jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2100891 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SOPENA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 9 avril 2021, le 22 novembre 2022 et le 3 janvier 2023, Mme F D, représentée par Me Sopena, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du jury d'examen telle que révélée par le relevé de notes du 19 octobre 2020 la déclarant " ajournée " à l'examen de licence professionnelle " adjoint de direction petites et moyennes entreprises/petites et moyennes industries (PME/PMI) " du collège universitaire " études européennes et internationales " de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour (UPPA), ensemble la décision expresse du 11 février 2021 de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au président de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de lui délivrer la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI ", sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au président de l'Université de saisir le jury d'examen afin qu'il statue à nouveau sur son examen de licence professionnelle, sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour la somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération du jury d'examen telle que révélée par le relevé de notes du 19 octobre 2020 est entachée d'un défaut de motivation sur le fondement des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'aucune explication n'est donnée sur le fait que malgré une moyenne générale de 10.181/20, elle a été déclarée " ajournée " à la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI " ;
- elle est entachée d'un vice de procédure sur le fondement de l'article 20 de la charte des examens de 2017 de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour en tant que le jury de la soutenance orale de son stage en entreprise n'était pas composé par deux enseignants chercheurs et que la composition du jury n'a pas été affichée dans les lieux d'examens quinze jours avant les épreuves ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en tant que la règle, selon laquelle une moyenne égale ou supérieure à 10/20 à l'ensemble de l'unité d'enseignement (UE) " projet tutoré " et " stage en entreprise " est obligatoirement requise pour valider l'année, ne figure pas dans la charte des examens de 2017 de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour et n'a pas été portée à sa connaissance par l'Université si bien qu'elle ne lui est pas opposable ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance du principe d'impartialité et d'égalité de traitement entre les candidats dès lors que :
- ses notes résultent de la prise en compte de considérations autres que celles de la valeur de ses prestations ;
- la grille d'évaluation du module stage, à remplir par le jury d'examen, ne l'a pas été, de sorte que son appréciation apparaît purement subjective et hors du cadre règlementaire du contrôle de connaissances des examens ;
- son tuteur de stage, au motif qu'il était son conjoint, a été invité à sortir de l'épreuve au moment de l'évaluation du stage, et n'a donc pas pu donner son opinion sur l'épreuve ; sur ce dernier point, il appartenait aux responsables de cette licence professionnelle de lui demander de changer de tuteur de stage, si cela pouvait affecter son évaluation dans l'obtention de la licence professionnelle ;
- Mme A, intervenante extérieure et salariée d'une société privée, s'est vu confier la tâche de réguler les notes après appréciation des professeurs, sans même avoir un statut d'enseignant chercheur, et ce, sous couvert du responsable pédagogique de la licence.
Par trois mémoires en défense enregistrés le 12 septembre 2022, le 9 décembre 2022, et le 18 janvier 2023, l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, représentée par son président, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 17 novembre 1999 relatif à la licence professionnelle ;
- l'arrêté du 22 janvier 2014 fixant le cadre national des formations conduisant à la délivrance des diplômes nationaux de licence, de licence professionnelle et de master ;
- la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2017 ;
- la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Clen, rapporteur public,
- et les observations de M. B, représentant l'Université de Pau et des Pays de l'Adour.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F D a suivi le cursus de licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI " du collège universitaire " études européennes et internationales " de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour pendant l'année universitaire 2019 / 2020. Par courrier du 17 décembre 2020, réceptionné le 21 décembre 2020 par l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, elle a présenté un recours gracieux contre la délibération du jury d'examen telle que révélée par le relevé de notes du 19 octobre 2020 la déclarant ajournée à l'examen de la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI ". Par courrier du 11 février 2021, réceptionné le 22 février 2021, le président de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour a rejeté le recours gracieux ainsi formé. Mme D demande l'annulation de la délibération du jury d'examen telle que révélée par le relevé de notes du 19 octobre 2020 en tant qu'elle la déclare ajournée à l'examen de la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'éducation dans sa version applicable au litige : " () Les règles communes pour la poursuite des études conduisant à des diplômes nationaux, les conditions d'obtention de ces titres et diplômes, le contrôle de ces conditions et les modalités de protection des titres qu'ils confèrent, sont définis par arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur, après avis ou proposition du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche. / Les aptitudes et l'acquisition des connaissances sont appréciées, soit par un contrôle continu et régulier, soit par un examen terminal, soit par ces deux modes de contrôle combinés. Les modalités de ce contrôle tiennent compte des contraintes spécifiques des étudiants accueillis au titre de la formation continue. Elles sont adaptées aux contraintes spécifiques des étudiants ou personnes bénéficiant de la formation continue présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé ou en état de grossesse. Elles doivent être arrêtées dans chaque établissement au plus tard à la fin du premier mois de l'année d'enseignement et elles ne peuvent être modifiées en cours d'année. / Seuls peuvent participer aux jurys et être présents aux délibérations des enseignants-chercheurs, des enseignants, des chercheurs ou, dans des conditions et selon des modalités prévues par voie réglementaire, des personnalités qualifiées ayant contribué aux enseignements, ou choisies, en raison de leurs compétences, sur proposition des personnels chargés de l'enseignement. ". Aux termes de l'article L. 712-6-1 du même code : " I.- La commission de la formation et de la vie universitaire du conseil académique est consultée sur les programmes de formation des composantes. / Elle adopte : / () 2° Les règles relatives aux examens ; / 3° Les règles d'évaluation des enseignements ; () ". Aux termes de l'article D. 611-12 du même code : " Les conditions de la validation des enseignements, dispensés en présence des usagers ou à distance, le cas échéant sous forme numérique, sont arrêtées dans chaque établissement d'enseignement supérieur au plus tard à la fin du premier mois de l'année d'enseignement et elles ne peuvent être modifiées en cours d'année. () ".
