lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100245 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCM MAUVEZIN SOULIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et un mémoire en production de pièce, enregistrés le 1er février 2021, le 7 novembre 2022 et le 8 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Grimaldi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Soues à lui verser la somme à parfaire de 32 156 euros au titre des préjudices qu'elle a subis, lors de l'interruption de sa relation de travail avec cette collectivité, du fait du recours abusif de cette dernière à des contrats à durée déterminée, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable et de leur capitalisation ;
2°) d'enjoindre à cette collectivité de procéder à la liquidation des sommes sollicitées, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Soues une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- au regard des articles 3-1 et 3-2 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, la commune de Soues a commis une faute en recourant de façon abusive à des contrats à durée déterminée ;
- son préjudice financier résulte de la perte des avantages financiers dont elle aurait pu bénéficier si elle avait été employée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, à savoir une évolution de sa rémunération, de la diminution afférente de sa pension de retraite, des primes de Noël et d'assiduité pour les six dernières années et des indemnités de licenciement correspondant à douze années de service ;
- son préjudice moral est lié à la précarité professionnelle qu'elle a subie, laquelle a provoqué une dégradation de son état de santé, et à sa situation personnelle dès lors qu'elle est âgée de 60 ans et que son état de santé ne lui permet pas d'être réintégrée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 août 2021 et le 25 novembre 2022, la commune de Soues, représentée par Me Soulié, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés ;
- elle a refusé une proposition de contrat à durée indéterminée ;
- les préjudices allégués ne sont pas indemnisables.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions indemnitaires, en tant qu'elles visent les contrats de travail conclus du 1er août 2006 au 28 février 2014, sont présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Genty,
- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a d'abord été recrutée par la commune de Soues, pour les périodes du 1er août 2006 au 31 juillet 2009, du 1er septembre 2011 au 31 août 2012 et du 1er mars 2013 au 28 février 2014 par cinq contrats d'accompagnement dans l'emploi dits " contrats d'avenir " et " contrats unique d'insertion ", pour exercer les fonctions d'agent des services techniques. Elle a ensuite bénéficié, au titre de la période du 1er mars 2014 au 28 février 2020, de sept contrats de travail à durée déterminée, en qualité d'agent non titulaire de droit public, chargé des fonctions d'agent de service et des écoles. Mme B demande la condamnation de la commune de Soues à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du recours abusif de cette collectivité à des contrats à durée déterminée pour l'employer.
Sur les conclusions aux fins d'indemnité :
En ce qui concerne les préjudices au titre de la période du 1er août 2006 au 28 février 2014 :
2. Les personnels recrutés par contrats d'avenir, en application des dispositions de L. 5134-41 du code du travail, et par contrats d'accompagnement dans l'emploi qui leur ont succédé en application des dispositions de l'article L. 322-4-7 du même code, et dont l'objet est de faciliter l'insertion professionnelle des personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières d'accès à l'emploi, sont soumis à un régime de droit privé. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 5134-19-3 du même code que le contrat unique d'insertion conclu dans le cadre d'une convention d'insertion prend la forme, pour les employeurs du secteur non marchand tel qu'une commune, du contrat d'accompagnement dans l'emploi. Les conditions du nombre maximal de renouvellement des contrats sont au demeurant propres à ce régime. Dès lors, ces personnels ne se trouvent pas dans la même situation que les agents recrutés par des contrats de droit public sur le fondement des dispositions de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme B a été employée par la commune de Soues dans le cadre de ces dispositifs d'insertion pour trois périodes discontinues comprises entre le 1er août 2006 et le 28 février 2014. Par suite, le caractère de droit privé de ces contrats fait obstacle à ce que la responsabilité de la commune à raison de leur caractère abusif allégué soit recherchée devant le juge administratif.
