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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101060

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101060

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantSCP BOUYSSOU ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2021, des pièces complémentaires, enregistrées le 4 juin 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 18 janvier 2022, Mme D R, M. G A, Mme S K B, M. L H, M. M P, Mme J P, M. F N, M. E C et Mme O C, représentés par Me Suissa, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le maire de Serres-Castet a délivré à M. Q I le permis de construire qu'il avait sollicité pour l'aménagement d'une aire de jeux avec construction d'un bâtiment comprenant un accueil, un snacking et des sanitaires ;

2°) de mettre à la charge solidaire de M. I et de la commune de Serres-Castet, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme 2 500 euros à verser respectivement à M. A et Mme K B, à M. H, à M. et Mme P, à M. N, à Mme R et à M. et Mme C.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir contre le projet en litige en leur qualité de voisins immédiats et compte tenu des nuisances créées par celui-ci ;

- le dossier de demande aurait dû comporter une étude environnementale en application de l'article R. 122-2 du code de l'environnement ;

- les mentions du dossier de demande relatives à l'aire de stationnement sont insuffisantes ;

- le dossier de demande ne comporte pas d'indications concernant les dimensions des attractions prévues, lesquelles doivent être regardées comme des constructions ;

- le dossier de demande est imprécis concernant les arbres conservés ;

- le dossier de demande est incomplet au regard des exigences fixées par le code de la construction et de l'habitation concernant les établissements recevant du public ;

- le permis de construire aurait dû porter non seulement sur le bâtiment d'accueil mais également sur l'ensemble des attractions prévues ;

- les parcs d'attractions ouverts au public sont interdits en zone UY du plan local d'urbanisme ;

- le parc de stationnement prévu par le projet méconnaît l'article 4 du règlement de la zone UY du plan local d'urbanisme ;

- la nature du projet, sa conception et les couleurs prévues portent atteinte au caractère des lieux avoisinants, en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en raison des nuisances sonores et du stationnement qu'il génèrera ;

- le permis de construire attaqué a été obtenu par fraude.

Par deux mémoires, enregistrés les 17 novembre 2021 et 19 septembre 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 21 juin 2024, la commune de Serres-Castet, représentée par la SCP Bouyssou et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants, dont certains ne peuvent se prévaloir de la qualité de voisins immédiats du projet, ne justifient pas d'un intérêt pour agir contre celui-ci ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 16 septembre 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 23 juin 2024, M. I, représenté par Me Garcia, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir dans le corps de leur requête, en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les requérants n'ont pas d'intérêt à agir contre le permis de construire en litige ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera ;

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Abadie de Maupéou, représentant la commune de Serres-Castet, et de Me Garcia, représentant M. I.

Considérant ce qui suit :

1. M. I a déposé, le 23 novembre 2020, une demande de permis de construire pour l'aménagement d'une aire de jeux en plein air comprenant la construction d'un bâtiment à destination d'accueil, restauration et sanitaires à Serres-Castet (Pyrénées-Atlantiques). Mme R et d'autres requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 25 février 2021 par lequel le maire lui a accordé ce permis.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-18 du code de l'urbanisme : " Les travaux, installations et aménagements autres que ceux exécutés sur des constructions existantes sont dispensés de toute formalité au titre du code de l'urbanisme à l'exception : / a) De ceux, mentionnés aux articles R. 421-19 à R. 421-22, qui sont soumis à permis d'aménager ; / b) De ceux, mentionnés aux articles R. 421-23 à R. 421-25, qui doivent faire l'objet d'une déclaration préalable ". Aux termes de l'article R. 421-19 du même code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : () h) L'aménagement d'un parc d'attractions ou d'une aire de jeux et de sports d'une superficie supérieure à deux hectares () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste à réaliser, sur un terrain d'assiette d'une superficie de 10 099 m², une aire de jeux en plein air pour enfants avec un bâtiment à destination d'accueil, de restauration et de sanitaires. Il ressort des dispositions combinées, citées au point précédent, des articles R. 421-18 et R. 421-19 du code de l'urbanisme que l'ensemble, d'une superficie inférieure à deux hectares, n'était soumis à aucune formalité particulière. Seule la construction du bâtiment d'accueil nécessitait l'obtention d'un permis de construire. Si le bâtiment destiné à abriter des chèvres est de nature à créer de l'emprise au sol, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait clos, créant ainsi de la surface de plancher au sens des articles L. 111-14 et R. 111-22 du code de l'urbanisme, et serait ainsi soumis à formalité en vertu de l'article R. 421-9 du même code.

4. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le projet en litige, qui comprend des jeux tels qu'une pêche aux canards, des trampolines, des mini bateaux, une plateforme aquatique, un carrousel, un toboggan aquatique, un " parc à biquettes ", une chenille, des jeux gonflables, des karts à pédales, et un mini train, constituerait un " parc à thèmes " au sens de la rubrique 44 de l'annexe à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. La seule circonstance que la charte graphique du projet en litige repose sur le thème de la jungle n'est pas suffisante à cet égard. Dans ces conditions, le projet en litige n'était pas soumis à évaluation environnementale.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées () ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. D'une part, il ressort de la notice du dossier de demande que les plantations existantes seront conservées. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas du plan de masse que le projet impliquerait nécessairement l'abattage d'arbres existants, le terrain d'assiette du projet n'étant pas entièrement boisé.

8. D'autre part, les jeux prévus par le projet sur son terrain d'assiette ne sauraient être regardés comme des constructions pour l'application de de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme. Au demeurant, leurs largeurs et longueurs sont indiquées sur le plan de masse. Concernant le bâtiment destiné à abriter des chèvres, son emplacement, sa longueur et sa largeur sont également indiqués sur le plan de masse. Ces indications étaient suffisantes, quand bien même la hauteur de ce bâtiment, prévu en lieu et place d'un hangar existant, n'était pas indiquée.