3. Aux termes de l'article D. 612-32-5 du code de l'éducation : " La licence est un diplôme national de l'enseignement supérieur sanctionnant des études de premier cycle et conférant à son titulaire le grade de licence. / Le diplôme national de licence sanctionne un niveau correspondant à l'obtention de 180 crédits européens au-delà du baccalauréat. Les parcours types des formations préparant au diplôme sont organisés sur trois années. / L'intitulé de chaque diplôme de licence est défini par un nom de mention. ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 17 novembre 1999 dans sa version applicable au litige : " " La licence professionnelle offre à l'étudiant : - un approfondissement des connaissances et un élargissement des compétences dans les secteurs concernés ; - un apprentissage de la mise en oeuvre de ces connaissances et compétences dans les métiers visés ; - une formation générale visant, notamment, à faciliter la maîtrise et l'utilisation de l'expression écrite et orale, d'au moins une langue vivante étrangère et des outils informatiques ainsi qu'à améliorer la connaissance de l'entreprise. / Le stage et le projet tutoré constituent chacun une unité d'enseignement. / Le stage comporte de 12 à 16 semaines. / Le projet tutoré représente au moins un quart du volume de la formation, hors stage. ". Aux termes de l'article 10 du même arrêté dans sa version applicable au litige : " La licence professionnelle est décernée aux étudiants qui ont obtenu à la fois une moyenne générale égale ou supérieure à 10 sur 20 à l'ensemble des unités d'enseignement, y compris le projet tutoré et le stage, et une moyenne générale ou supérieure à 10 sur 20 à l'ensemble constitué du projet tutoré et du stage () ". Aux termes de l'article 11 du même arrêté dans sa version applicable au litige : " La licence est délivrée sur proposition d'un jury désigné en application des articles L. 613-1 et L. 613-4 du code de l'éducation. Ce jury comprend, pour au moins un quart et au plus la moitié, des professionnels des secteurs concernés par la licence professionnelle. ". Aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 22 janvier 2014 dans sa version applicable au litige : " Dans le cadre des orientations définies par le conseil d'administration en application de l'article 6 ci-dessus, les modalités de contrôle des connaissances et des compétences sont adaptées à la diversité des diplômes et des parcours de formation. / Ces modalités reposent sur la capitalisation d'unités d'enseignement et des crédits européens correspondants. Dans le cadre de la réglementation propre à chaque diplôme, elles sont arrêtées par la commission de la formation et de la vie universitaire du conseil académique ou par l'instance qui en tient lieu, après avis des conseils de composante. De la même manière, la réglementation de chaque diplôme fixe le cadre dans lequel peuvent être définies des règles de compensation des résultats et, le cas échéant, les autres modalités d'évaluation applicables. / La diversité des méthodes d'évaluation des connaissances et des compétences est en adéquation avec : 1° La nécessaire progressivité des apprentissages ; 2° Les modalités pédagogiques mises en œuvre ; 3° L'objectif de qualification recherché. / Les établissements peuvent mettre en place des évaluations transversales à plusieurs unités d'enseignement permettant un bilan des compétences acquises lors de la formation, y compris, le cas échéant, lors des périodes en milieu professionnel. / Lorsqu'ils sont confrontés à des situations exceptionnelles affectant le déroulement normal des examens, les établissements peuvent adapter les modalités d'évaluation en garantissant la qualité des diplômes délivrés, notamment en recourant aux usages du numérique. ".
