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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100354

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100354

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantTEJAS AVOCATS PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire en production de pièces et des mémoires, enregistrés le

15 février 2021, le 2 mars 2021, le 11 février 2022, le 26 janvier 2024, le 29 janvier 2024 et le 30 avril 2024, Mme A D et M. C E, représentés par Me Macagno, demandent au tribunal, en l'état de leurs dernières écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2020 par lequel le maire de Bayonne a délivré à cette commune un permis de construire en vue de la restructuration et de l'extension d'une médiathèque, ensemble la décision du 16 décembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté leur recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le maire de Bayonne a délivré à cette commune un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bayonne une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

En ce qui concerne l'arrêté du 22 septembre 2020 :

- le dossier est incomplet au regard des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- il ne comporte pas l'état des lieux exigé par l'article 1-3-2 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Bayonne ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les prescriptions opposables contenues dans le document graphique annexé au plan de sauvegarde et de mise en valeur ;

- il méconnaît une prescription de l'architecte des Bâtiments de France émise dans son avis du 5 juin 2020 ;

- il méconnaît l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme et les articles R. 111-19-18 et R. 111-19-17 du code de la construction et de l'habitation ;

- il méconnaît l'article 3-2-1-2 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Bayonne relatif aux immeubles à conserver ;

- il méconnaît les articles USS 1-1, USS 11-3, USS 7-2-2 et USS 11-4-1-2 du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Bayonne ;

En ce qui concerne l'arrêté du 6 février 2024 :

- le dossier de demande ne détaille pas suffisamment le champ de la modification ;

- la notice modifiée ne justifie pas les modifications apportées ;

- l'avis favorable émis par l'architecte des Bâtiments de France n'est pas motivé ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 11-4-1-2 du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la ville de Bayonne.

Par des mémoires en défense, un mémoire en production de pièces enregistrés le 13 janvier 2022, le 12 janvier 2024, le 24 janvier 2024, le 27 janvier 2024, le 6 février 2024, le 20 février 2024 et le 15 mai 2024, la commune de Bayonne, représentée par Me Cambot, conclut au rejet de la requête, de surseoir à statuer dans l'attente d'une régularisation éventuelle, et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D et autre ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de retenir les moyens tirés de la méconnaissance des articles USS1-1, USS 11-3 et USS 11-4-1-2 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Bayonne, et de surseoir à statuer pour un délai de six mois en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et ont été invitées à émettre des observations.

Des observations présentées pour la commune de Bayonne ont été enregistrées le

29 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Thelcide, représentant Mme D et autre, et de

Me Coto, représentant la commune de Bayonne.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 septembre 2020, le maire de Bayonne a délivré à cette commune un permis de construire en vue de la restructuration et de l'extension d'une médiathèque. Par décision du 16 décembre 2020, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par Mme D et autre contre cet arrêté. Par arrêté du 6 février 2024, le maire de Bayonne a délivré à cette commune un permis de construire modificatif. Ces derniers demandent l'annulation des arrêtés du 22 septembre 2020 et du 6 février 2024 et de la décision du

16 décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 22 septembre 2020 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Par ailleurs, lorsqu'une autorisation d'urbanisme a été délivrée en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou, sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance de l'autorisation, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'une autorisation modificative dès lors que celle-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédée de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.

