vendredi 10 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ROCHER-THOMAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2021, la société à responsabilité limitée DC Auto, représentée par Me Rocher-Thomas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel le maire de Pau a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'édification d'un pôle d'activités constitué de deux bâtiments, destiné à des activités de concession automobile, de centre automobile et de contrôle technique, ensemble la décision du 19 janvier 2021 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à la commune de Pau de procéder à l'instruction de sa demande de permis de construire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pau une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est fondé sur des dispositions de l'article UY 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées qui sont entachées d'illégalité, dès lors qu'en interdisant l'implantation des commerces de détail dans la zone UY, elles entrent en contradiction avec l'objectif du rapport de présentation du PLUI de protection des seuls commerces de proximité ;
- ces dispositions sont entachées d'erreur de droit au regard de l'article R. 151-30 du code de l'urbanisme dès lors qu'elles ne sont pas justifiées par l'objectif de protection des commerces de proximité ;
- elles sont également entachées d'erreur de fait dès lors que la notion de commerce de proximité est distincte de celle de commerce de détail ;
- enfin, ces mêmes dispositions ainsi que le zonage du PLUI sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, la commune de Pau conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Diard,
- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,
- les observations de M. D, gérant de la société DC Auto, représentant cette société, et de M. C, juriste, représentant la commune de Pau.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 7 octobre 2020, le maire de Pau a refusé de délivrer à la société DC Auto un permis de construire en vue de l'édification d'un pôle d'activités constitué de deux bâtiments, destiné à des activités de concession automobile, de centre automobile et de contrôle technique. Par une décision du 19 janvier 2021, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par la société DC Auto contre cet arrêté. Cette dernière demande l'annulation de l'arrêté du 7 octobre 2020 et de la décision du 19 janvier 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Pau est dotée d'un plan local d'urbanisme intercommunal et que, par un arrêté du 21 juillet 2020, transmis le 22 juillet 2020 à la préfecture des Pyrénées-Atlantiques au titre du contrôle de légalité, le maire de Pau a donné délégation à M. A B, adjoint au maire chargé de l'urbanisme et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les refus de permis de construire. Par ailleurs, l'article 4 de cet arrêté de délégation prévoit sa publication au recueil des actes administratifs de la commune, ainsi que son affichage en mairie, et il n'est pas contesté qu'il a été procédé le 22 juillet 2020 à cette publication et à cet affichage. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ". Aux termes de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article L. 151-16 du même code : " Le règlement peut identifier et délimiter les quartiers, îlots et voies dans lesquels est préservée ou développée la diversité commerciale, notamment à travers les commerces de détail et de proximité, et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer cet objectif. / () ". Aux termes de l'article R. 151-2 de ce code : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : / 1° La cohérence des orientations d'aménagement et de programmation avec les orientations et objectifs du projet d'aménagement et de développement durables ; / 2° La nécessité des dispositions édictées par le règlement pour la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables et des différences qu'elles comportent, notamment selon qu'elles s'appliquent à des constructions existantes ou nouvelles ou selon la dimension des constructions ou selon les destinations et les sous-destinations de constructions dans une même zone ; / 3° La complémentarité de ces dispositions avec les orientations d'aménagement et de programmation mentionnées à l'article L. 151-6 ; / 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; / 5° L'institution des zones urbaines prévues par l'article
R. 151-19, des zones urbaines ou zones à urbaniser prévues par le deuxième alinéa de l'article
R. 151-20 lorsque leurs conditions d'aménagement ne font pas l'objet de dispositions réglementaires ainsi que celle des servitudes prévues par le 5° de l'article L. 151-41 ; / 6° Toute autre disposition du plan local d'urbanisme pour laquelle une obligation de justification particulière est prévue par le présent titre. / Ces justifications sont regroupées dans le rapport ". Aux termes de l'article R. 151-27 du même code : " Les destinations de constructions sont : / () 3° Commerce et activités de service ; / () ". Aux termes de l'article R. 151-28 du même code : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : / () 3° Pour la destination "commerce et activités de service" : artisanat et commerce de détail, restauration, commerce de gros, activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, cinéma, hôtels, autres hébergements touristiques ; / () ". Enfin, aux termes de l'article R. 151-30 : " Pour des raisons de sécurité ou salubrité ou en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, le règlement peut, dans le respect de la vocation générale des zones, interdire : / 1° Certains usages et affectations des sols ainsi que certains types d'activités qu'il définit ; / 2° Les constructions ayant certaines destinations ou sous-destinations.".
