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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101132

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101132

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantPOTHIN-CORNU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mai 2021 et le 14 janvier 2022, Madame A B, représentée par Me Tandonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle le maire de la commune de Larressingle a refusé de délivrer la permission de voirie sollicitée pour l'installation d'un compteur d'eau sur la voie publique ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Larressingle, à titre principal, de délivrer la permission de voirie demandée, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de permission de voirie dans un délai de huit jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Larressingle la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors que le courrier que lui a adressé le maire de Larressingle du 8 février 2021 constitue une décision faisant grief ;

- la décision litigieuse repose sur une appréciation erronée des faits, tirée de ce qu'elle aurait enfoui le long de la voie communale un tuyau d'alimentation en eau, alors que ce tuyau a été enfoui dans son jardin ; le cheminement du tuyau est conforme aux prescriptions du syndicat des eaux Armagnac Ténarèze.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 1er août 2021 et le 13 avril 2022, la commune de Larressingle, représentée par Me Pothin-Cornu, conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité, à titre subsidiaire au fond, et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la lettre du 8 février 2021 adressée à la requérante n'est pas une décision faisant grief dans la mesure où elle ne porte pas refus de délivrer une permission de voirie ;

- la lettre du 8 février 2021 adressée au syndicat des eaux Armagnac Ténarèze et portant refus de permission de voirie n'est qu'une décision confirmative de la lettre du 8 février 2021 adressée à la requérante ;

- la requête ne comporte aucun moyen et ne vise aucun texte, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tandonnet représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est propriétaire, sur le territoire de la commune de Larressingle, de deux maisons d'habitation, l'une à usage de résidence secondaire et la deuxième, dotée d'une piscine, à usage de location saisonnière. Le branchement au réseau d'eau potable assurant l'approvisionnement de ces propriétés étant situé sur le terrain d'une troisième maison vendue par la requérante en décembre 2020, Mme B a sollicité du syndicat Armagnac Ténarèze l'installation sur la voie publique d'un nouveau compteur d'eau destiné à l'alimentation de ses deux propriétés restantes. A cette fin, une demande de permission de voirie a été déposée le 4 février 2021 par ledit syndicat. Par un premier courrier du 8 février 2021, le maire de Larressingle a indiqué à Mme B qu'elle avait irrégulièrement réalisé des travaux d'enfouissement d'un tuyau d'alimentation d'eau sur la voirie communale et lui a demandé de retirer ce tuyau. Par un second courrier du même jour adressé au syndicat, le maire de Larressingle a opposé un refus à la demande de raccordement effectué pour le compte de Mme B. Par un courrier du 11 mars 2021, le maire qui a indiqué vouloir préciser son premier courrier, a précisé à Mme B que son refus était motivé par l'enfouissement récent, sans autorisation préalable, d'un tuyau d'alimentation en eau dans la rue du Barry, et a confirmé son refus, tout en indiquant à l'intéressée que l'autorisation sollicitée pourrait être délivrée lorsque le tuyau d'alimentation en eau aurait été déplacé de la voie publique et lorsque la rue du Barry aurait été remise en état.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, la commune de Larressingle fait valoir que la lettre du 8 février 2021 adressée à la requérante ne fait pas grief dans la mesure où elle ne porte pas refus de délivrer la permission de voirie et ajoute que la lettre du même jour adressée au syndicat des eaux, reconnaissant qu'elle refuse la permission de voirie, n'est qu'une décision confirmative de la lettre adressée à la requérante, et ne fait pas grief. Il ressort toutefois des écritures de la requérante qu'elle demande " [d']annuler la décision en date du 8 février 2021 par laquelle Monsieur le maire de la commune de Larressingle a refusé de délivrer la permission de voirie sollicitée en vue de procéder à l'installation d'un compteur d'eau sur la voie publique ", précisant " pièces 1 et 2 ", pièces qui ont été jointes et qui correspondent aux deux courriers du 8 février 2021. En outre, contrairement à ce qui est soutenu, un refus de permission de voirie est un acte faisant grief susceptible de recours par son bénéficiaire, alors même que la demande a été formulée pour son compte par le maître d'œuvre. En faisant valoir au demeurant que ce courrier est confirmatif de celui qu'elle a adressé le même jour à la requérante, la commune admet que le premier acte fait grief. Ainsi, en tant que la requérante demande l'annulation du courrier du 8 février 2021 qui lui a été adressé, cette décision révèle implicitement le refus de permission de voirie qui a d'ailleurs été opposé par courrier du même jour à la demande du syndicat Armagnac Ténarèze, maître d'œuvre agissant pour le compte de la requérante en sa qualité de maître d'ouvrage. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de décision lui faisant grief doit être écartée.

3. En second lieu, la requérante soulève un moyen tiré de ce que la décision du maire est entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière : " En dehors des cas prévus aux articles L. 113-3 à L. 113-7 et de l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière, l'occupation du domaine public routier n'est autorisée que si elle a fait l'objet, soit d'une permission de voirie dans le cas où elle donne lieu à emprise, soit d'un permis de stationnement dans les autres cas. Ces autorisations sont délivrées à titre précaire et révocable ". Aux termes de l'article L. 115-1 de ce code : " A l'intérieur des agglomérations, le maire assure la coordination des travaux affectant le sol et le sous-sol des voies publiques et de leurs dépendances, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat sur les routes à grande circulation. () ".

5. Pour refuser la permission de voirie sollicitée par le syndicat Armagnac Ténarèze, le maire de la commune de Larressingle, dans son courrier adressé à Mme B le 11 mars 2021, indique explicitement que ce refus est motivé par le fait que la requérante aurait enfoui le tuyau d'alimentation dans le domaine public, le long du mur de clôture bordant la rue du Barry, et conditionne la délivrance de la permission de voirie à la remise en état du domaine public. La commune se prévaut d'un constat d'huissier du 8 février 2021 qui se borne à indiquer que : " le long du mur bordant les parcelles cadastrées section A n° 447, 448 et 450, sur la voie publique, la terre a été fraîchement retournée sur une longueur de douze mètres environ, du portail jusqu'à l'angle avec le chemin rural, et qu'à l'angle, sort de terre à l'extrémité de la tranchée, un tuyau d'alimentation en eau ". Il ressort toutefois des photos figurant dans ce rapport, qu'il n'y a pas de tranchée visible mais simplement une étroite bande de terre fraîchement retournée à l'extrémité de laquelle un tuyau sort de terre. Il ressort en outre des pièces du dossier, et notamment du constat d'huissier du 27 avril 2021 produit par la requérante, que le tuyau provient de son jardin, qu'il passe sous la clôture de Mme B pour ressortir sur la voie publique à l'endroit prévu pour l'installation du compteur d'eau, conformément aux prescriptions énoncées par le maire de Larressingle dans son courrier du 11 mars 2021. Par suite, les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de fait et Mme B est fondée à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au maire de Larressingle de délivrer à Mme B la permission de voirie sollicitée, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Mme B n'étant pas la partie perdante, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à sa charge le paiement des frais exposés par la commune de Larressingle et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Larressingle une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 8 février 2021 par lesquelles le maire de Larressingle a rejeté la demande de permission de voirie présentée par Mme B sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Larressingle de délivrer à Mme B la permission de voirie sollicitée, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Larressingle au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La commune de Larressingle versera à Mme B la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et à la commune de Larressingle.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Roussel Cera, premier conseiller,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. ROUSSEAU

La présidente,

F. MADELAIGUE La greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet du Gers, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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