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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100766

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100766

mercredi 12 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BERRANGER ET BURTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mars et 23 octobre 2021, M. H E, Mme C A, M. G B et Mme F B, représentés par Me Burtin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2020 par lequel le maire de Soues a délivré à la société Arc-en-ciel un permis de construire en vue de l'édification de quatre maisons accolées à usage d'habitation, ensemble l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel il a délivré à cette société un permis de construire modificatif ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Soues ainsi qu'à la charge de la société Arc-en-ciel une somme de 4 000 euros, chacune, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- ils justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- le dossier de demande de permis de construire a méconnu les articles R. 111-13 et R. 431-5 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il n'indique pas la puissance électrique nécessaire au projet ;

- le dossier de demande de permis de construire a méconnu l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet architectural ne comprend aucune notice précisant l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages ;

- le dossier de demande de permis de construire a méconnu l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne précise pas les modalités de cheminement des eaux pluviales ;

- le dossier de demande de permis de construire a méconnu l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne comprend pas de document graphique, ni de photographie permettant de situer le terrain dans le paysage lointain sans qu'une telle absence soit justifiée ;

- l'arrêté du 14 décembre 2020 méconnaît les articles R. 111-13 et R. 431-5 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne précise pas la puissance électrique nécessaire au projet.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2021, la commune de Soues, représentée par Me Soulié, conclut, à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme globale de 2 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre les permis en litige ; en outre, ils n'ont pas respecté les formalités de notifications de leur recours, prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 23 août et 11 octobre 2021, et le 10 janvier 2022, la société Arc-en-ciel, représentée par Me Picard, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme globale de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour la commune de Soues a été enregistré le 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Burtin, représentant M. E, Mme A, M. et Mme B, et I, représentant la société Arc-en-ciel.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 14 décembre 2020, le maire de Soues a délivré à la société Arc-en-ciel un permis de construire en vue de l'édification de deux constructions accolées et organisées en quatre maisons à usage d'habitation, aux lieu et places de garages existants, pour une surface créée de 231,75 m2. Par un arrêté du 7 octobre 2021, cette même autorité a délivré à la société Arc-en-ciel un permis de construire modificatif. Par la présente requête, M. E, Mme A, M. et Mme B demandent l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire :

2. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. Par ailleurs, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " La demande de permis de construire précise : () / g) La puissance électrique nécessaire au projet, lorsque la puissance électrique est supérieure à 12 kilovoltampères monophasé ou 36 kilovoltampères triphasé ; () ". Aux termes de l'article R. 111-13 du même code : " Le projet peut être refusé si, par sa situation ou son importance, il impose soit la réalisation par la commune d'équipements publics nouveaux hors de proportion avec ses ressources actuelles, soit un surcroît important des dépenses de fonctionnement des services publics ".