En ce qui concerne la détermination de la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour applicable au présent litige :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'entrée en vigueur d'un acte réglementaire est subordonnée à l'accomplissement de formalités adéquates de publicité, notamment par la voie, selon les cas, d'une publication ou d'un affichage, sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables. / Un acte réglementaire entre en vigueur le lendemain du jour de l'accomplissement des formalités prévues au premier alinéa, sauf à ce qu'il en soit disposé autrement par la loi, par l'acte réglementaire lui-même ou par un autre règlement. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de ses dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures. ". Aux termes de l'article L. 221-4 du même code : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date. ".
5. D'autre part, en principe, lorsque de nouvelles normes générales sont édictées par voie de décret ou d'arrêté, elles ont vocation à s'appliquer immédiatement, sans que les personnes auxquelles sont, le cas échéant, imposées de nouvelles contraintes puissent invoquer le droit au maintien de la réglementation existante, sous réserve des exigences attachées au principe de non-rétroactivité des actes administratifs, qui exclut que les nouvelles dispositions s'appliquent à des situations juridiquement constituées avant l'entrée en vigueur de ces dispositions. En matière d'enseignement, ce principe ne fait pas obstacle à l'application immédiate, même aux élèves engagés dans un cycle de formation sanctionné par un diplôme, des dispositions réglementaires relatives à la formation qui leur est dispensée et notamment aux modalités d'évaluation des connaissances.
6. Il ressort des pièces du dossier qu'en application du huitième alinéa de l'article L. 613-1 et du 2° du I de l'article L. 712-6-1 précités du code de l'éducation, les règles relatives à la validation des épreuves et à l'obtention des diplômes délivrés par l'Université de Pau et des Pays de l'Adour au terme du cycle de licences professionnelles, au nombre desquels figure la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI ", sont fixées par une charte des examens adoptée chaque année par la commission de la formation et de la vie universitaire de l'Université au début de chaque année universitaire. Il est constant que la commission de la formation et de la vie universitaire de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour n'a pas adopté de charte d'examens au début de l'année universitaire 2019 / 2020. En conséquence, à la rentrée universitaire 2019 / 2020, était applicable la charte des examens adoptée antérieurement et toujours en vigueur, soit la charte des examens de 2017. Si l'Université de Pau et des Pays de l'Adour fait valoir que la charte des examens de 2020 adoptée par la commission de la formation et de la vie universitaire de l'université le 26 février 2020 est applicable aux modalités de contrôle des aptitudes et de l'acquisition des connaissances du second semestre de la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI ", il ressort des pièces du dossier que cette charte, dont, au demeurant, aucune stipulation ne précise sa date d'entrée en vigueur, n'a été publiée sur le site internet de l'université que le 1er juillet 2020. Par suite, il y a lieu de considérer qu'il appartenait à l'université de mettre en œuvre les stipulations de la charte des examens de 2017 lors de l'organisation des épreuves orales du second semestre de la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI ".
En ce qui concerne le jury de soutenance de rapport de stage :
7. L'article 20 de la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2017, approuvée par la commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) en date du 8 juin 2017, dispose en son article 8 : " Au sein d'un parcours de formation, les UE sont définitivement acquises et capitalisables dès lors que l'étudiant y a obtenu la moyenne, conformément aux modalités de contrôle des connaissances correspondantes. En cas de succès, elles ne peuvent être repassées. L'acquisition des UE entraîne l'acquisition des crédits européens correspondants. Les UE ainsi acquises sont capitalisées et transférables. / De mêmes sont capitalisables les éléments (EC) constitutifs dont la valeur en crédit est également fixée / Sauf disposition légale particulière, les unités d'enseignement sont compensables entre elles au sein du semestre et sur une année, ainsi que les EC (éléments constitutifs de chaque unité d'enseignement) / Un semestre d'études est validé dès lors que l'étudiant a validé chacun des UE qui le compose ou par compensation entre ces différentes UE (moyenne des moyennes d'Union européenne, affectées de leurs coefficients, au moins égale à 10/20). Les UE/EC acquis par compensation ne sont pas transférables. Toutefois, l'équipe pédagogique peut déroger à cette règle dans le cas de passerelles prévues et définies dans le dossier d'habilitation (). ". Son article 20 indique que " La composition du jury doit faire l'objet d'un affichage dans les lieux d'examen au moins 15 jours avant les épreuves. Les commissions de soutenance de rapport de stage ou de mémoire de master 2 sont composées de la manière suivante : a) pour les soutenances de rapport de stage : au moins deux enseignants-chercheurs ; b) pour les soutenances de mémoire de recherche : au moins deux enseignants-chercheurs dont un HDR. ". La charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2020, approuvée par la CFVU le 26 février 2020 précise en son article 19 que " La composition du jury doit faire l'objet d'un affichage dans les lieux d'examen au moins 15 jours avant les épreuves. Les commissions de soutenance de rapport de stage ou de mémoire de master 2 sont composées de la manière suivante : a) pour les soutenances de rapport de stage : deux personnes dont au moins un enseignant-chercheur ; b) pour les soutenances de mémoire de recherche : deux personnes dont au moins un titulaire d'une HDR. "
