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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101011

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101011

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 avril 2021 et le 14 décembre 2021, Mme B E et M. D A, représentés par Me Noray-Espeig, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2021 par lequel le maire de la commune de Pujaudran a refusé de leur délivrer un permis de construire pour réaliser des travaux d'extension de leur maison d'habitation située sur un terrain cadastré section AD n° 188, sis n° 99 du chemin du Midi ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Pujaudran de leur délivrer le permis de construire sollicité, dans un délais d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge de la commune une somme de 4 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'il n'est pas justifié de la notification des précédents arrêtés de refus des 27 mai et 1er décembre 2020 et ainsi de leur caractère définitif, de sorte que l'arrêté attaqué ne présente pas un caractère confirmatif ; en l'absence de preuve de la notification de l'arrêté du 1er décembre 2020, celui-ci vient retirer illégalement un permis de construire acquis tacitement et, en tout état de cause, les deux dernières demandes ne sont pas identiques ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le maire a fait une inexacte application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que les dispositions de l'article B2-1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable posent des exigences qui ne sont pas moindres, et dans la mesure où le secteur, dans lequel est situé le projet, ne présente aucune unité ou intérêt particulier, caractérisé par un habitat pavillonnaire récent ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone U2 dès lors que le projet se situe dans un habitat pavillonnaire récent qui ne présente aucune spécificité ou harmonie architecturale particulière ;

- le motif tiré de la disproportion et de la cohérence des volumes à créer est manifestement infondé, dès lors que le projet est conforme aux règles de hauteur prévues par le plan local d'urbanisme, et qu'il est harmonieux ;

- le motif tiré de ce que le projet porte atteinte aux propriétés voisines est illégal ;

- le motif de substitution, tiré de ce que le projet méconnaît le permis d'aménager, ne peut être retenu dès lors que l'approbation du règlement du lotissement n'est pas établie et, qu'en tout état de cause, la règle d'implantation s'applique aux limitations externes du lotissement et ne s'applique pas entre les lots ;

- le motif de substitution tiré de la fraude est également infondé dès lors que l'espace vide surplombant la chambre à créer, sera occupé par la charpente constituée de fermettes industrielles, et n'en sera séparé que par un faux plafond, de sorte qu'il ne présente pas un plancher susceptible de supporter une occupation.

Par des mémoires en défense et des pièces demandées, enregistrés le 22 novembre 2021, le 2 décembre 2021 et le 25 février 2022, la commune de Pujaudran, représentée par Me Bouyssou, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond, et demande en tout état de cause que soit mise à la charge des requérants une somme de 4 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la décision attaquée est confirmative d'un précédent refus de permis opposé le 1er décembre 2020, pour un projet identique, intervenue dans le délai d'instruction, de sorte qu'aucun permis tacite n'était acquis et n'a été retiré ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé ;

- en cas de besoin, il est demandé que soit substitué aux motifs contestés le motif tiré de la méconnaissance des dispositions relatives aux limites d'implantation du règlement du lotissement autorisé par un permis d'aménager délivré le 23 décembre 2014, lesquelles, en vertu de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme, demeurent dans l'ordonnancement juridique durant une période de 10 ans ;

- elle est également fondée à demander une autre substitution de motif, en opposant à la demande dernièrement présentée son caractère frauduleux, dès lors que l'extension a pour effet d'augmenter la surface de plancher totale créée à 169,78 m², ce qui nécessite le recours à un architecte.