5. Tout d'abord, contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne résulte pas des dispositions précitées du code de l'urbanisme que le règlement du PLUI doit être en cohérence avec son rapport de présentation.
6. Ensuite, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du PLU à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
7. L'arrêté attaqué se fonde sur l'article UY 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées qui interdit les commerces de détail et les activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle. Les dispositions de cet article prévoient que la zone UY, destinée aux activités économiques, " est destinée à accueillir les constructions, installations et aménagements liés et nécessaires aux activités industrielles, artisanales, commerciales, ou aux activités de bureaux et de services (notamment restauration) ", et que cette zone comporte un secteur UY zacom, destiné aux zones d'aménagement commercial, un secteur UYa, destiné aux " constructions à usage commercial, artisanal, industriel, d'entrepôts commerciaux qui sont liées aux activités agroalimentaires ", et un secteur UYb, destiné aux " constructions à caractère principal de bureaux et d'activités de services ". En outre, elles interdisent dans la zone UY l'artisanat et les commerces de détail, excepté dans les secteurs UY zacom et UYa, ainsi que les activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, excepté dans le secteur UYb.
8. Il résulte des orientations du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) qu'elles tendent à renforcer " l'attractivité commerciale du centre-ville de Pau ", à cesser " l'implantation des commerces et services le long des axes de transit (entrées d'agglomération) ", à assurer " le développement commercial ciblé et qualitatif pour répondre aux perspectives de croissance démographique et aux besoins de proximité : développement des commerces de proximité dans les centralités ou dans les zones dédiées " et à moderniser, requalifier et densifier les zones commerciales périphériques. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, classé en zone UY, se situe le long d'un axe de transit à l'entrée de l'agglomération de Pau. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'article UY 1 du règlement du PLUI de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées ne serait pas en cohérence avec le PADD de ce document d'urbanisme.
9. Par ailleurs, il ressort du rapport de présentation que la volonté des auteurs du PLUI est de prioriser l'implantation des commerces de détail, y compris les commerces de détail d'une taille supérieure à 100 m² répondant à des besoins exceptionnels, dans les centralités et les zones d'aménagement commercial (zacom), dans le but de limiter le développement des activités commerciales dans la périphérie et le long des axes d'entrée d'agglomération qui porte atteinte, d'une part, à la qualité urbaine, paysagère et architecturale de ces espaces, d'autre part, au maintien des commerces des centres-villes. En outre, le secteur UY zacom est destiné " à recevoir prioritairement les constructions et installations commerciales ayant un rayonnement supra communal ou inter-quartiers ", afin de garantir un encadrement maîtrisé de l'offre commerciale et de limiter le développement commercial aux principaux grands pôles commerciaux de l'agglomération. Dès lors, les dispositions de l'article UY 1 du règlement du PLUI, en interdisant les commerces de détails, excepté notamment dans le secteur UY zacom, sans distinguer entre les commerces de proximité et les autres commerces de détail, répondant à des besoins exceptionnels, ne sont entachées d'aucune erreur de fait et ne sont pas davantage entachées d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération de Pau Béarn Pyrénées du 19 décembre 2019 portant approbation du plan local d'urbanisme intercommunal, en tant que son règlement prévoit l'article UY 1.
10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement par le PLUI du terrain d'assiette du projet en zone UY, en dehors des secteurs UY zacom, UYa et UYb, serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de ce classement doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société DC Auto doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société DC Auto, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de cette même requête ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société DC Auto demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société DC Auto est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée DC Auto et à la commune de Pau.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
F. DIARDLe président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE
CASTILLONLa greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026