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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2100967

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2100967

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2100967
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSCP TUCOO-CHALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2021, et un mémoire enregistré le 26 mars 2024, M. B A et Mme C D, représentés par Me Tucoo-Chala, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision née du silence gardé par le maire de la commune de Sévignacq sur leur demande préalable en date du 17 décembre 2020 tendant à obtenir un arrêté d'alignement conforme au jugement du tribunal administratif de Pau du 21 juin 2018 n°1600049 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Sévignacq de prendre un arrêté d'alignement conforme au jugement n°1600049 dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) à défaut d'injonction, d'ordonner une expertise à l'effet de dresser un procès-verbal de bornage pour fixer la limite séparative entre leur parcelle cadastrée C 237, et la voie communale n° 84 dite Jacoupet, située sur la commune de Sévignacq ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Sévignacq la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la bande de terrain litigieuse fait partie de leur propriété et ils l'entretiennent de manière exclusive, de même qu'un chêne situé sur la voie communale qui n'a jamais été entretenu par la commune, laquelle ne peut pas invoquer avoir entretenu cette bande de terrain, ce qui aurait abouti à son acquisition prescriptive ;

- la commune n'a jamais engagé d'action mobilière pétitoire en application de l'article R. 211-4-5° du code de l'organisation judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, la commune de Sévignacq, représentée par Me Bernal, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de M. A et Mme D la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les hypothèses dans lesquelles le juge administratif peut prononcer des injonctions à l'administration ne sont pas applicables en l'espèce ;

- elle a acquis la propriété de la bande de terrain litigieuse par le jeu de la prescription acquisitive ; les requérants n'ont d'ailleurs eux-mêmes jamais engagé d'action en application des dispositions de l'article R.211-4-5° du code de l'organisation judiciaire ;

- la détermination de la propriété de la bande de terrain litigieuse ne relève pas de la compétence du tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Madelaigue,

- les conclusions de Mme Portès, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bernal représentant la commune de Sévignacq.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme D sont propriétaires d'une parcelle cadastrée section C n° 237, située chemin de Jacoupet, sur le territoire de la commune de Sévignacq (Pyrénées-Atlantiques). Cette parcelle est située en bordure du chemin rural n° 84. Par arrêté du 1er août 2015 portant alignement individuel, le maire de Sévignacq a défini l'alignement de la voie communale au droit de la parcelle précitée. Le tribunal administratif de Pau a annulé cet arrêté par un jugement n°1600049 du 21 juin 2018. Le 17 décembre 2020, M. A et Mme D ont demandé au maire de prendre un arrêté d'alignement en considération de ce jugement. Par la présente requête, M. A et Mme D sollicitent l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Sévignacq sur leur demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière dans sa rédaction applicable au présent litige : " L'alignement est la détermination par l'autorité administrative de la limite du domaine public routier au droit des propriétés riveraines. Il est fixé soit par un plan d'alignement, soit par un alignement individuel. () L'alignement individuel est délivré au propriétaire conformément au plan d'alignement s'il en existe un. En l'absence d'un tel plan, il constate la limite de la voie publique au droit de la propriété riveraine. ". L'article L. 112-4 du même code ajoute que " l'alignement individuel ne peut être refusé au propriétaire qui en fait la demande ".

3. Il résulte de ces dispositions que le maire doit délivrer un arrêté d'alignement individuel à tout riverain de la voie publique communale qui en fait la demande. Ainsi, en refusant aux requérants le bénéfice d'un arrêté d'alignement individuel, le maire de la commune de Sévignacq a commis une erreur de droit de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. Par suite, M. A et Mme D sont fondés à demander son annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. M. A et Mme D demandent au tribunal d'enjoindre au maire de la commune de Sévignacq de leur délivrer un arrêté d'alignement " conforme au jugement du 21 juin 2018 par lequel le tribunal administratif de Pau a jugé que la bande de terrain comprise entre leur mur de clôture et la voie communale du chemin de Jacoupet, ne relevait pas du domaine public routier communal ". Ce jugement a annulé le précédent arrêté d'alignement du 1er août 2015 au motif qu'il intégrait une bande de terre qui ne pouvait être regardée comme affectée aux besoins de la circulation terrestre et qui, par conséquent, ne relevait pas du domaine public routier communal, en méconnaissance de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière. Toutefois, ce jugement n'implique pas que la bande de terrain litigieuse fasse partie de la propriété des requérants, d'ailleurs contestée par la commune qui en revendique la propriété par prescription acquisitive. Il résulte en effet des dispositions de l'article L. 112-1 du code de la voirie routière que l'alignement individuel est un acte purement déclaratif qui, en l'absence d'un plan d'alignement, constate les limites réelles de la voie publique sans effet sur les droits des propriétaires riverains. Il n'a donc ni pour objet ni pour effet de régler les problèmes de délimitation des propriétés, lesquelles ne relèvent pas de la juridiction administrative. Afin de permettre au maire de prendre un nouvel arrêté d'alignement, il appartient au préalable aux requérants s'ils s'y croient fondés, à saisir le juge judiciaire pour déterminer la propriété de la bande de terrain comprise entre leur mur de clôture et la voie communale du chemin de Jacoupet. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'expertise afin de dresser un procès-verbal de bornage pour fixer la limite séparative entre la parcelle des requérants et la voie communale :

5. Les requérants sollicitent une expertise afin de dresser un procès-verbal de bornage pour fixer la limite de leur parcelle et de la voie communale. Cependant, l'action de bornage n'est possible qu'entre plusieurs parcelles privées, la délimitation du domaine public de la voirie au droit des propriétés ne pouvant être établie que par le biais de la procédure de l'alignement.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A et Mme D, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Sévignacq demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Sévignacq la somme de 1 500 euros en application des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : la décision implicite de rejet opposée par le maire de la commune de Sévignacq à la demande de M. A et Mme D tendant à obtenir un arrêté d'alignement est annulée.

Article 2 : La commune de Sévignacq versera à M. A et à Mme D une somme de 1 500 € (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B A et Mme C D et à la commune de Sévignacq.

Délibéré à l'issue de l'audience du 2 octobre 2024 où siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Rousseau, premier conseiller,

Mme Foulon, conseillère.

Lu en audience publique, le 23 octobre 2024.

La présidente rapporteure,

F. MADELAIGUELe magistrat assesseur,

S. ROUSSEAU

La greffière,

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Le greffier,

N°2100967

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