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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100194

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100194

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSELARL REAU COCOYNACQ COLMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête, des mémoires en production de pièces et des mémoires, enregistrés le 27 janvier 2021, le 11 février 2021, le 30 juillet 2021 et le 27 octobre 2021, le Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit, représenté par Me Colmet, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2020 par lequel le maire de Bayonne a délivré à la société Domofrance et à la société Le col un permis de construire en vue de l'édification de deux bâtiments comportant 45 logements, des bureaux et un commerce ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bayonne une somme de 3000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles UA 10 et UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne.

B des mémoires en défense et des mémoires en production de pièces, enregistrés le 20 avril 2021, le 21 septembre 2021, le 21 octobre 2021, le 16 novembre 2021 et le 24 mai 2022, la commune de Bayonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le syndicat requérant ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par le Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit ne sont pas fondés.

B des mémoires en défense enregistrés le 26 octobre 2021 et le 16 novembre 2021, la société anonyme Le col et la société anonyme Domofrance, représentées par Me Delhaes, avocat, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge du syndicat requérant les entiers dépens ainsi qu'une somme de 3000 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- le syndicat requérant ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par le Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dauga, représentant la société Le col et la société Domofrance.

Considérant ce qui suit :

1. La société Domofrance et la société Le col ont déposé le 6 décembre 2019 une demande de permis de construire en vue de l'édification de deux bâtiments comportant 45 logements, des bureaux et un commerce dans la commune de Bayonne. B arrêté du 27 juillet 2020, le maire de cette commune a délivré le permis de construire. Le Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne : " Hauteur maximum des constructions. () 10.3.2 Règles de hauteur. a. Règles générales. Sauf " hauteur de façade spécifique " mentionnée au document graphique, la hauteur des façades d'une construction prise au droit de l'alignement ne pourra excéder : - UA : 14,00 mètres (). 10.4.2 Hauteur des toitures. Sauf " hauteur de toiture spécifique " mentionnée au document graphique, le faîtage de toute nouvelle construction ne doit pas dépasser de plus de 4 m la hauteur de la façade de la construction. () Pour les constructions ayant une façade sur le quai C, cette hauteur maximale est ramenée à 3 m. ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait du document graphique de la zone UA dans laquelle prend place le terrain d'assiette du projet dans sa version issue de la modification du plan local d'urbanisme de Bayonne approuvée par délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du 9 novembre 2019, que sont mentionnées sur les parcelles sur lesquelles est prévu d'être implanté le bâtiment en bordure du quai amiral C une hauteur maximale de façade de 18 m et une hauteur maximale de toiture de 22 m. Le syndicat requérant ne conteste pas sérieusement que le plan local d'urbanisme ainsi modifié n'était pas applicable à la demande de permis de construire présentée postérieurement à cette modification. Enfin, il résulte des plans de façade de ce bâtiment que la hauteur des façades s'élève à 17,06 m et que sa hauteur de toiture s'élève à 20 m. A valeurs n'excèdent donc pas celles respectivement de la hauteur maximale de façade de 18 m et de la hauteur maximale de toiture de 21 m. B suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UA 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne manque en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne : " Espaces libres, plantations et espaces boisés classés. () a. Normes générales () Les espaces libres doivent être paysagés et végétalisés : () Pour les unités foncières d'une superficie comprise entre 500 et 2000 m2 : - les espaces libres représentent 10 % au moins de la surface de la partie de l'unité foncière située en dehors de la bande de constructibilité de 20 m définie à l'article 7.1.2 ; () A espaces peuvent être aménagés sur dalles, si celles-ci ne se situent pas à plus de 3,90 m par rapport aux sol naturel. Dans ce cas, celles-ci doivent être couvertes d'une couche de terre végétale d'au moins 60 cm d'épaisseur. () ". L'article UA 7 du même règlement prévoit " () La bande des 20 m de profondeur est mesurée perpendiculairement à la voie, en tout point de la limite de l'alignement ou de l'emplacement réservé, ou de la marge de recul (indiqués au document graphique qui s'y substitue) (). ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice accompagnant la demande de permis de construire, que le terrain d'assiette du projet s'étend sur une superficie de 1474 m² et que ce projet prévoit un espace de 200 m² en cœur d'îlot au-delà de la bande des 20 m, aménagé sur dalles recouvertes d'une couche de terre végétale d'au moins 60 cm, ainsi qu'un espace de 260 m² au sud du bâtiment bordant le quai amiral C. La commune de Bayonne produit un plan représentant la partie de l'unité foncière n'entrant pas dans la bande de constructibilité de 20 m définie par l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme, laquelle représente une superficie non sérieusement contestée d'environ 215 m². En application de l'article UA 13 de ce même règlement, la superficie minimale des espaces libres doit ainsi s'élever à 21,5 m². Or, le projet prévoit un espace libre végétalisé en cœur d'îlot d'une superficie de 200 m² ainsi qu'un autre espace libre végétalisé en bordure du quai amiral C. La superficie totale de ces espaces libres végétalisés excède donc celle de 21,5 m². En tout état de cause, si, par arrêté du 15 avril 2022, le maire de Bayonne a délivré aux sociétés Domofrance et Le col un permis de construire modificatif, lequel portait notamment sur l'aménagement des espaces extérieurs, et si le nouveau plan de masse reproduit des espaces libres végétalisés, dont l'un en cœur d'îlot d'une superficie de 165 m², et l'autre en bordure du quai amiral C d'une superficie de 158,96 m², la superficie totale de ces espaces libres, qui s'élève à 323,96 m², excède celle requise de 21,5 m².

6. D'autre part, le syndicat requérant ne peut utilement invoquer l'existence d'incohérences entre les plans accompagnant la demande de permis de construire en ce qui concerne les plantations d'arbres prévues. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice accompagnant la demande de permis de construire, que des arbres seront plantés en limites séparatives sud et ouest de manière à maintenir et étoffer le filtre végétal existant, qu'un jardin partagé au rez-de-chaussée est prévu, qu'une haie végétale doublera la clôture au sud et à l'ouest du terrain entre le quai amiral C et la parcelle voisine, et que les haies situées en limites séparatives associeront plusieurs espèces de végétaux dans leur composition. Or, il n'est pas établi que les plans accompagnant cette même demande ne feraient pas état de manière concordante des plantations d'arbres prévues. B suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bayonne.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bayonne et par les sociétés Domofrance et Le col, les conclusions aux fins d'annulation de la requête du Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

9. Les sociétés Domofrance et Le col ne justifient pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. B suite, les conclusions présentées par elles à ce titre doivent être rejetées.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme globale de 1500 € au titre des frais exposés par les sociétés Domofrance et Le col et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit est rejetée.

Article 2 : Le Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit versera aux sociétés Domofrance et Le col une somme globale de 1500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par les sociétés Domofrance et Le col au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au Syndicat de copropriété de la résidence Carré Saint Esprit, à la commune de Bayonne, à la société anonyme Domofrance et à la société anonyme Le col.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le président rapporteur,

signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON

L'assesseure,

signé

F. GENTY

La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière

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