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS, saisie d'un recours administratif préalable de M. B, a confirmé ce refus. M. B demande l'annulation de la délibération de la CLAC du 2 septembre 2020, de la décision implicite de rejet du recours administratif préalable formé contre cette délibération, et de la délibération de la CNAC du 9 décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la délibération de la CLAC du 2 septembre 2020 :

2. Aux termes de l'article L. 633-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable au litige : " Tout recours contentieux formé par une personne physique ou morale à l'encontre d'actes pris par une commission d'agrément et de contrôle est précédé d'un recours administratif préalable devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

3. La délibération prise par la CNAC du CNAPS à la suite du recours administratif préalable formé par M. B contre la délibération attaquée s'est substituée à cette dernière. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation de la délibération de la CLAC du 2 septembre 2020 sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

En ce qui concerne la décision implicite par laquelle la CNAC a rejeté le recours administratif préalable de M. B :

4. Il ressort des mentions non contestées de la délibération de la CNAC du

9 décembre 2020 que le recours administratif préalable de M. B a été reçu par la CNAC le

9 octobre 2020. En conséquence, la délibération de la CNAC du 9 décembre 2020 est intervenue avant qu'une décision implicite de rejet de ce recours ne soit née. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation d'une telle décision sont irrecevables et doivent, par suite, être également rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la délibération de la CNAC du 9 décembre 2020 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

6. La délibération attaquée se fonde sur ce que les faits d'exhibition sexuelle sur la voie publique, en présence d'une passante, pour lesquels M. B a été mis en cause le 18 mai 2017, sont matériellement établis et ont donné lieu à un rappel à la loi, sur ce que ces agissements sont contraires aux bonnes mœurs et à la probité, qui constitue une obligation déontologique fondamentale des professionnels de la sécurité privée, et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions d'agent de sécurité privée. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en fait prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative () que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées. ". Il résulte des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, alors applicable, qu'une personne ne peut être employée pour l'exercice d'une activité privée de sécurité si, en particulier, elle a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou criminelle inscrite au bulletin n° 2 de son casier judiciaire ou s'il résulte de l'enquête administrative diligentée pour instruire sa demande de délivrance de la carte professionnelle qu'elle a eu un comportement contraire à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et incompatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. A cet égard, la faculté, dans le cadre de l'enquête administrative, de consulter des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 26 de la loi susvisée du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, n'est ouverte qu'aux seuls agents des commissions nationale et régionale d'agrément et de contrôle spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés. En cas de contestation sur ce point, il appartient à l'autorité administrative de justifier, devant le juge, de ce que le ou les agents ayant procédé à la consultation prévue à l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure bénéficiaient effectivement de l'habilitation spéciale prévue par la loi.

8. Il ressort des pièces du dossier que le fichier de traitement des antécédents judiciaires a été consulté le 29 octobre 2020, avant la délibération attaquée, par l'agent immatriculé 750040C, et le CNAPS produit l'arrêté du 27 juillet 2020 par lequel le préfet de police autorise plusieurs agents du siège du CNAPS, dont M. C D, dont il n'est pas contesté qu'il est l'agent identifié par ce matricule, à accéder aux données à caractère personnel et aux informations enregistrées, notamment dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires. Par suite, la délibération attaquée n'a pas été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la matérialité des faits d'exhibition sexuelle mentionnés dans la délibération attaquée, pour lesquels M. B a fait l'objet d'un rappel à la loi, est établie. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle le défaut de mention du caractère prescrit des faits à la date de la délibération attaquée, M. B n'est pas fondé à soutenir que cette dernière est entachée d'erreur de fait.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un rappel à la loi pour des faits d'exhibition sexuelle commis le 20 mars 2017 à Bayonne. Si l'intéressé n'a pas commis, depuis, de nouvelles infractions, les faits ont été commis alors que, titulaire depuis deux ans de la carte professionnelle d'agent de sécurité, il était soumis à une exigence déontologique particulièrement élevée. Ces faits, certes isolés, mais récents, révèlent ainsi un comportement contraire aux bonnes mœurs qui n'est pas compatible avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. La circonstance que le procureur de la République a fait droit à la demande du requérant d'effacement de la mention relative à ces faits dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires est à cet égard sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, en refusant de délivrer à M. B une carte professionnelle d'agent privé de sécurité, la CNAC du CNAPS n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

Signé

V. E

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON La greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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