5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet comprend en son état initial un ensemble bâti et une place aménagée en square, ouverte au public. D'après le document graphique annexé au plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) de la commune de Bayonne, se situe sur cette place un " immeuble, partie d'immeuble ou élément à conserver ". Or, la notice ne mentionne ni la présence de cet élément, ni sa suppression envisagée du fait des " grands parterres de graminés " projetés sur cette place. En outre, la notice, essentiellement consacrée à l'organisation interne du projet, se borne à mentionner la présence de la cathédrale sans décrire davantage les abords du terrain. Aucune autre pièce du dossier n'est de nature à compenser ces lacunes de la notice. Eu égard à la protection de cet élément par le plan de sauvegarde et de mise en valeur, et à la sensibilité architecturale et patrimoniale du secteur concerné, l'insuffisance de la notice sur ces points est de nature à avoir faussé l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Toutefois, la notice jointe au dossier de demande du permis de construire modificatif délivré par arrêté du 6 février 2024 fait état de l'élément patrimonial en cause, qui consiste en l'ancien portail de l'évêché. Ce dernier arrêté régularise en conséquence le caractère incomplet du dossier de demande du permis de construire initial sur ce point. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme est inopérant.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de demande de permis de construire comporte des documents photographiques de l'environnement du projet représentant elliptiquement la cathédrale, élément patrimonial de premier plan dans le secteur, située à proximité immédiate, et dont seul un pilier de son porche est représenté sur une photographie de l'environnement proche, et la partie supérieure de son clocher sur une photographie de l'environnement lointain. Toutefois, ces documents sont utilement complétés sur ce point par le plan de la façade ouest du projet mise en regard d'un plan de coupe de la cathédrale. Par ailleurs, le document graphique joint au dossier, centré sur le projet, ne permet pas d'apprécier l'insertion de ce dernier par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages. Aucune autre pièce du dossier n'est de nature à compenser ces lacunes, lesquelles, dans les circonstances de l'espèce, et du fait de la sensibilité architecturale et patrimoniale particulière du secteur, sont de nature à avoir faussé l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Toutefois, le dossier de demande du permis de construire modificatif délivré par l'arrêté du 6 février 2024 comporte un document graphique modifié, incluant la présence de l'élément patrimonial à conserver, et un second document graphique représentant le projet et les immeubles avoisinants depuis l'extrémité sud de la rue de l'Abesque. Ces documents sont utilement complétés par les photographies de l'environnement proche et lointain figurant dans le dossier de demande de permis initial et le dossier de demande de permis modificatif, et par le plan de la façade ouest du projet mise en regard d'un plan de coupe de la cathédrale. L'arrêté de permis de construire modificatif du 6 février 2024 a ainsi régularisé le caractère incomplet du dossier sur ce point. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme est également devenu inopérant.

8. En troisième lieu, en application de l'article 1-3-2 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur : " La délivrance de toute autorisation de travaux est subordonnée à la présentation d'un relevé de l'état des lieux, et éventuellement, à l'exécution préalable de sondages lorsque des dispositifs (enduits, placages ) recouvrent des parties du bâtiment et empêchent de connaître les vestiges des dispositions antérieures. ".

9. S'il n'est pas contesté que le dossier de demande de permis de construire ne comporte pas de relevé d'état des lieux comme requis par les dispositions précitées, les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, qui fixent limitativement la liste des pièces et autres éléments devant être joints à une demande de permis de construire, n'imposent pas la production d'un tel document par le pétitionnaire. Par suite, les requérants ne peuvent utilement invoquer le caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire quant à la production de cet état des lieux.

10. En quatrième lieu, il ressort du règlement graphique du PSMV que la partie du terrain d'assiette destinée au réaménagement du square comporte un élément à conserver " dont la démolition, l'enlèvement ou l'altération sont interdits et la modification est soumise à des conditions spéciales ". Or il n'est pas contesté que cet élément, dont la nature n'est au demeurant pas précisée dans le dossier de demande, ainsi qu'il a été dit au point 5, n'est pas conservé dans le réaménagement du square prévu par le projet. Toutefois, la notice et le plan de masse de l'état initial du terrain figurant au dossier de demande du permis de construire modificatif délivré par arrêté du 6 février 2024 font état de l'élément patrimonial en cause, qui consiste en l'ancien portail de l'évêché. En outre, il ressort du plan de masse du projet modifié que ce portail est conservé au sein du square réaménagé. Par suite, eu égard à la régularisation ainsi opérée par l'arrêté du 6 février 2024, le moyen tiré de la méconnaissance du règlement graphique du PSMV de la commune de Bayonne est également devenu inopérant.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme :

" Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; (). ". Aux termes de l'article R. 111-19-18 du code de la construction et de l'habitation : " Le dossier, mentionné au a de l'article R. 111-19-17, comprend les pièces suivantes : 1° Un plan coté en trois dimensions précisant les cheminements extérieurs ainsi que les conditions de raccordement entre la voirie et les espaces extérieurs de l'établissement et entre l'intérieur et l'extérieur du ou des bâtiments constituant l'établissement ; 2° Un plan coté en trois dimensions précisant les circulations intérieures horizontales et verticales, les aires de stationnement et, s'il y a lieu, les locaux sanitaires destinés au public. / Dans les cas visés au a du III de l'article R. 111-19-8, le plan précise la délimitation de la partie de bâtiment accessible aux personnes handicapées ; 3° Une notice expliquant comment le projet prend en compte l'accessibilité aux personnes handicapées, en ce qui concerne : a) Les dimensions des locaux et les caractéristiques des équipements techniques et des dispositifs de commande utilisables par le public qui sont définis par arrêté du ministre chargé de la construction ; b) La nature et la couleur des matériaux et revêtements de sols, murs et plafonds ; c) Le traitement acoustique des espaces ; d) Le dispositif d'éclairage des parties communes. ".

12. Les insuffisances affectant le dossier de demande de permis de construire au regard des prescriptions de l'article R. 111-19-18 du code de la construction et de l'habitation rappelées au point n'entachent d'illégalité la décision que si, compte tenu de la nature de la construction projetée et de ces insuffisances ainsi que des autres pièces dont elle dispose pour y suppléer, l'autorité compétente n'a pas été mise à même de s'assurer que les conditions d'accès à l'établissement des personnes handicapées respectent la réglementation.

13. Le dossier de demande de permis de construire comporte une notice d'accessibilité qui précise les dispositifs d'éclairage des parties accessibles au public, en particulier l'espace d'accueil, les circulations horizontales et verticales et mentionne, après avoir rappelé la réglementation applicable, que seront prises en compte les exigences pour la déficience visuelle. Si cette notice ne fait effectivement pas état du traitement acoustique des espaces, la notice de sécurité et la notice des matériaux mise en œuvre mentionnent les matériaux utilisés, qui permettent d'évaluer l'isolation acoustique des lieux. Si ce document ne mentionne pas la couleur des murs, cette seule omission, qui n'est pas compensée par les autres pièces du dossier de demande, n'est pas, alors que la notice mentionne la prise en compte des exigences relatives aux différents types de handicap après avoir rappelé la réglementation applicable, de nature à avoir faussé l'appréciation des services instructeurs. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis de construire au regard de l'article R. 111-19-18 du code de la construction et de l'habitation doit être écarté.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis.() / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable. ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " Le permis de construire () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. () ". Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord de l'architecte des Bâtiments de France. ".

15. Il résulte de ces dispositions combinées qu'un projet de construction situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, anciennement zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager, ne peut être autorisé qu'après avis conforme de l'architecte des Bâtiments de France. Lorsque ce dernier émet un avis favorable assorti de prescriptions, l'autorité compétente ne peut délivrer au pétitionnaire une autorisation d'urbanisme, tenant aussi lieu d'autorisation au titre de la législation sur le patrimoine, qu'à la condition de l'assortir de ces prescriptions, sauf à démontrer, sous le contrôle du juge administratif, qu'elles seraient contraires aux règles en vigueur dans la zone protégée.

16. D'une part, l'arrêté attaqué prévoit que les prescriptions contenues dans l'accord de l'architecte des Bâtiments de France doivent être rigoureusement respectées, au nombre desquelles celles relatives à la couverture d'une partie des bâtiments projetés, en tuiles canal au lieu du zinc prévu. Les requérants ne peuvent utilement invoquer la circonstance que le projet tel qu'il résulte du permis de construire ne tient pas compte de cette prescription, en ce qu'il prévoit l'emploi du zinc pour les toitures concernées, dès lors que l'autorisation d'urbanisme n'est délivrée que sous réserve du respect de la prescription en cause. D'autre part, l'arrêté reprend, sous la forme d'un " nota ", une recommandation de l'architecte des Bâtiments de France tenant à l'évitement du zinc pour le parement des façades intérieures sur le patio, à remplacer éventuellement par un parement en feuilles en métal de couleur rouge brun " basque ". La circonstance que la décision attaquée n'impose pas le remplacement du zinc pour le parement de ces façades ne traduit pas une méconnaissance de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France, lequel, s'il soulignait que le zinc est en contradiction avec les règles de développement durable, n'a pas entendu imposer le remplacement de ce matériau pour les façades intérieures. Par suite, le moyen tiré du non-respect des prescriptions assortissant l'accord de l'architecte des Bâtiments de France manque en fait.

