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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100486

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100486

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantSALMON ET CHRISTIN ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 12 février 2021 n° 1710047, le tribunal administratif de Melun a renvoyé au tribunal administratif de Pau le dossier de la requête de M. A.

Par cette requête, des mémoires et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 20 décembre 2017, le 29 avril 2019, le 23 novembre 2021 et le 23 mai 2022, M. C A, représenté par Me Christin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 28 juin 2017 par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu a retiré quatre actions du site internet de l'agence, ensemble la décision du 23 octobre 2017 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) de condamner l'Agence nationale du développement professionnel continu à lui verser la somme de 123 079,16 euros en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision du 28 juin 2017, cette somme restant à parfaire pour la période allant du 1er janvier 2022 jusqu'au jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de l'Agence nationale du développement professionnel continu une somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées méconnaissent l'article L. 4021-1 du code de la santé publique dès lors que les actions en cause ne constituent pas des techniques d'ostéopathie, contribuent à l'amélioration des pratiques professionnelles des sages-femmes et s'inscrivent dans le cadre des orientations prioritaires de développement professionnel continu ;

- la responsabilité de l'Agence nationale du développement professionnel continu doit être engagée du fait de l'illégalité de la décision du 28 juin 2017 ;

- il a subi un préjudice financier correspondant à la perte de chiffre d'affaires pour la période courant du 28 juin 2017 au 31 décembre 2021.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 février 2018, le 4 juin 2019, le 14 décembre 2019 et le 1er juin 2022, l'Agence nationale du développement professionnel continu conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- M. A n'est pas fondé à engager sa responsabilité ;

- le préjudice allégué n'est pas établi.

Par ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2022.

Un mémoire présenté par l'Agence nationale du développement professionnel continu a été enregistré le 17 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 8 décembre 2015 fixant la liste des orientations nationales du développement professionnel continu des professionnels de santé pour les années 2016 à 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B, représentant l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 28 juin 2017, la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu a retiré du site internet de l'agence quatre actions de développement professionnel continu destinées aux sages-femmes, intitulées " réponses manuelles aux maux de la grossesse et de l'accouchement - cycle I ", " réponses manuelles aux maux du nouveau-né et du post-partum - obstétrique cycle II ", " rééducation périnéale et modelage viscéral du petit bassin - uro-gynécologie cycle I " et " rééducation périnéale et modelage viscéral du petit bassin - approfondissement uro-gynécologie cycle II ", qui avaient été déposées par M. A. Par une décision du 23 octobre 2017, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par M. A contre cette décision. Ce dernier demande l'annulation de ces décisions et la condamnation de l'Agence nationale du développement professionnel continu à lui réparer le préjudice qu'il estime avoir subi du fait de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 28 juin 2017 :

