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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100896

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100896

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2021, la société par actions simplifiée Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2021 par lequel le maire d'Oursbelille a refusé de délivrer le permis de construire sollicité en vue de la construction d'une station de téléphonie mobile ;

2°) d'enjoindre au maire d'Oursbelille de lui délivrer le permis de construire sollicité dans le délai d'un mois à compter de la décision à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Oursbelille une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard des articles R.111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2021, la commune d'Oursbelille conclut à la tenue d'une médiation.

Elle soutient qu'elle peut proposer un autre emplacement plus adapté.

Un mémoire présenté par la commune d'Oursbelille a été enregistré le 9 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 février 2021, le maire d'Oursbelille a refusé de délivrer à la société Free Mobile le permis de construire sollicité en vue de la construction d'une station de téléphonie mobile. Cette société demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'arrêté attaqué se fonde sur ce que la situation du projet, dans le périmètre d'une servitude de protection des eaux potables et minérales, peut porter atteinte à la salubrité publique, en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, et sur ce que le projet, en raison de sa hauteur, est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, présentant des vues lointaines sur la chaîne des Pyrénées, en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que s'il existe une servitude de protection des eaux potables et minérales au droit d'un puits de la commune d'Oursbelille, la parcelle d'assiette du projet se situe dans le périmètre de protection éloigné de cette servitude. Or l'arrêté du 28 juillet 2008 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées a déclaré d'utilité publique la dérivation des eaux du puits d'Oursbelille et instauré des servitudes de protection réglementaire, soumet seulement en son article 9, les activités et aménagements susceptibles de nuire à la qualité des eaux captées à l'application de la réglementation générale, et se borne à recommander que le périmètre reste en l'état et que tout projet d'aménagement ou d'activité susceptible de nuire à la qualité des eaux soit soumis à l'avis du président du syndicat intercommunal d'adduction d'eau potable de Tarbes Nord. Il n'est pas démontré que le projet litigieux, qui consiste en l'édification d'une antenne relais, présente le caractère d'un aménagement ou d'une activité susceptible de nuire à la qualité des eaux. Par suite, en fondant la décision attaquée sur le premier motif rappelé au point 2, le maire d'Oursbelille a fait une inexacte application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme .

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un site ou à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient au juge administratif d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site ou du paysage sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site ou ce paysage.

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, qui est en nature de terre cultivée, est longé à l'est par un chemin rural, s'insère au cœur d'un vaste secteur agricole ne présentant pas de relief et offrant des perspectives lointaines, en particulier au sud vers la chaîne des Pyrénées, et présente un intérêt paysager particulier. Toutefois, si le projet comporte un pylône d'une hauteur de 44 mètres qui doit supporter les antennes et les boîtiers électroniques, des coffrets techniques enterrés, et la pose d'une clôture grillagée d'une hauteur de deux mètres ceinturant les équipements, le pylône implanté à l'angle sud-est de la parcelle d'assiette du projet, à proximité immédiate du chemin rural, et dans un secteur dépourvu d'habitations, présente une structure treillis de nature à atténuer son impact visuel. Dans ces conditions, ce projet n'est pas de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants. Par suite, en fondant également l'arrêté attaqué sur ce que le projet porte un impact significatif sur le paysage, le maire d'Oursbelille a également fait une inexacte application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire d'Oursbelille du 21 février 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ". Lorsque l'exécution d'un jugement ou d'un arrêt implique normalement, eu égard aux motifs de ce jugement ou de cet arrêt, une mesure dans un sens déterminé, il appartient au juge administratif, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si, au vu de cette situation de droit et de fait, il apparaît toujours que l'exécution du jugement ou de l'arrêt implique nécessairement une mesure d'exécution, il incombe au juge de la prescrire à l'autorité compétente.

9. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ". L'article L. 600-4-1 du même code dispose : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier. ".

10. Les dispositions précitées de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme visent à imposer à l'autorité compétente de faire connaître tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Combinées avec les dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, elles mettent le juge administratif en mesure de se prononcer sur tous les motifs susceptibles de fonder une telle décision. Ces dispositions ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable, et compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 du même code conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition.

11. Il résulte de ce qui précède que, lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions aux fins d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

12. Par ailleurs, un permis de construire délivré à la suite du réexamen ordonné en conséquence d'une mesure de suspension prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, et pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés, revêt un caractère provisoire.

13. La présente décision censure les motifs sur lesquels le maire d'Oursbelille a fondé son arrêté du 21 février 2021 portant refus de permis de construire. Les dispositions d'urbanisme applicables à la demande de permis devant être regardées comme celles en vigueur à la date de la décision attaquée, il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif serait susceptible de justifier une décision d'opposition, ni qu'un changement de circonstances de fait serait intervenu et ferait obstacle à la délivrance du permis sollicité. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au maire d'Oursbelille de délivrer le permis de construire sollicité par la société Free Mobile, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement, sous réserve de ce qu'une telle délivrance soit déjà intervenue, en exécution de l'ordonnance du juge des référés du 12 mai 2021.

Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Oursbelille une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Free Mobile et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire d'Oursbelille du 12 février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire d'Oursbelille de délivrer à la société Free Mobile le permis de construire sollicité, sous réserve de ce que ce permis n'a pas déjà été accordé.

Article 3 : La commune d'Oursbelille versera à la société Free Mobile une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à la société par actions simplifiée Free Mobile et à la commune d'Oursbelille.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

V. A

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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