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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100953

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100953

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBARNABA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I°) Par une requête, enregistrée sous le n° 2100953 le 13 avril 2021, et des mémoires, enregistrés le 2 mai 2021, le 7 février 2022 et le 7 avril 2022, Mme A, épouse C, représentée par Me Maxime Barnaba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques lui a retiré son agrément d'assistante familiale, ensemble la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de lui réattribuer un agrément d'assistante familiale, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à venir et ce, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques une somme de 2 400 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 18 décembre 2020 a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 juillet 2021 et le 31 mars 2022, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 1er mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2022 à 12 heures.

II°) Par une requête, enregistrée sous le n° 2101127 le 4 mai 2021, et un mémoire enregistré le 7 février 2022, Mme A, épouse C, représentée par Me Maxime Barnaba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a procédé à son licenciement, ensemble la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de procéder à sa réintégration définitive, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à venir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 30 décembre 2020 a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 18 décembre 2020 portant retrait de son agrément, qui n'avait pas un caractère définitif, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de la décision du 18 décembre 2020 emporte celle de la décision du 30 décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, le département des Pyrénées-Atlantiques conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 1er mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duchesne,

- les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique,

- et les observations de Me Barnaba, représentant Mme A, épouse C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, épouse C, était titulaire d'un agrément d'assistante familiale depuis 2006. Par une décision du 18 décembre 2020, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a procédé au retrait de cet agrément et, par une décision du 30 décembre 2020, cette même autorité a prononcé le licenciement de l'intéressée. Par lettres du 26 janvier 2021 et du 26 février 2021, cette dernière a formé des recours gracieux contre chacune de ces décisions. Mme A, épouse C, demande l'annulation des décisions du 18 décembre et du 30 décembre 2020, ensemble les décisions par lesquelles le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a implicitement rejeté ces recours gracieux.

2. Les requêtes n° 2100953 et n° 2101127, présentées par Mme A, épouse C, concernent la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 18 décembre 2020 prononçant un retrait d'agrément :

3. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. () ".

4. Il résulte des dispositions des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles, qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions et de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, notamment de suspicions d'agression sexuelle, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

5. Pour retirer l'agrément dont bénéficiait Mme A, épouse C, en qualité d'assistante familiale, le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques s'est fondé sur le fait que plusieurs instructions judiciaires ont été diligentées à son encontre dans le cadre de l'exercice de sa profession d'assistante familiale en 2013 et 2018, et qu'une enquête pénale est en cours en raison d'une suspicion de maltraitance sexuelle sur un mineur qui lui est confié et que dans ces conditions, elle ne garantissait plus la santé, la sécurité, le développement physique, intellectuel et affectif d'un jeune susceptible de lui être confié, selon la règlementation définie par le code de l'action sociale et des familles.

6. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le département des Pyrénées-Atlantiques disposait alors d'éléments ayant un caractère suffisant de vraisemblance pour regarder Mme A, épouse C, comme ne présentant plus les garanties requises pour l'accueil de mineurs. En effet, d'une part, selon l'information préoccupante (IP) adressée par le pédiatre du centre hospitalier de Pau au Procureur de la République, l'état de l'enfant confié, qui présentait des lésions de la marge anale, a été signalé au médecin par Mme A, épouse C, elle-même. Cette dernière lui a rapporté qu'à la suite d'une visite semi médiatisée organisée avec la mère de l'enfant, en décembre 2019, il se serait ensuite plaint de douleurs, précisant que sa mère avait nettoyé cette zone avec des lingettes. Il ressort, en outre, de cette IP que depuis cette rencontre avec sa mère, l'enfant refuse tout examen de cette partie de son corps, le médecin du centre hospitalier ayant conclu, sur la base des seules photographies prises par Mme A, épouse C, que les lésions sont " fortement évocatrices de condylomes de la marge anale " pouvant orienter le diagnostic vers une transmission sexuelle. D'autre part, alors que le jeune garçon était accueilli au domicile de Mme A, épouse C, depuis 2011, il a déclaré lors de son audition, que la seule personne qu'il souhaitait voir était Mme A, épouse C, qu'il surnomme " Bibu ". Par ailleurs, sans que les services du département n'aient été alertés de difficultés particulières dans la prise en charge de cet enfant, ceux-ci invoquent plusieurs instructions judiciaires diligentées à l'encontre de la requérante " dans le cadre de sa profession, en 2013 et 2018 " mais il ressort cependant des pièces du dossier, que les faits ou les circonstances de la procédure ouverte en 2013 n'ont pu être clairement établis par l'enquête, conduisant le parquet à classer l'affaire sans suite. S'agissant de l'instruction judiciaire ouverte en 2018, il ressort de l'avis de fin d'information produit par la requérante qu'elle n'était que témoin assistée et qu'aucune poursuite pénale n'a été engagée à son encontre, l'affaire ayant également été classée. Enfin, si le signalement effectué en 2020 par le centre hospitalier a conduit le procureur de la République à mettre en cause Mme A, épouse C, elle a été auditionnée par la gendarmerie le 8 juillet 2020 en qualité de témoin et, postérieurement à la décision attaquée, l'affaire a été classée sans suite au motif qu'aucune infraction n'était caractérisée. Le département ne produit quant à lui aucun élément, qui aurait été en sa possession, susceptible d'établir un lien entre les faits ayant conduit au signalement de Mme A, épouse C de nature à lui permettre d'estimer, à la date des décisions en litige, que cette dernière ne présentait plus les garanties requises pour l'accueil de mineurs. Dès lors, Mme A, épouse C, est fondée à soutenir que le président du conseil départemental a entaché la décision par laquelle il a procédé au retrait de son agrément d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 18 décembre 2020, procédant au retrait de l'agrément accordé à Mme A, épouse C, en qualité d'assistante familiale, et la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cette décision, doivent être annulées.

En ce qui concerne la légalité de la décision de licenciement du 30 décembre 2020 :

8. Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles, qui est applicable aux assistants familiaux employés tant par des personnes morales de droit privé que, en vertu de l'article L. 422-1, par des personnes morales de droit public : " () En cas de retrait d'agrément, l'employeur est tenu de procéder au licenciement par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () ".

9. La décision du 30 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a procédé au licenciement de Mme A, épouse C, est fondée sur la décision du 18 décembre 2020 portant retrait de l'agrément dont elle bénéficiait en qualité d'assistante familiale. L'annulation de la décision du 18 décembre 2020 entraîne, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du 30 décembre 2020.

10. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 30 décembre 2020 procédant au licenciement de Mme A, épouse C, et la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cette décision, doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. D'une part, l'annulation de la décision du 18 décembre 2020, par laquelle le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques a retiré l'agrément d'assistante familiale de Mme A, épouse C, eu égard au motif qui la fonde, a pour conséquence que cette décision est réputée n'être jamais intervenue, et que l'intéressée se retrouve titulaire de l'agrément d'assistante familiale qui lui avait été renouvelé le 23 juin 2011. Elle n'implique donc, par elle-même, aucune mesure d'exécution.

12. D'autre part, l'annulation de la décision de licenciement de Mme A, épouse C, prise le 30 décembre 2020 par le président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, implique nécessairement, compte tenu du motif d'annulation retenu, que l'intéressée soit réintégrée dans les effectifs du département des Pyrénées-Atlantiques. S'il résulte de l'instruction qu'elle a, en exécution de l'ordonnance du juge des référés du 28 mai 2021, réintégré provisoirement les effectifs des assistantes familiales et s'est vue de nouveau confier l'accueil de l'enfant à l'origine de l'information préoccupante du 2 juillet 2020, il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de réintégrer définitivement l'intéressée, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département des Pyrénées-Atlantiques la somme de 800 euros à verser à Mme A, épouse C, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques du 18 décembre 2020 et du 30 décembre 2020 ainsi que les décisions par lesquelles cette même autorité a implicitement rejeté les recours gracieux formés par Mme A, épouse C, contre ces décisions sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques de procéder à la réintégration définitive de Mme A, épouse C, dans les effectifs du département des Pyrénées-Atlantiques, dans un délai d'un mois suivant la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Le département des Pyrénées-Atlantiques versera la somme de 800 euros (huit cents euros) à Mme A, épouse C, sur le fondement l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, épouse C, et au département des Pyrénées-Atlantiques.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023 .

La rapporteure,

Signé : M. DUCHESNE

La présidente,

Signé : S. PERDULa greffière,

Signé : M. B

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

Nos 2100953

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