2. Aux termes de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique : " Le développement professionnel continu a pour objectifs le maintien et l'actualisation des connaissances et des compétences ainsi que l'amélioration des pratiques. Il constitue une obligation pour les professionnels de santé. Chaque professionnel de santé doit justifier, sur une période de trois ans, de son engagement dans une démarche de développement professionnel continu comportant des actions de formation continue, d'analyse, d'évaluation et d'amélioration de ses pratiques et de gestion des risques. () ". Aux termes de l'article L. 4021-2 du même code : " Un arrêté des ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale () définit les orientations pluriannuelles prioritaires de développement professionnel continu. Ces orientations comportent : / 1° Des orientations définies par profession ou par spécialité sur la base des propositions des conseils nationaux professionnels ou, en l'absence de conseils nationaux professionnels, des représentants de la profession ou de la spécialité ; / 2° Des orientations s'inscrivant dans le cadre de la politique nationale de santé ; / 3° Des orientations issues du dialogue conventionnel relevant des articles L. 162-1-13, L. 162-5, L. 162-9, L. 162-12-2, L. 162-12-9, L. 162-14, L. 162-14-1, L. 162-16-1 et L. 162-32-1 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 4021-6 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, applicable au litige : " L'Agence nationale du développement professionnel continu assure le pilotage et contribue à la gestion financière du dispositif de développement professionnel continu pour l'ensemble des professionnels de santé, quels que soient leurs statuts ou leurs conditions d'exercice. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les missions et les instances de l'Agence nationale du développement professionnel continu. ". Aux termes de l'article L. 4021-7 du même code, dans sa version applicable au litige : " Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités selon lesquelles : / 1° Les organismes ou les structures peuvent présenter des actions ou des programmes s'inscrivant dans le cadre des orientations définies à l'article L. 4021-2 ; / 2° Les actions ou programmes mentionnés au 1° du présent article font l'objet d'une évaluation avant d'être mis à la disposition des professionnels de santé ; / 3° L'Agence nationale du développement professionnel continu contribue à la gestion financière des programmes et actions s'inscrivant dans le cadre des orientations pluriannuelles prioritaires définies à l'article L. 4021-2 ; / 4° Des sanctions à caractère financier ou administratif peuvent être prises en cas de manquements constatés dans la mise en œuvre des actions et des programmes. ". Aux termes de l'article R. 4021-7 du même code, dans sa version applicable au litige : " Les missions de l'Agence nationale du développement professionnel continu sont les suivantes : / 1° Assurer le pilotage du dispositif de développement professionnel continu des professionnels de santé, quels que soient leurs statuts ou leurs conditions d'exercice : / a) Evaluer les organismes et structures qui souhaitent présenter des actions conformément aux dispositions des articles L. 4021-1 à L. 4021-2 ; / b) Evaluer, en lien avec la Haute Autorité de santé, la mise en œuvre des méthodes de développement professionnel continu, en veillant à leur qualité scientifique et pédagogique ; / c) Evaluer l'impact du développement professionnel continu sur l'amélioration des pratiques et l'efficience du dispositif ; / 2° Contribuer au financement des actions s'inscrivant dans le cadre des orientations prioritaires pluriannuelles définies à l'article L. 4021-2, concernant les professionnels de santé non salariés et les professionnels de santé salariés des centres de santé relevant des conventions prévues aux articles L. 162-5, L. 162-9, L. 162-12-2, L. 162-12-9, L. 162-14, L. 162-16-1 et L. 162-32-1 du code de la sécurité sociale ; / () ". Aux termes de l'article R. 4021-22 du même code, dans sa version applicable au litige : " I. - L'Agence nationale du développement professionnel continu concourt au financement des actions de développement professionnel continu s'inscrivant dans le cadre des orientations prioritaires pluriannuelles définies à l'article L. 4021-2 : / 1° Pour les professionnels de santé libéraux conventionnés et les professionnels de santé salariés des centres de santé relevant des conventions définies aux articles L. 162-5, L. 162-9, L. 162-12-2, L. 162-12-9, L. 162-14, L. 162-16-1 et L. 162-32-1 du code de la sécurité sociale ; / () ". L'arrêté interministériel du 8 décembre 2015, pris en application de l'article L. 4021-2 du code de la santé publique, fixe pour les années 2016 à 2018 la liste des orientations nationales du développement professionnel continu des professionnels de santé s'inscrivant dans le cadre de la politique nationale de santé, ainsi que celles définies par profession de santé ou spécialité.

3. Il résulte des dispositions des articles L. 4021-1, L. 4021-2, L. 4021-6, L. 4021-7, R. 4021-7 et R. 4021-22 du code de la santé publique, dans leur version applicable au litige, que l'Agence nationale de développement professionnel continu ne peut légalement contribuer au financement d'actions de développement professionnel continu que si ces actions s'inscrivent dans le cadre des orientations définies de façon pluriannuelle par les ministres chargés de la santé et de la sécurité sociale. A ce titre, il relève de sa compétence de contrôler que les actions de développement professionnel continu déposées sur son site internet en vue d'être mises à la disposition des professionnels de santé s'inscrivent dans le cadre de ces orientations. Un tel contrôle, qui relève de la mission mentionnée au 2° de l'article R. 4021-7 du code de la santé publique, est distinct tant de celui, régi par les dispositions de l'article R. 4021-24 du même code, opéré lors de la demande d'enregistrement de l'organisme ou de la structure qui souhaite présenter des actions de développement professionnel continu, que de ceux, régis par les dispositions de l'article R. 4021-25 de ce code, portant sur la mise en œuvre des actions et pouvant conduire au constat de manquements et au prononcé de sanctions ainsi qu'au refus de prise en charge des frais pédagogiques exposés ou à leur remboursement, qui relèvent du 1° de l'article R. 4021-7.