9. Enfin, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les dimensions des places de stationnement prévues par le projet ne respecteraient pas des normes NF, lesquelles ne sont pas au nombre des dispositions législatives et réglementaires visées à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme, dont l'autorité administrative est en charge d'assurer le respect lorsqu'elle est saisie d'une demande de permis de construire. Le dossier de demande comportait le plan de situation de l'aire de stationnement exigé par le a) de l'article R. 431-26 du code de l'urbanisme ainsi, en tout état de cause, que le nombre et l'emplacement des places de stationnement destinées aux personnes à mobilité réduite.

10. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le dossier de demande aurait été incomplet au regard des exigences des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur un établissement recevant du public, la demande est accompagnée des dossiers suivants, fournis en trois exemplaires : / a) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées, comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation ; / b) Un dossier permettant de vérifier la conformité du projet avec les règles de sécurité, comprenant les pièces mentionnées à l'article R. 123-22 du même code ".

12. Le dossier de demande comportait une notice d'accessibilité aux personnes à mobilité réduite, qui décrit les cheminements extérieurs, lesquels sont matérialisés sur le plan de masse, sur le plan de coupe et sur la représentation graphique du projet. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'avis rendu par la sous-commission départementale pour l'accessibilité des personnes handicapées, que le projet en litige constitue un établissement recevant du public de 5e catégorie pour lequel aucune autorisation particulière n'est requise. Dès lors, le moyen tiré de ce que le dossier de demande était incomplet au regard des exigences applicables aux établissements recevant du public doit être écarté.

13. En cinquième lieu, il ressort de l'article 1er du règlement de la zone UY du plan local d'urbanisme que " les parcs d'attractions ouverts au public, les golfs et les terrains aménagés pour la pratique de sport ou loisirs motorisés " sont interdits dans cette zone.

14. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, le projet en litige consiste en l'aménagement d'une aire de jeux en plein air pour enfants et ne saurait être qualifié ni de " parc d'attraction " ni de " terrain aménagé pour la pratique de loisirs motorisés " quand bien même certains de ces jeux pour enfants sont équipés de moteurs. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 1er du règlement de la zone UY ne peut donc qu'être écarté.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement de la zone UY du plan local d'urbanisme : " le stationnement des véhicules des occupants et usagers des nouvelles constructions doit être assuré () sur le terrain propre de l'opération et correspondre aux besoins nouveaux de la construction () ". Toutefois, aux termes de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat ".

16. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le parc de stationnement du projet en litige est prévu sur une parcelle qui n'appartient pas au terrain d'assiette de ce projet, dans le cadre d'un bail conclu avec le propriétaire de cette parcelle. Compte tenu des dispositions de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme, il appartenait à l'autorité administrative, lors de l'instruction de la demande de permis de construire déposée par M. I, de ne pas appliquer les dispositions de l'article 4 du règlement de la zone UY du plan local d'urbanisme en tant qu'elles imposent de prévoir le stationnement sur le terrain d'assiette de l'opération. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

17. D'autre part, ainsi qu'il a été dit, le permis de construire attaqué ne porte que sur le bâtiment à destination d'accueil, de restauration et de sanitaires, d'une surface de 100 m². En vertu du tableau figurant à l'article 4 du règlement de la zone UY, le projet en litige, qui prévoit 31 places de stationnement, n'en nécessitait que 10. Dès lors, le moyen tiré de ce que le projet ne comporterait pas un nombre de places de stationnement correspondant aux besoins nouveaux de la construction ne peut qu'être écarté.

18. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

19. Ainsi qu'il a été dit, le permis de construire attaqué ne porte que sur le bâtiment à destination d'accueil, de restauration et de sanitaires prévu par le projet. La circonstance que les jeux en plein air sont de nature à créer des nuisances sonores pour le voisinage est donc sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. En outre, alors que le projet prévoit la réalisation de 31 places de stationnement et qu'il est desservi par les transports en commun, il ne ressort pas des pièces du dossier que le stationnement de la clientèle serait de nature à créer un danger pour les usagers des voies. Dans ces conditions, en délivrant le permis de construire attaqué, le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

20. En huitième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

21. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est prévu dans une zone urbaine d'activités comportant des hangars commerciaux, ainsi que quelques maisons d'habitation, dont celles des requérants. Il s'inscrit donc dans un secteur qui ne présente pas de caractère particulier. Compte tenu du caractère boisé du terrain d'assiette, le projet sera peu visible de l'extérieur. Dès lors, en accordant le permis de construire attaqué, le maire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

22. En dernier lieu, compte tenu de tout ce qui a été dit précédemment, concernant les arbres existants sur le terrain d'assiette, le bâtiment destiné à abriter des chèvres, et les jeux en plein air prévu par le projet, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le pétitionnaire aurait procéder à des manœuvres destinées à tromper l'administration sur la réalité du projet en litige dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.

23. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme R et les autres requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. I et de la commune de Serres-Castet, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des requérants une somme de 750 euros à la commune de Serres-Castet et une somme de 750 euros à M. I en application des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme R et autres est rejetée.

Article 2 : Mme R et les autres requérants verseront une somme globale de 750 euros à la commune de Serres-Castet et une somme globale de 750 euros à M. I.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D R (représentante unique), à la commune de Serres-Castet et à M. Q I.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Roussel Cera, premier conseiller,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

F. MADELAIGUE La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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