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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100353

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100353

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCASAMIAN ALAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 février 2021 et le 29 novembre 2022, Mme D C, représentée par la SCP Gros, Hicter, d'Halluin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Fleurance du 8 décembre 2020 en tant qu'il met fin à son détachement dans l'emploi de directeur général des services et l'affecte à un nouvel emploi ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Fleurance une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de fin de détachement :

- ses droits de la défense ont été méconnus dès lors que si elle a eu accès à son dossier, elle n'a pas eu un délai suffisant pour organiser sa défense ;

- la perte de confiance fondant cette décision est dépourvue de toute matérialité ;

- la décision est, en outre, entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne sait pas ce qui lui est reproché et que rien dans sa manière de servir ne peut justifier cette décision ;

S'agissant du poste sur lequel elle est affectée :

- l'arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors qu'elle est affectée à un emploi qui n'est pas au nombre de ceux qu'elle a statutairement vocation à occuper eu égard à son grade d'attachée principale, et il méconnaît ainsi l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 ainsi que l'article 2 du décret du 30 décembre 1987 ;

- il révèle, enfin, une " mise au placard " déguisée et est ainsi entaché de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2022, la commune de Fleurance, représentée par Me Casamian, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête de Mme C, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante, une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-1099 du 30 décembre 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée, par voie de mutation, par la commune de Fleurance pour être détachée, à compter du 1er juin 2020, sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services. Par un arrêté du 8 décembre 2020, prenant effet le 4 janvier 2021, le maire de Fleurance a cependant mis fin à son détachement, l'a réintégrée dans son cadre d'emplois d'origine et affectée à la gestion du secrétariat général ainsi qu'à des fonctions " d'optimisation des services " (outils électroniques, archivages, classement). Mme C demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il met fin à son détachement dans l'emploi de directeur général des services et l'affecte à un nouvel emploi.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. La requête de Mme C dirigée contre l'arrêté du 8 décembre 2020, notifié le 15 décembre 2020, a été enregistrée au greffe du tribunal le 12 février 2021. Le moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté manque donc en fait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 : " Lorsqu'il est mis fin au détachement d'un fonctionnaire occupant un emploi fonctionnel mentionné aux alinéas ci-dessous et que la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade, celui-ci peut demander à la collectivité ou l'établissement dans lequel il occupait l'emploi fonctionnel soit à être reclassé dans les conditions prévues aux articles 97 et 97 bis, soit à bénéficier, de droit, du congé spécial mentionné à l'article 99, soit à percevoir une indemnité de licenciement dans les conditions prévues à l'article 98. / Ces dispositions s'appliquent aux emplois : () / - de directeur général des services () des communes de plus de 2 000 habitants ".

5. Il peut être mis fin au détachement des agents occupant les emplois fonctionnels mentionnés à l'article 53 de la loi du 26 janvier 1984 pour des motifs tirés de l'intérêt du service. Eu égard à l'importance du rôle des titulaires de ces emplois et à la nature particulière des responsabilités qui leur incombent, le fait pour l'un de ces agents de s'être trouvé placé dans une situation ne lui permettant plus de disposer de la part de l'autorité territoriale de la confiance nécessaire au bon accomplissement de ses missions peut légalement justifier qu'il soit, pour ce motif, déchargé de ses fonctions.

6. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Fleurance a mis fin au détachement de Mme C dans l'emploi de directeur général des services, au motif d'une " rupture du lien de confiance ". Cependant, la commune ne produit aucun élément sur le comportement de la requérante de nature à démontrer la réalité de la perte de confiance alléguée, alors que Mme C se prévaut de la poursuite de l'exercice de ses fonctions, malgré une situation décrite avec précision comme dégradée depuis l'élection du nouveau maire de la commune et de la proposition de signature d'un protocole qui lui a été faite, mais qu'elle a déclinée, lequel protocole mentionnait qu'en échange du maintien de ses primes, cette dernière " n'engagera aucune action contentieuse, contre l'arrêté formalisant la fin de son détachement, fondée sur une insuffisance de motifs () ". Ainsi, les éléments circonstanciés qui justifieraient cette perte de confiance alléguée ne figurent ni dans l'arrêté attaqué, ni dans les pièces du dossier. Par suite, l'arrêté attaqué est fondé sur une perte de confiance dont la matérialité n'est pas établie et doit donc être annulé en tant qu'il met fin au détachement de Mme C.

7. En second lieu, aux termes de l'article 56 de la loi du 26 janvier 1984 : " L'activité est la position du fonctionnaire qui, titulaire d'un grade, exerce effectivement les fonctions de l'un des emplois correspondant à ce grade ". Aux termes de l'article 2 du décret du 30 décembre 1987 portant statut particulier du cadre d'emplois des attachés territoriaux : " Les membres du cadre d'emplois participent à la conception, à l'élaboration et à la mise en œuvre des politiques décidées dans les domaines administratif, financier, économique, sanitaire, social, culturel, de l'animation et de l'urbanisme. Ils peuvent ainsi se voir confier des missions, des études ou des fonctions comportant des responsabilités particulières, notamment en matière de gestion des ressources humaines, de gestion des achats et des marchés publics, de gestion financière et de contrôle de gestion, de gestion immobilière et foncière et de conseil juridique. Ils peuvent également être chargés des actions de communication interne et externe et de celles liées au développement, à l'aménagement et à l'animation économique, sociale et culturelle de la collectivité. Ils exercent des fonctions d'encadrement et assurent la direction de bureau ou de service. () ".

8. Si l'arrêté attaqué mentionne qu'à la date à laquelle il est mis fin aux fonctions de la requérante, il existe au tableau des effectifs de la collectivité " un emploi vacant correspondant au grade de l'intéressée ", il se borne néanmoins à l'affecter à des fonctions de gestion du secrétariat général et " d'optimisation des services ". Il ressort, par ailleurs, des termes mêmes de la fiche de poste qui lui a été remise, que la requérante s'est vu confier la mission d'apporter une assistance administrative au directeur général des services, de gérer le secrétariat général, de servir d'interlocuteur des services pour la transmission d'informations et d'optimiser la gestion administrative des services et des outils associés, ce qui recouvre notamment la mise en place d'une gestion électronique des documents et de règles d'archivage et de classement sur le serveur informatique. Cette même fiche précise que ce poste ne comprend pas d'encadrement de personnel. Ainsi, dès lors que le poste dans lequel elle a été affectée ne lui confie ni mission, étude ou fonction à responsabilité particulière, comme la direction de l'administration générale ou celle des ressources humaines, ni aucune fonction d'encadrement, et en l'absence, par ailleurs, de toute justification de l'impossibilité, d'ailleurs pas même alléguée, dans laquelle se trouvait la commune de lui proposer un autre poste plus conforme à son statut, Mme C est également fondée à demander l'annulation de l'arrêté sur ce point.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2020 par lequel le maire de Fleurance a mis fin à son détachement et l'a affectée à un nouvel emploi de gestion du secrétariat général et " d'optimisation des services ".

Sur les frais liés à l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Fleurance une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Fleurance du 8 décembre 2020 est annulé en tant qu'il met fin au détachement de Mme C et l'affecte à un nouvel emploi.

Article 2 : La commune de Fleurance versera à Mme C la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et à la commune de Fleurance.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Genty, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé : S. B

La présidente,

Signé : S. PERDULa greffière,

Signé : M. A

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

Signé : M. A

N ° 2100353

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