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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100195

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100195

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSELARL DUTIN FREDERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2021, la société à responsabilité limitée Fattah et Fils, représentée par Me Dutin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la préfète des Landes a rejeté les demandes d'autorisation de travail présentées par la société Fattah et fils en faveur de trois ressortissants marocains ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Landes de délivrer les autorisations de travail sollicitées dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ; subsidiairement, d'enjoindre à cette même autorité de réexaminer les demandes d'autorisation de travail dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi qu'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 5221-20 du code du travail dès lors que, d'une part, elle justifie avoir déposé une annonce auprès de Pôle emploi, d'autre part, la seule absence de transmission de certains documents aux services de l'inspection du travail à la suite d'un contrôle effectué le 16 mai 2019 sur un chantier forestier ne démontre pas que les conditions réglementaires d'exercice de l'activité salariée ne seraient pas respectées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2021, la préfète des Landes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Fattah et fils ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Genty,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Fattah et fils a déposé le 30 juin 2020 une demande d'autorisation de travail en vue du recrutement sous contrats à durée indéterminée de trois ressortissants marocains pour des emplois de bûcheron. Par décision du 2 décembre 2020, la préfète des Landes a rejeté cette demande. La société Fattah et fils demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet.() ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 25 février 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Landes, la préfète de ce département a donné délégation à M. B, directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Nouvelle-Aquitaine à l'effet de signer les décisions dans les domaines relevant de la compétence de la préfète des Landes notamment en matière de main d'œuvre étrangère. Par arrêté du 3 avril 2020, publié le 6 avril 2020 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture des Landes, M. B a subdélégué sa signature, en ce qui concerne l'unité départementale des Landes, à Mme A, directrice du travail et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à M. C, directeur adjoint du travail et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer les décisions relevant du champ de l'emploi, des entreprises et du travail pour des actions autres que celles de l'inspection de la législation du travail. Enfin, il n'est ni allégué, ni établi qu'à la date de la décision attaquée, Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision a été signée par une autorité incompétente manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes l'article R. 5221-20 du code du travail : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants :1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; () 3° le respect par l'employeur, l'utilisateur mentionné à l'article L. 1251-1 ou l'entreprise d'accueil de la législation relative au travail et à la protection sociale ; 4° Le cas échéant, le respect par l'employeur, l'utilisateur, l'entreprise d'accueil ou le salarié des conditions réglementaires d'exercice de l'activité considérée ; 5° Les conditions d'emploi et de rémunération offertes à l'étranger, qui sont comparables à celles des salariés occupant un emploi de même nature dans l'entreprise ou, à défaut, conformes aux rémunérations pratiquées sur le marché du travail pour l'emploi sollicité ; 6° Le salaire proposé à l'étranger qui, même en cas d'emploi à temps partiel, est au moins équivalent à la rémunération minimale mensuelle mentionnée à l'article L. 3232-1 ; (). ".

5. La décision attaquée se fonde notamment sur ce que six candidats correspondant au profil recherché par l'offre d'emploi déposée auprès de Pôle emploi ont été mis en relation avec la société requérante qui ne les a pas acceptés. Il ressort des pièces du dossier que cette dernière a déposé le 14 septembre 2020 auprès de Pôle emploi une offre correspondant à un seul poste de bûcheron, que trois candidats se sont présentés et qu'aucun d'eux n'a été retenu par elle. A la suite d'une nouvelle recherche en date du 2 novembre 2020, trois nouvelles candidatures ont à nouveau été proposées à la société qui ne les a pas davantage retenues. Si celle-ci soutient qu'en ayant déposé une offre d'emploi auprès d'un organisme concourant au service public de l'emploi, elle a satisfait à son obligation de recherche des candidats, qu'elle n'était pas tenue d'embaucher un ressortissant français ou européen de préférence à un ressortissant étranger et que les trois personnes pour lesquelles elle a sollicité une autorisation de travail disposaient d'une expérience dans le domaine recherché, elle n'allègue ni n'établit que les six demandeurs d'emploi proposés par Pôle emploi n'auraient pu satisfaire à ses besoins de recrutement, et elle ne conteste pas n'avoir proposé qu'un seul poste de bûcheron. Dans ces conditions, à supposer même que les trois ressortissants marocains que la société souhaitait recruter auraient justifié d'un profil en adéquation avec le poste de bûcheron pour lequel un contrat de travail était proposé, la société Fattah et fils n'apporte pas la preuve d'une recherche sincère de candidats, ni ne démontre de difficulté à pourvoir le seul poste proposé. Par suite, en se fondant sur ce motif, lequel permettait à lui seul de prendre la décision attaquée, la préfète des Landes n'a pas fait une inexacte application de l'article R. 5221-20 du code du travail.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Fattah et fils doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Fattah et fils n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

9. La société Fattah et fils ne justifie pas, en tout état de cause, avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par elle à ce titre doivent être rejetées.

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Fattah et fils doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Fattah et fils est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Fattah et fils et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète des Landes.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

F. GENTY

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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