17. En septième lieu, aux termes de l'article 3-2-1-2 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Bayonne : " Immeubles à conserver :- Leur statut est régi par l'article L 313-1 du Code de l'urbanisme. - Les immeubles ou parties d'immeubles à conserver sont figurés sur le plan monochrome et polychrome par des hachures noires larges. () Toute démolition, enlèvement ou altération de ces immeubles ou parties d'immeubles sont interdits sinon dans le sens d'une restauration, d'une restitution de l'architecture originelle du bâtiment et d'une mise en valeur de l'édifice conformément à l'article L 313-1 du Code de l'urbanisme, des dispositions du présent règlement et des éventuelles dispositions désignant les modifications figurant en annexe. () ". Aux termes de l'article USS 11-2-2-4 du même règlement, applicable aux immeubles à conserver : " Lucarnes et verrières : () Les lucarnes et tabatières peuvent être autorisées. ".

18. Il ressort des pièces du dossier que le projet de restructuration et d'extension de la médiathèque concerne un immeuble existant, dont l'aile occidentale, constituée par l'ancien évêché, est identifiée par le règlement graphique comme un immeuble " à conserver, dont la démolition, l'enlèvement ou l'altération sont interdits et la modification est soumise à des conditions spéciales ". Le projet prévoit, au droit de cette aile, outre la rénovation et la restauration des façades et toitures du bâtiment concerné, la création d'une lucarne en toiture et la mise en place d'un auvent accolé à une tourelle du bâtiment, fermé sur tous les côtés, et constitué par une structure en verre et en métal rouge foncé, similaire à celle prévue en façade de l'autre aile du bâtiment. D'une part, la lucarne, justifiée par des raisons de sécurité incendie, à vocation de désenfumage, est au nombre des ouvertures pouvant être créées, en application de l'article USS 11-2-2-4 du règlement du PSMV. D'autre part, l'auvent, dont le matériau et la couleur ne sont pas en harmonie avec l'existant, doit être regardé comme une altération de l'immeuble protégé qui ne s'inscrit pas dans le sens d'une restauration, d'une restitution de l'architecture originelle du bâtiment, ni de sa mise en valeur. Toutefois, dans le cadre du permis de construire modificatif délivré par arrêté du 6 février 2024, cet auvent a été supprimé, ce qui est de nature à régulariser le vice entachant le permis de construire initial. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de ce que la création de cet auvent méconnaissait les dispositions précitées de l'article 3-2-1-2 du règlement du PSMV de la commune de Bayonne.

19. En huitième lieu, aux termes de l'article USS1-1 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Bayonne : " Sauf dispositions prévues à l'article USS 2, sont interdits : Les constructions et établissements qui, par leur nature, par leur dimension ou par leur aspect, portent atteinte à la salubrité, la tranquillité et la bonne tenue d'une zone à caractère prédominant d'habitation ainsi qu'au caractère architectural et urbain du secteur sauvegardé. ". Aux termes de l'article USS 11-3 du même règlement : " Immeubles pouvant être maintenus et remplacés : - Les interventions sur ces immeubles devront viser à les intégrer dans l'environnement architectural. - En cas de reconstruction partielle ou totale de ces immeubles, les dispositions qui s'appliquent sont celles des immeubles à conserver ou celles des immeubles à édifier selon les prescriptions de l'architecte des Bâtiments de France. ".