5. Les requérants soutiennent que le dossier de la demande de permis de construire déposée le 15 octobre 2020 méconnaît les articles R. 111-13 et R. 431-5 du code de l'urbanisme, dès lors que n'y figure pas la puissance électrique nécessaire au projet et que la demande aurait dû être présentée au titre de la construction d'un lotissement et non de maisons accolées. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la demande de permis de construire modificatif déposée le 10 août 2021, précise qu'une puissance de 48 kilovoltampères sera nécessaire au projet. De surcroît, le service instructeur a été informé de la puissance électrique nécessaire, 48 kilovoltampères portés à 58 kilovoltampères, par le biais des avis du concessionnaire du réseau de distribution d'électricité en date du 27 octobre 2020 et du 15 septembre 2021. Par ailleurs, la circonstance que dans ces deux avis, ce même concessionnaire a retenu la qualification de " lotissement " pour désigner le projet de construction de quatre maisons accolées, est dépourvue d'incidence sur le respect des dispositions précitées de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme. Enfin, si les requérants allèguent que la demande de permis de construire méconnaît également l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme, en raison de l'absence d'indication de la puissance électrique, ils n'apportent aucune précision à l'appui de cette allégation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 111-13 et R. 431-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : () / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si le dossier de demande de permis de construire ne comprend aucune notice architecturale, le dossier de demande de permis de construire modificatif comprend une notice descriptive précisant que les constructions projetées s'intègrent aux constructions existantes traitées en petites maisons, que la toiture en ardoise, les fenêtres en pvc blanc, l'enduit à la chaux et au sable roux des façades avec encadrement autour des ouvertures, assurent une harmonie de l'unité foncière, que le traitement végétal des seize places de stationnement sur l'unité foncière permet de conserver une unité paysagère et que les façades situées sur la limite séparative sont recouvertes d'un bardage revêtu d'un enduit de la même couleur que les autres façades. Cette notice mentionne également que les deux volumes du projet sont édifiés à l'emplacement des garages existants sur la parcelle cadastrée section AK n° 54, en limite séparative, qu'ils sont organisés en un rez-de-chaussée et un étage sous rampant, qu'ils sont composés de quatre maisons accolées représentant un volume habitable total de 231,75 m2. Ces précisions sont complétées par les plans, les photographies et les documents graphiques joints qui permettent de situer le projet par rapport aux constructions et paysages avoisinants. Eu égard à la modestie du projet global et à la faible hauteur des constructions projetées, la circonstance que le jardin des époux B et la piscine de M. E et de Mme A ne figurent pas sur ces documents ne suffit pas à regarder ladite notice comme insuffisante. Il s'ensuit que l'administration a été mise à même d'apprécier la légalité du projet en tenant compte de l'implantation et du volume des constructions nouvelles, par rapport aux éléments paysagers existants et aux constructions avoisinantes et qu'en conséquence, le moyen tiré de l'insuffisance de la notice prévue par l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, le projet architectural " indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le réseau de collecte et d'évacuation des eaux de pluie vers un puisard implanté sur le terrain d'assiette du projet est représenté sur le plan de masse PC2 joint au dossier de demande de permis initial. Par ailleurs, aucun des éléments produits par les requérants n'est de nature à établir que le dispositif d'évacuation des eaux de pluie représenté dans le dossier de demande de permis ne serait pas correctement dimensionné pour empêcher tout écoulement de ces eaux sur la propriété de M. E et de Mme A. Par suite, le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis de construire méconnaît l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

11. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement aux allégations des requérants, le dossier de demande de permis de construire déposé le 15 octobre 2020 par la société Arc-en-ciel comprend un document graphique numéroté PC6 qui permet d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain. Il comprend également trois photographies permettant de situer le terrain d'assiette du projet dans l'environnement très proche, proche et lointain et sur lesquelles apparaît le faîtage de la construction implantée sur la parcelle cadastrée section AK n° 86. Alors même que les documents initiaux satisfaisaient aux prescriptions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, en outre, le dossier de demande de permis de construire modificatif déposé le 26 avril 2021 a notamment complété sur ce point le dossier de demande par la production d'une photographie du terrain d'assiette de près et de face sur laquelle apparaît la toiture de deux constructions voisines, une photographie prise depuis l'entrée de l'unité foncière appartenant à la société pétitionnaire, ainsi que deux documents graphiques supplémentaires dont le document numéroté PC8 qui permet d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux parcelles situées derrière la limite séparative Nord du terrain d'assiette. Par suite, le service instructeur disposait d'informations suffisantes et le moyen tiré de ce que le dossier de demande de permis a méconnu l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles R.111-13 et R.431-5 du code de l'urbanisme :

12. Les dispositions précitées des articles R. 111-13 et R. 431-5 du code de l'urbanisme n'imposent pas à l'autorité qui délivre un permis de construire d'y indiquer la puissance électrique nécessaire au projet concerné. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, soulevé à l'encontre de l'arrêté du 14 décembre 2020, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du maire de Soues du 14 décembre 2020 et du 7 octobre 2021.

Sur les frais liés à l'instance :

14. La commune de Soues n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à sa charge le paiement des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

15. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre solidairement à la charge de M. E, de Mme A et de M. et Mme B, des sommes au titre des frais exposés par la commune de Soues et par la société Arc-en-ciel et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E, de Mme A et de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la commune de Soues et de la société Arc-en-ciel sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. H E, à Mme C A, à M. G B et à Mme F B, à la commune de Soues et à la société Arc-en-ciel.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Quéméner, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé : S. ROUSSEAU

La présidente,

Signé : V. QUEMENERLa greffière,

Signé : M. D

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

2100766

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