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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100907

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100907

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantUHALDEBORDE-SALANNE GORGUET VERMOTE BERTIZBEREA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoires, enregistrés le 10 avril 2021 et le 22 septembre 2022, la société à responsabilité limitée Syntonie, représentée par Me Vermote, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2020 par lequel le maire d'Ustaritz a retiré la décision de non-opposition à sa déclaration préalable déposée en vue d'une division foncière ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ustaritz une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure contradictoire préalable au retrait n'a pas été respectée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le plan local d'urbanisme invoqué par le maire n'est pas opposable, faute d'être exécutoire, en l'absence de justification des formalités exigées par les articles R. 153-20 et

R. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz est illégal en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section BD n° 445 et n° 456 en zone naturelle et forestière .

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, la commune d'Ustaritz, représentée par Me Malo, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Syntonie ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Paiman, représentant la commune d'Ustaritz.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 octobre 2020, le maire d'Ustaritz a retiré la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable présentée par la société Syntonie en vue de la division du terrain composé des parcelles cadastrées section BD n°445 et 456. La société Syntonie demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".

3. La requérante, qui invoque la méconnaissance de l'article 24 de la loi du

12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs rapports avec l'administration, doit être regardée comme soulevant le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Si, comme elle le souligne, le courrier adressé par le maire en date du 16 septembre 2020, l'invitait à présenter ses observations sur le retrait envisagé de la décision relative à la déclaration préalable n° DP 064547 19 B0060, alors que la déclaration déposée par la société portait le n° DP 064 547 20 B0060, cette simple erreur de plume n'était pas susceptible d'induire en erreur la société pétitionnaire, dès lors que ce courrier précisait par ailleurs la date de dépôt de la déclaration et son objet. La société Syntonie a d'ailleurs présenté, par courrier du 24 septembre 2020, ses observations qui portaient sur le retrait envisagé de la décision relative à la déclaration préalable n° DP 064547 20 B0060. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris à l'issue d'une procédure contradictoire irrégulière.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'arrêté attaqué vise, notamment, l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et se fonde sur ce que le plan local d'urbanisme approuvé le 22 février 2020, au regard duquel il convenait d'instruire la demande, classait le projet en zone N, sur ce que l'article N2 du règlement de ce document d'urbanisme prévoit que les constructions à usage d'habitation ne sont admises que sous forme d'annexe et d'extension et sur ce que le projet consiste en la création d'un lot à bâtir à destination d'habitation qui n'est pas compatible avec le règlement de la zone N, de sorte que l'autorisation acquise le 25 juillet 2020 est entachée d'illégalité. Par suite, l'arrêté attaqué satisfait à l'exigence de motivation en en droit et en fait exigée par l'article

L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 153-20 du même code : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : () 2° La délibération qui approuve, révise, modifie ou abroge un plan local d'urbanisme ; (). ". Aux termes de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement public de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département, à l'exception de la décision mentionnée au 6° de l'article R. 153-20. () L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues au premier alinéa, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 22 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz, laquelle fonde la décision attaquée, a été transmise au contrôle de légalité le 27 février 2020, et a été affichée pendant une durée d'un mois, à compter du 10 mars 2020 au siège de la communauté d'agglomération du Pays basque, et à compter du 19 mars 2020 au siège de la mairie d'Ustaritz pendant une durée d'un mois. En outre, et en tout état de cause, mention a été faite de cet affichage dans l'édition du journal " Les petites affiches des Pyrénées-Atlantiques " du 11 mars 2020. Par suite, compte tenu de l'accomplissement des formalités requises par les articles R. 153-20 et R. 153-21 du code de l'urbanisme, la délibération du 22 février 2020 était exécutoire et, par voie de conséquence, le plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz était opposable à la date de la décision tacite de non-opposition de la déclaration préalable présentée le 30 juin 2020 par la société Syntonie.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées. ". Aux termes de l'article

R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ". Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils peuvent être amenés, à cet effet, à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés à l'article R. 151-24, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

9. Le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz souligne le caractère dispersé de l'habitat, organisé autour de plusieurs quartiers, dont celui d'Arrauntz, à l'extension très importante, " sur près de 4 km sur un axe nord-est sud-ouest avec une urbanisation de maisons individuelles parfois implantées en ordre linéaire, parfois dispersée ". Il fixe notamment comme objectif de " bien localiser le développement ", afin d'éviter la banalisation du territoire en s'appuyant sur les ancrages urbains existants, dont le quartier Arruntza " dans lequel il faut créer un réel centre de vie privilégiant la mixité : habitat, commerces, services ". Ce document souligne, au titre des objectifs de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain, que le développement urbain doit être principalement axé sur des espaces en cohérence avec le tissu urbanisé, sur la partie agglomérée du village bourg et sur les quartiers identitaires. Ces orientations se traduisent, d'après le rapport de présentation du plan local d'urbanisme, par une armature urbaine formée de trois centralités, le bourg et Hiribehere, Arrauntz et Heraurits, qui concentrent 85% de la capacité de densification, et des quartiers, et par une disponibilité foncière essentiellement en comblement des enveloppes urbaines. Ces dernières sont définies, dans ce document, comme devant présenter une certaine compacité, caractérisée par un nombre significatif de constructions sur une surface donnée, le rapport de présentation excluant expressément la qualification d'enveloppe urbaine pour " une dizaine de constructions éloignée d'une enveloppe urbaine avérée (centralité, bourg), ou positionnées en linéaire le long d'une voie. ". Or le terrain d'assiette du projet, qui, certes supporte une maison individuelle, et jouxte des parcelles construites à l'est et à l'ouest, relève d'un secteur dans lequel les constructions, diffuses, sont implantées linéairement le long de la route d'Arrauntz, à distance de la centralité d'Arrauntz et ne peut donc être considéré comme intégré à une enveloppe urbaine. Les parcelles concernées se situent par ailleurs dans un secteur à dominante naturelle, caractérisé par la présence d'un périmètre de zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique et d'une emprise d'une zone Natura 2000 à proximité. Dès lors, eu égard au parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme, la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du 22 février 2020, en tant que le plan local d'urbanisme qu'elle approuve classe en zone N les parcelles du terrain d'assiette du projet, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, la société Syntonie n'est pas fondée à en exciper l'illégalité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Syntonie doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Syntonie doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ustaritz et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Syntonie est rejetée.

Article 2 : La société Syntonie versera à la commune d'Ustaritz une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Syntonie et à la commune d'Ustaritz.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023

La rapporteure,

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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