Par ordonnance du 1er mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duchesne,

- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir essuyé trois refus à des demandes de permis de construire en vue d'une extension de leur résidence principale, et après s'être rapproché des services municipaux, Mme E et M. A ont déposé, le 2 février 2021, une quatrième demande de permis de construire, comprenant la réalisation d'un garage et une extension de leur maison d'habitation, pour une surface plancher créée de 29,76 m2, située sur un terrain cadastré section AD n° 188, situé 99 chemin du Midi à Pujaudran. Par un arrêté du 26 février 2021, dont ils demandent l'annulation, le maire de la commune de Pujaudran a refusé de leur délivrer le permis de construire sollicité.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif, dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

3. La commune de Pujaudran oppose une fin de non-recevoir tirée du caractère confirmatif de l'arrêté attaqué dès lors que la demande présentée est identique à celle formée en octobre 2020 ayant déjà fait l'objet d'un précédent arrêté de refus de permis de construire, en date du 1er décembre 2020, notifié aux pétitionnaires le 4 décembre 2020. Si les requérants contestent le caractère définitif de cet arrêté, il ressort toutefois de l'accusé réception de cet arrêté, daté du 4 décembre 2020 produit en défense, qu'il est assorti de la même signature que celle figurant sur les formulaires Cerfa de demande de permis de construire. En outre, s'ils estiment que l'accusé de réception du courrier adressé en recommandé comportant cet arrêté, produit en défense, n'est pas lisible, il ressort par ailleurs des mentions portées sur la version produite en défense de l'arrêté attaqué, qu'il a été notifié au demandeur le 3 décembre 2020, cette précision n'est d'ailleurs pas contradictoire avec une distribution du pli le 4 décembre 2020, date qui se distingue sur l'accusé réception. Dès lors que l'arrêté du 1er décembre 2020 a dûment été notifié, aucun permis tacite n'était acquis et n'a pu être postérieurement retiré. En outre, il n'est pas contesté que les intéressés n'ont pas formé de recours contre cet arrêté de refus, qui est ainsi devenu définitif.

4. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les pétitionnaires ont sollicité à quatre reprises un permis de construire portant, à chaque fois, sur la création d'un garage et une extension de leur maison d'habitation, ensemble implanté en limite parcellaire au nord du terrain. Si la dernière demande de permis de construire, en date du 2 février 2021, prévoit un garage d'une hauteur de 3,46 mètres, sans ouverture en façades, et une extension d'une hauteur de 6,92 mètres, alors que la précédente demande, déposée en octobre 2020, porte sur un garage d'une hauteur de 2,96 mètres, avec des ouvertures en façade, et une extension de la maison, d'une surface de plancher créée de 29,76 m², d'une hauteur de 6,12 mètres, aux façades couvertes d'un enduit gratté de couleur grège, et une toiture en pente, ces différences, compte tenu de leur nature et de leur faible étendue, ne sont pas substantielles et ne répondent pas au motif de refus précédemment opposé, tiré notamment d'une volumétrie disproportionnée du projet. Ainsi, les caractéristiques essentielles du projet, objet du refus ici contesté, sa destination et son implantation sur le terrain, doivent être considérées comme identiques au précédent. En outre, il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'une modification dans les règles d'urbanisme applicables au projet en litige serait intervenue entre ces deux arrêtés, et il ne ressort pas davantage de ces pièces, et n'est d'ailleurs pas allégué, que les circonstances de droit et de fait au vu desquelles le maire de Pujaudran a pris l'arrêté attaqué, auraient différé de celles existant à la date de l'arrêté du 1er décembre 2020.

5. Dès lors, l'arrêté attaqué du 26 février 2021 a le caractère d'une décision purement confirmative de l'arrêté du 1er décembre 2020. Il résulte de ce qui précède que la commune de Pujaudran est fondée à soutenir que les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre l'arrêté du 26 février 2021 sont irrecevables.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E et M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 février 2021, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme E et M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Pujaudran, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser la somme que demande Mme E et M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme E et M. A la somme que demande la commune de Pujaudran au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pujaudran sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. D A et à la commune de Pujaudran.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Perdu, présidente,

Mme Duchesne, conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023 .

La rapporteure,

Signé : M. DUCHESNE

La présidente,

Signé : S. PERDU La greffière,

Signé : M. C

La République mande et ordonne au préfet du Gers en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière

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