S'agissant du défaut d'affichage :
8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
9. A supposer établi le fait que la composition du jury d'examen n'a pas été affichée dans les lieux d'examens quinze jours avant les épreuves en méconnaissance des stipulations de l'article 20 de la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2017, il n'est pas contesté, qu'en cette période de crise sanitaire liée à l'épidémie de covid19 apparue en mars 2020, qu'une telle information a été portée à la connaissance de Mme D ainsi qu'à celles des autres étudiants par courriel de l'université et qu'une telle modalité d'information n'a pas empêché Mme D de participer dans des conditions normales aux examens, ni au jury d'examen de délibérer dans des conditions normales. Par suite, ce vice de procédure, à le supposer établi, ne peut être regardé comme ayant eu une influence sur le sens de la décision d'ajournement de la licence professionnelle de la requérante, ni comme ayant privé Mme D d'une garantie.
S'agissant de la composition du jury :
10. Il n'est pas contesté que le jury de soutenance de rapport de stage ayant évalué le stage de Mme D était composé d'une professeur d'université ainsi que d'une intervenante extérieure. Ce jury était ainsi composé d'un enseignant-chercheur et d'une personnalité qualifiée choisie en raison de ses compétences, conformément aux dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 613-1 précité du code de l'éducation. Si Mme D soutient que cette composition méconnaîtrait les dispositions de l'article 20 de la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2017 stipulant que les commissions de soutenance de rapport de stage sont composées d'au moins deux enseignants-chercheurs, il ressort de la lecture de cet article qu'un tel principe régit les commissions de soutenance de rapport de stage ou de mémoire de master 2 et ne trouve donc pas à s'appliquer aux jurys de soutenance de rapport de stage de licence professionnelle. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la délibération du jury d'examen telle que révélée par le relevé de notes du 19 octobre 2020 est entachée de nullité en tant que la composition du jury de soutenance de son rapport de stage méconnaîtrait les stipulations de l'article 20 de la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2017.
En ce qui concerne le défaut de motivation de la délibération :
11. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
12. La délibération d'un jury d'examen chargé d'apprécier les mérites des candidats n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Aucune autre disposition législative ou réglementaire n'impose à un jury d'examen de motiver ses décisions ou de faire connaître aux candidats les critères dont ils font usage pour procéder à leur appréciation. De même, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à un jury d'examen d'assortir les relevés de notes d'une motivation. En conséquence, Mme D ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration par le relevé de notes du 19 octobre 2020 révélant la délibération du jury ayant prononcé sa non-admission à la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI ". Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération attaquée révélée par le relevé de notes du 19 octobre 2020 serait insuffisamment motivée doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la validation des unités d'enseignement :
13. En premier lieu, il ressort du relevé de notes et de résultats du 19 octobre 2020 de Mme D qu'elle a obtenu la note moyenne de 11,362 sur 20 au semestre 5 dont la note moyenne de 8,687 à l'unité d'enseignement (UE) 1 droit et économie, la note moyenne de 11,989 sur 20 à l'UE 2 Management, et la note moyenne de 13,571 sur 20 à l'UE 3 Communication et enfin, la note moyenne de 9 sur 20 au semestre 6. Elle a en conséquence obtenu la note de 10,181 sur 20 à la session 1 de sa licence professionnelle, soit une moyenne générale supérieure à 10.
14. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article 10 de l'arrêté du 17 novembre 1999 précitées que l'obtention de la licence professionnelle est également conditionnée à l'obtention d'une moyenne supérieure à 10 sur 20 à l'ensemble constitué du projet tutoré et du stage. Or, il ressort des pièces du dossier que la requérante a obtenu la note de 12 sur 20 à l'UE 4 projet tutoré et la note moyenne de 7,5 sur 20 à l'UE 5 stage en entreprise, aboutissant à une moyenne de 9 sur 20 inférieure au niveau requis pour l'obtention du diplôme. Si Mme D soutient que les dispositions de l'article 10 de l'arrêté du 17 novembre 1999 ne lui sont pas opposables à défaut de lui avoir été notifiées et que l'université n'établit pas les avoir portées à sa connaissance lors des réunions de rentrée organisées, il est constant que l'arrêté du 17 novembre 1999, alors applicable au litige, a été publié, ainsi que ses arrêtés modificatifs, au Journal Officiel de la République française et lui est donc opposable.