4. M. A, précédemment enregistré auprès de l'Organisme gestionnaire du développement professionnel continu, a été enregistré à compter du 1er janvier 2017 auprès de l'Agence nationale du développement professionnel continu, groupement d'intérêt public qui lui a succédé, en tant qu'organisme de développement professionnel continu. L'intéressé a déposé sur le site internet de cette agence les quatre actions litigieuses mentionnées au point 1 en vue de les proposer aux professionnels de santé exerçant en qualité de sage-femme et d'obtenir la participation de l'agence à leur financement. Par la décision attaquée, la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu a retiré ces quatre actions de ce site internet, avec pour conséquence d'exclure tout financement des sessions de formation susceptibles d'être réalisées postérieurement, aux motifs tirés de ce que les actions litigieuses ne relèvent pas du champ du développement professionnel continu au sens de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique, de ce qu'elles ne répondent à aucune des orientations pluriannuelles prioritaires définies par l'arrêté interministériel du 8 décembre 2015, pris en application de l'article L. 4021-2 du même code, et de ce qu'elles s'apparentent à l'exercice de l'ostéopathie. M. A indique que les quatre actions litigieuses, présentées comme apportant le regard de l'ostéopathie, ou encore le savoir complémentaire de l'ostéopathie gynécologique, consistent à enseigner aux sages-femmes différentes techniques consistant notamment dans le modelage de l'utérus, du thorax et du système viscéral gynécologique (vessie, utérus, rectum), la manipulation des articulations du bassin, le renforcement musculaire du périnée et le modelage des abdominaux du nouveau-né. Il ressort des pièces du dossier que M. A, masseur-kinésithérapeute de formation initiale et exerçant la profession d'ostéopathe, se présente systématiquement comme le seul concepteur de ces techniques, qu'il indique avoir créées à partir de 2002 dans le cadre de la méthode dite " N'feraïdo ", laquelle a fait l'objet le 27 décembre 2014 d'un dépôt par l'intéressé auprès de l'Institut national de la propriété intellectuelle. Dès lors, les attestations non circonstanciées de trois sages-femmes, qui participent à la réalisation des sessions de formation sous la responsabilité de M. A, et dont l'une exerce également en qualité d'ostéopathe, ne sont pas de nature à établir que ces dernières auraient contribué à l'élaboration de ces techniques. En outre, il est constant qu'aucune de ces techniques n'est enseignée dans les écoles de sages-femmes en vue de l'obtention du diplôme d'Etat correspondant à cette spécialité, alors même au demeurant que l'intéressé a conclu, postérieurement à la décision attaquée, une convention de stage avec une association locale des étudiants de l'école de sages-femmes de Toulouse. Enfin, il n'est pas davantage établi par la publication de plusieurs articles dans une revue sans comité de lecture, dont M. A est le principal auteur, ou par les tableaux descriptifs rédigés par l'intéressé, présentés comme des " chemins cliniques " correspondant à la méthode d'amélioration de la qualité des pratiques professionnelles définies par la Haute autorité de santé, ou encore par les évaluations positives des sages-femmes ayant assisté à des sessions de formation, que ces techniques auraient fait l'objet d'une validation de leur contenu scientifique et auraient été intégrées aux pratiques des sages-femmes, telles qu'enseignées notamment dans les écoles précitées. Par suite, la directrice générale de l'Agence nationale du développement professionnel continu, en considérant que les quatre actions proposées par M. A ne contribuent pas au maintien et à l'actualisation des connaissances et des compétences des sages-femmes ou à l'amélioration de leurs pratiques, qu'elles ne relèvent ainsi pas du champ du développement professionnel continu au sens de l'article L. 4021-1 du code de la santé publique et que, par conséquent, cette agence ne peut contribuer à leur financement, n'a pas entaché ce motif, lequel permettait à lui seul de prendre la décision attaquée, d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 23 octobre 2017 :

5. Le moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision du 28 juin 2017 n'est pas illégale. Dès lors, l'Agence nationale du développement professionnel continu n'a pas commis d'illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de ce groupement d'intérêt public. Il en résulte que les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de M. A doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Agence nationale du développement professionnel continu.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024

Le rapporteur,

F. DIARDLe président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLON

La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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