20. Le rapport de présentation du PSMV de la commune de Bayonne fixe parmi les orientations du document, la mise en valeur du patrimoine et, rappelant que les formes urbaines d'aujourd'hui sont en " rupture " par rapport à celles des villes anciennes, passant d'un système urbain morphologiquement solidaire à des architectures et implantations fragmentées et autonomes, précise notamment, s'agissant de la ville ancienne, que ne doivent pas être introduites de forme qui lui sont étrangères " au nom d'une prétendue modernité ", quelle qu'en soit la qualité architecturale. Ce rapport indique en outre, soulignant le caractère éclectique du style actuel, que la diversité ne peut être empêchée, à condition qu'elle " participe de l'ensemble et qu'elle puisse justifier des formes qu'adopte tout projet en vue de sa participation ", l'édifice étant considéré non comme un objet autonome mais comme partie d'un ensemble auquel son architecture doit être subordonnée. Le secteur dans lequel se situe le projet présente un caractère architectural remarquable, notamment du fait de la proximité immédiate de la cathédrale, plus précisément de son porche d'entrée, de la présence de l'évêché qui constitue une partie du projet, et de certains immeubles situés face au projet présentant des façades en pierre agrémentées d'éléments architecturaux typiques du pays basque. Au milieu de ces bâtiments prend place le square Chanoine B, dont le réaménagement est prévu par le projet, et dans lequel se situe l'ancien portail de l'évêché, identifié par le PSMV, ainsi qu'il a été dit, comme un élément patrimonial à conserver. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en particulier à surélever et étendre un bâtiment des années 1970, le plus proche de la cathédrale, qui compose l'aile est de la médiathèque, et est identifié dans le règlement graphique du plan de sauvegarde et de mise en valeur comme un immeuble à maintenir ou remplacer, pouvant donc subir des modifications, sous les conditions rappelées à l'article USS 11-3 du PSMV. Si sa hauteur est similaire à celle d'immeubles voisins dans le secteur, le volume projeté pour cette aile présente, au droit du square à réaménager, une façade d'une longueur de 51 mètres qui se compose d'une paroi vitrée, parée d'un entrelas de lames métalliques formant une structure ajourée de couleur rouge foncé, évoquant selon la notice architecturale un " mur de bambous ", et surmontant un soubassement vitré. Eu égard à ces matériaux, à l'aspect et à la composition de la façade, dont la longueur contribue à renforcer l'impact visuel, le projet porte atteinte au caractère architectural du secteur sauvegardé, particulièrement sensible sur le plan architectural et patrimonial. En outre, alors, au surplus, que la notice architecturale souligne les objectifs de mettre en valeur l'entrée de la médiathèque et de donner " une nouvelle échelle à cet équipement ", il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intervention ainsi projetée sur l'aile concernée vise à l'intégrer dans son environnement architectural particulier. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le projet en cause a été défini à l'issue d'une procédure de concours, l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des articles USS 1-1 et USS11-3 du règlement du PSMV de la commune de Bayonne.

21. En neuvième lieu, aux termes de l'article USS 7-2 du règlement du plan de sauvegarde et de mise en valeur de la commune de Bayonne : " Limites séparatives arrières : USS 7-2-1 Les constructions ou parties de constructions situées dans une bande de 15 m. à compter des limites des voies et emprises publiques peuvent être implantées en limite séparative arrière à l'exception : - des constructions nouvelles remplaçant une construction à conserver ré-édifiée après sinistre selon les anciennes dispositions ; - des constructions qui jouxteraient des bâtiments comportant des éléments d'architecture connus ou découverts qu'il est imposé de conserver en place ; - des emprises imposées de construction et des emprises constructibles qui peuvent ou doivent être bâties sur leur totalité. USS 7-2-2 Au-delà de la bande de 15 m. les constructions ou parties des constructions seront édifiées à une distance d'au moins 4,0 m. des limites séparatives arrière. Ce retrait sera fixé dans son principe, dans ses dimensions et dans sa forme par l'architecte des Bâtiments de France. () ".

