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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100361

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100361

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDUMAZ ZAMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2021, Mme B, représentée par Me Dumaz Zamora, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 7 septembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux lui a attribué la prime exceptionnelle versée aux agents soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics pendant l'état d'urgence sanitaire en tant qu'elle lui fait seulement application du taux 1, et lui accorde seulement à ce titre un montant de 330 euros, ensemble la décision du 8 décembre 2020 par laquelle cette même autorité a rejeté sa réclamation préalable ;

2°) d'enjoindre à la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux de lui accorder cette prime au taux 2, et de lui verser le restant dû de 330 euros, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir ;

3°) et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration doit démontrer que la décision attaquée a été signée par une personne compétente pour la fixation des montants de cette prime ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 27 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- elle est également entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle exerce les fonctions de directrice pénitentiaire d'insertion et de probation, au service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) et non les fonctions de conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation ; cette erreur de fait révèle un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision, en outre, a été prise en violation des dispositions de l'article 7 du décret n° 2020-570 du 14 mai 2020 et de l'instruction du directeur des services pénitentiaires de Bordeaux du 26 juin 2020 ;

- elle méconnait enfin le principe de sécurité juridique et celui d'égalité de traitement.

Une mise en demeure de défendre a été adressée au Garde des Sceaux, ministre de la Justice, le 11 juin 2021.

Par une ordonnance du 13 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 janvier 2021 à 12 h 00.

Des pièces produites pour Mme B ont été enregistrées le 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 de finances rectificative pour 2020 ;

- le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020 relatif au versement d'une prime exceptionnelle à certains agents civils et militaires de la fonction publique de l'État et de la fonction publique territoriale soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de covid-19 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Portès,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dumaz Zamora, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent titulaire de la fonction publique d'Etat, exerce les fonctions de directrice pénitentiaire d'insertion et de probation au service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) des Pyrénées-Atlantiques. En application du décret du 14 mai 2020 relatif au versement d'une prime exceptionnelle à certains agents publics soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de la lutte contre la covid-19, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux lui a attribué cette prime au taux 1, correspondant à une somme de 330 euros. Par courrier du 7 septembre 2020, l'intéressée a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, et par courrier en date du 8 décembre 2020, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision du 7 septembre 2020 en tant qu'elle lui fait seulement application du taux 1, ensemble la décision du 8 décembre 2020, et demande que lui soit appliqué le taux 2 de cette prime et, en conséquence, que lui soit versée la somme de 330 euros en complément de la somme qui lui a été accordée.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2. L'article 1er du décret du 14 mai 2020 dispose que : " En application de l'article 11 de la loi du 25 avril 2020 susvisée, le présent décret détermine les conditions dans lesquelles l'Etat () et (ses) établissements publics et groupements d'intérêt public () peuvent verser une prime exceptionnelle à ceux de leurs agents particulièrement mobilisés pendant l'état d'urgence sanitaire déclaré en application de l'article 4 de la (loi) du 23 mars 2020 susvisée afin de tenir compte d'un surcroît de travail significatif durant cette période. / Les bénéficiaires de la prime exceptionnelle sont nommément désignés à cet effet dans les conditions prévues par le présent décret. ". L'article 2 du même décret énonce que : " Peuvent bénéficier de la prime exceptionnelle mentionnée à l'article 1er : / 1° () les fonctionnaires () de l'Etat () ". L'article 3 de ce décret prévoit que : " Sont considérés comme particulièrement mobilisés au sens de l'article 1er les personnels pour lesquels l'exercice des fonctions a, en raison des sujétions exceptionnelles auxquelles ils ont été soumis pour assurer la continuité du fonctionnement des services, conduit à un surcroît significatif de travail, en présentiel ou en télétravail ou assimilé. ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le montant plafond de la prime exceptionnelle est fixé à 1 000 euros. ". Et aux termes de l'article 7 du même décret : " Pour l'Etat, ses établissements publics et ses groupements d'intérêts publics, les bénéficiaires de la prime exceptionnelle et le montant alloué sont déterminés par le chef de service ou l'organe dirigeant ayant autorité sur les personnels. / Le montant de la prime est modulable comme suit, en fonction notamment de la durée de la mobilisation des agents : / - taux n° 1 : 330 euros ; / - taux n° 2 : 660 euros ; / - taux n° 3 : 1 000 euros. / La prime exceptionnelle fait l'objet d'un versement unique. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une prime exceptionnelle peut être accordée, par le chef de service, aux agents particulièrement mobilisés et ayant connu un surcroît significatif d'activité pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de la Covid-19. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article 7, que le montant de la prime, qui comporte trois taux, est modulable en fonction, notamment, de la durée de mobilisation des agents.

4. En l'espèce, il est constant que Mme B a bénéficié d'une prime au taux 1, soit la somme de 330 euros. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier des termes de la décision de la directrice interrégionale des services pénitentiaires, rejetant son recours gracieux, que l'attribution de ce taux ne résulte pas d'une appréciation individuelle du surcroît de travail généré par la situation sanitaire sur la période considérée, mais du choix de l'administration de retenir un critère lié au grade, en attribuant le taux 1 aux conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation, et en réservant aux directeurs des services pénitentiaires d'insertion et de probation, seuls susceptibles d'y prétendre, l'attribution du taux 2. Il s'ensuit que Mme B est fondée à soutenir qu'en retenant un tel critère, non prévu par les dispositions précitées et dont il n'est pas établi qu'il résulterait de la prise en compte de sujétions effectives liées au grade, et qu'il suffirait à établir le surcroît de travail significatif exigé par les dispositions précitées des articles 1 et du 2 du décret du 14 mai 2020, l'administration a ainsi commis une erreur de droit.

5. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision accordant la prime en litige à hauteur de la somme de 330 euros doit être annulée.

Sur l'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

7. Il résulte de l'instruction que la requérante a dû faire face à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics pendant l'état d'urgence sanitaire. Dans ces conditions, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'administration de verser à Mme B, comme elle le demande, la somme de 330 euros, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'État, le versement à Mme B d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 septembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Bordeaux a attribué à Mme B la prime exceptionnelle versée aux agents soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics pendant l'état d'urgence sanitaire seulement au taux 1, ainsi que la décision du 8 décembre 2020 rejetant son recours tendant à ce que cette prime lui soit accordée au taux 2, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au Garde des Sceaux, ministre de la Justice, de verser à Mme B la somme de 330 (trois cent trente) euros, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Garde des Sceaux, ministre de la Justice.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller.

Mme Portès, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

signé

E. PORTES

La présidente,

signé

S. PERDU La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au Garde des Sceaux, ministre de la Justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

P. SANTERRE

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