En ce qui concerne les préjudices au titre de la période du 1er mars 2014 au 28 février 2020 :
S'agissant des préjudices financiers :
3. En premier lieu, il résulte, d'abord, des témoignages concordants du maire de Soues, de l'un de ses adjoints et du directeur général des services de la commune que la requérante a décliné la proposition orale qui lui a été présentée lors d'une réunion le 13 août 2019, réitérée le 22 janvier 2020, d'être nommée fonctionnaire stagiaire dès le mois de mars 2020 en vue de sa titularisation. Le témoignage d'une collègue de la requérante confirme la volonté de Mme B de cesser son activité professionnelle au sein des services de la commune, les relations de travail s'y étant dégradées et estimant qu'elle ne subirait pas de perte financière avant de pouvoir faire valoir rapidement ses droits à la retraite. Si un représentant syndical, également présent lors de la réunion du 22 janvier 2020, a déploré, dans son témoignage, l'absence de reconnaissance professionnelle et d'intégration de la requérante parmi les agents titulaires de la fonction publique, et a dénoncé l'absence de proposition écrite d'intégration lors de cette réunion, cette dernière circonstance, pour regrettable qu'elle soit, n'est toutefois pas de nature à remettre en cause la volonté de Mme B de ne pas poursuivre ses fonctions au sein de la collectivité. Dès lors, la commune ne peut être regardée comme étant à l'origine de la rupture de la relation de travail. Par suite, alors même que le caractère abusif du recours préalable à sept contrats à durée déterminée est établi, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'elle pouvait prétendre à une indemnité évaluée en fonction des avantages financiers dus en cas de licenciement, dès lors qu'elle ne démontre pas que l'interruption de la relation d'emploi ne lui serait pas directement imputable.
4. En deuxième lieu, si Mme B se prévaut d'avoir été privée d'une prime de Noël et d'une prime d'assiduité, elle n'en précise toutefois pas les fondements légaux ou réglementaires.
5. En dernier lieu, si la requérante invoque un préjudice lié à la stagnation de sa rémunération, elle ne l'étaye pas suffisamment pour en apprécier le bien-fondé.
S'agissant du préjudice moral :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 3-3 de la loi de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / 1° Lorsqu'il n'existe pas de cadre d'emplois de fonctionnaires susceptibles d'assurer les fonctions correspondantes ; / 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A lorsque les besoins des services ou la nature des fonctions le justifient et sous réserve qu'aucun fonctionnaire n'ait pu être recruté dans les conditions prévues par la présente loi ; / 3° Pour les emplois de secrétaire de mairie des communes de moins de 1 000 habitants et de secrétaire des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil ; / 4° Pour les emplois à temps non complet des communes de moins de 1 000 habitants et des groupements composés de communes dont la population moyenne est inférieure à ce seuil, lorsque la quotité de temps de travail est inférieure à 50 % ; / 5° Pour les emplois des communes de moins de 2 000 habitants et des groupements de communes de moins de 10 000 habitants dont la création ou la suppression dépend de la décision d'une autorité qui s'impose à la collectivité ou à l'établissement en matière de création, de changement de périmètre ou de suppression d'un service public. / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ".
7. S'il résulte de l'instruction que les fonctions identiques dévolues à Mme B au cours des six années concernées, relatives à l'entretien de l'école et à la prise en charge de la garderie et de la restauration, répondaient à des nécessités continues du service de nature à être pourvues par un emploi permanent, y compris à temps non complet, au sens de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, ni la situation de Mme B ni l'emploi occupé ne répondaient à l'un des cas visés par ces dispositions. Dans ces conditions, quand bien même la requérante soutient que son poste correspondait en réalité à un emploi permanent, les contrats de Mme B n'entraient pas dans le champ d'application des dispositions précitées imposant à la collectivité de lui proposer un contrat à durée indéterminée à l'issue de six années de contrats dans le cas de la prolongation de la relation de travail, et n'auraient pas davantage pu être renouvelés dans le cadre d'un contrat à durée déterminée. Dès lors, la circonstance que la commune a abusivement conclu sept contrats à durée déterminée n'a pas d'incidence sur le fait que Mme B a été maintenue dans une situation de précarité et d'incertitude professionnelle pendant les six années au cours desquelles elle a été employée par la commune de Soues.
8. En deuxième lieu, si Mme B impute la dégradation de son état de santé, notamment un syndrome anxio-dépressif qui a donné lieu à des arrêts de travail du 18 novembre 2019 au 24 janvier 2020, à la précarité de son statut, elle n'en établit en tout état de cause pas le lien de causalité.
9. En dernier lieu, si la requérante se prévaut de son âge et de son état de santé qui ne lui permettent pas une réintégration sur son poste, ce préjudice ne présente pas un lien direct et certain avec le caractère abusif du recours à une succession de contrats à durée déterminée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de Mme B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Le rejet des conclusions aux fins d'indemnité de la requête de Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu non plus de faire droit aux mêmes conclusions présentées par la commune de Soues.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de Mme B correspondant à la période du 1er août 2006 au 28 février 2014 sont présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Soues sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Soues.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Genty, première conseillère,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. GENTY
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026