22. Il ressort des pièces du dossier que l'emprise de la médiathèque s'étend sur l'intégralité de la parcelle cadastrée section BX n° 514 et sur les parties nord et ouest de la parcelle voisine située au sud, cadastrée section BX n° 337. En son état initial comme en son état projeté, cette emprise est bordée au sud par le square Chanoine B, qui prend également place sur la parcelle cadastrée section BX n° 337, tandis que la parcelle cadastrée section

BX n° 514 se situe en cœur d'îlot. Compte tenu du positionnement du terrain d'assiette du projet par rapport aux voies publiques, et de l'emprise totale de la construction concernée, les limites est et ouest de ce terrain présentent le caractère de limites séparatives latérales. En revanche, les dispositions rappelées au point précédent sont applicables à la limite nord de ce terrain, qui présente le caractère d'une limite séparative arrière. Il résulte en particulier du plan de situation et du plan cadastral qui accompagnent le dossier de demande de permis que le terrain en cause, entièrement bâti, supporte des bâtiments qui s'implantent tout du long de cette limite séparative arrière, ce qui ne respecte pas la règle de recul posée par l'article USS 7.2.2 du règlement de PSMV. Les modifications apportées à ces bâtiments qu'invoquent les requérants, tenant à des modifications de toiture, n'ont toutefois pas pour effet d'aggraver la méconnaissance de ces dispositions. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à invoquer la méconnaissance de l'article USS 7.2.2 du règlement du PSMV de la commune de Bayonne.

23. En dernier lieu, aux termes de l'article USS 11-4-1-2 du règlement du PSMV de la commune de Bayonne : " Matériaux : emploi, traitement, coloris et peinture : () Les bardages et placages plastiques et métalliques, () sont interdits. () ".

24. Ainsi qu'il a été dit au point 21, la façade du projet autorisé par l'arrêté attaqué supporte un entrelas de lames métalliques qui présente le caractère d'une armature métallique ajourée, et non d'un bardage accolé à la façade. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article USS 11-4-1-2 du règlement du PSMV de la commune de Bayonne manque en fait.

En ce qui concerne la légalité de la décision du maire de Bayonne du 16 décembre 2020 :

25. La décision attaquée ne peut être regardée comme étant exempte du vice dont est entaché l'arrêté du maire de Bayonne du 22 septembre 2020, relevé au point 20.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 6 février 2024 :

26. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire de demande de permis de construire modificatif, que cette demande avait pour objet la création d'une fenêtre en façade sud de l'aile est de la médiathèque, la restauration et la conservation du portail existant et des murs en pierres et piles, ainsi que la suppression de l'auvent en façade est du bâtiment de l'évêché. Par suite, le moyen tiré de l'imprécision de ces modifications contenues dans le dossier de demande de permis manque en fait.

27. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que la notice architecturale ne justifie pas précisément les modifications apportées, ni la manière dont les modifications valoriseraient le site, ils n'assortissent pas cette allégation des considérations de droit permettant d'en apprécier le bien-fondé.

28. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que l'avis favorable de l'architecte des Bâtiments de France, requis en application des dispositions rappelées au point 20 du code du patrimoine, doit être motivé. Par suite, les requérants ne peuvent utilement invoquer le défaut de motivation de l'accord donné par l'architecte des Bâtiments de France le 5 février 2024.

29. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article USS 11-4-1-2 du règlement du PSMV doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 24

Sur la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

30. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé par un permis modificatif peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si un tel permis modificatif est notifié dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. ".

31. Le vice retenu au point 20, qui entache d'illégalité l'arrêté du 22 septembre 2020, est susceptible d'être régularisé par un permis de construire modificatif sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois suivant la date de notification du présent jugement en vue de la régularisation du permis de construire litigieux.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés du maire de Bayonne du 22 septembre 2020 et du 6 février 2024 jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la date de notification du présent jugement en vue de la régularisation du permis de construire délivré à la commune de Bayonne par la délivrance d'un permis de construire modificatif.

Article 2 : La décision du maire de Bayonne du 16 décembre 2020 est annulée.

Article 3 : Les conclusions des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'à la fin de l'0instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. C E et à la commune de Bayonne.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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