15. Par ailleurs, pour ce qui concerne la validation d'un semestre d'études par compensation, les dispositions de l'article 10 de l'arrêté du 17 novembre 1999 précitées ne sauraient être regardées comme contraires aux stipulations de l'article 8 de la charte des examens de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour de 2017, lesquelles stipulent qu'un semestre d'études est validé dès lors que l'étudiant a validé chacun des UE qui le compose ou par compensation entre ces différentes UE (moyenne des moyennes d'UE, affectées de leurs coefficients, au moins égale à 10/20). Or, ainsi qu'il a été dit au point ci-dessus, Mme D a obtenu la note moyenne de 9 sur 20 au semestre 6 dont la note de 12 sur 20 à l'UE 4 projet tutoré et la note moyenne de 7,5 sur 20 à l'UE 5 stage en entreprise. Par suite, elle n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle doit être regardée comme ayant validé ce semestre sur le fondement de l'article 8 de cette charte.
16. En deuxième lieu, s'il n'appartient pas au juge administratif de contrôler l'appréciation portée par le jury d'un concours sur la prestation d'un candidat, il lui appartient, en revanche, de vérifier qu'il n'existe, dans le choix du sujet d'une épreuve, aucune violation du règlement du concours de nature à créer une rupture d'égalité entre les candidats. A ce titre, il lui incombe notamment de contrôler que ce choix n'est pas entaché d'erreur matérielle, que le sujet peut être traité par les candidats à partir des connaissances que requiert le programme du concours et que, pour les interrogations orales, les questions posées par le jury sont de nature à lui permettre d'apprécier les connaissances du candidat dans la discipline en cause.
17. Il ressort des pièces du dossier que le jury de soutenance du rapport de stage de Mme D a considéré que son rapport de stage était de " qualité très inégale dans son ensemble, ne révélant pas le recul attendu dans une formation de niveau Bac +3 : - diagnostic de l'entreprise et de son environnement : travail moyen et imparfaitement satisfaisant (insuffisances sur la matrice SWOT ; appréciation trop allusive de la problématique des stocks). - traitement de la problématique centrale (" le E-commerce : levier de croissance pour DEPAN'RESTO ' ") : travail exclusivement narratif (en particulier " L'aide de la CCI "), sans analyse suffisante (en particulier sur la maîtrise des coûts) ". Ce jury a également évalué sa soutenance orale comme une " prestation confuse, démonstration mal organisée et nullement convaincante : - la candidate se perd sans ses notes et ne parvient pas à impulser une dynamique argumentative éclairante. - diaporama trop souvent en rupture ne permettant à aucun moyen d'étayer le propos ". En conséquence, il ne ressort pas de cette analyse, ni d'aucune des pièces du dossier, que le jury de l'examen litigieux, lequel n'était au demeurant pas tenu de renseigner une grille d'examen, aurait poursuivi un but étranger à l'intérêt général universitaire ou à l'appréciation des mérites de la candidate et se serait fondé sur un motif autre que celui tiré de la valeur des prestations de Mme D.
18. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le fait que le tuteur de stage de Mme D, lequel est par ailleurs son conjoint, ait été invité à sortir de l'épreuve au moment de l'évaluation du stage constitue une pratique mise en œuvre par l'université pour l'ensemble des tuteurs de stage, indépendamment des liens personnels qu'ils peuvent avoir avec l'étudiant dont le stage est évalué. De même, le fait que la membre du jury de soutenance de rapport de stage, intervenante extérieure et salariée d'une société privée, se soit vue confier la tâche de réguler les notes après appréciation des professeurs, sans même avoir un statut d'enseignant chercheur, et ce, sous couvert du responsable pédagogique de la licence, ne peut être regardé comme contrevenant au principe d'égalité de traitement des candidats dans la mesure où il n'est pas contesté qu'une telle régulation a été mise en œuvre pour l'ensemble des étudiants de la licence professionnelle " adjoint de direction PME/PMI " de l'année universitaire 2019/2020. Par suite, ces moyens seront écartés.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de la délibération du jury d'examen telle que révélée par le relevé de notes du 19 octobre 2020 la déclarant " ajournée " à l'examen de licence professionnelle " adjoint de direction (PME/PMI) " doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
20. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D et au président de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente,
Mme Beneteau, première conseillère,
Mme Corthier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
Z. E
La présidente,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026