vendredi 29 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET RICHER ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril et le 23 juin 2021, la société Ateliers Férignac conteste le marché public de travaux concernant le lot n° 2 relatif à la restauration de charpente bois et charpente neuve, conclu le 14 juin 2021 entre le syndicat intercommunal de la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure et la société à responsabilité limitée Itoïz dans le cadre de la réhabilitation et l'extension des bâtiments de la presqu'île des Récollets à Ciboure.
Elle soutient que :
- lors de la phase d'analyse des offres, elle a été destinataire d'un document la classant première, lequel mentionnait le prix de son offre, mais lors de la procédure négociée ouverte, la communication de ce document à la société attributaire du contrat lui a permis d'ajuster son offre, afin qu'elle soit retenue ; or, il existe un écart de prix important entre celui de la deuxième offre présentée par la société attributaire et celui de son offre finale, correspondant à un rabais de 10 % ;
- en retenant l'offre de la société attributaire, le pouvoir adjudicateur a entaché sa décision d'erreur d'appréciation dès lors que la dernière analyse détaillée des offres fait apparaître des incohérences de choix, révélant qu'il a choisi l'offre la moins-disante et non la mieux-disante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, le syndicat intercommunal de la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, représenté par le cabinet Richer et associés, conclut à titre principal au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Ateliers Férignac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient aucune conclusion et n'est pas signée, que la société requérante ne produit pas le contrat attaqué, et que la juridiction ne peut valablement être saisie par courrier électronique ;
- il n'y a eu aucune rupture d'égalité entre les candidats dès lors que tous les candidats ont eu accès à l'analyse des offres effectuée par le maître d'œuvre.
Par un courrier, enregistré le 10 février 2023, la société Itoïz a transmis au tribunal l'acte d'engagement du marché susmentionné, signé le 14 juin 2021.
Par une ordonnance du 22 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2023.
Un mémoire, présenté pour la société Ateliers Férignac, a été enregistré le 5 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Neumaier,
- les conclusions de Mme Beneteau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Brard, représentant le syndicat intercommunal de la baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure.
Considérant ce qui suit :
1. Le syndicat intercommunal de la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure a lancé une consultation en vue de la passation d'un marché de travaux ayant pour objet la réhabilitation et l'extension des bâtiments de la presqu'île des Récollets à Ciboure. Les prestations ont été réparties en quatre lots, le lot n° 2 étant relatif à la " restauration de charpente bois et charpente neuve ". Le 12 février 2019, la commission d'appel d'offres a déclaré la procédure sans suite au motif que les offres reçues étaient inacceptables. Le pouvoir adjudicateur a alors engagé une procédure négociée à l'été 2019, à la suite de laquelle le lot n° 2 a été attribué à la société Itoïz. La société Ateliers Férignac, candidate évincée, doit être regardée comme tendant à l'annulation du marché relatif à ce lot.
Sur les conclusions en contestation de la validité du contrat :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3 du code de la commande publique : " Les acheteurs et les autorités concédantes respectent le principe d'égalité de traitement des candidats à l'attribution d'un contrat de la commande publique. Ils mettent en œuvre les principes de liberté d'accès et de transparence des procédures, dans les conditions définies dans le présent code. Ces principes permettent d'assurer l'efficacité de la commande publique et la bonne utilisation des deniers publics ". Et aux termes de l'article R. 2124-3 du même code : " Le pouvoir adjudicateur peut passer ses marchés selon la procédure avec négociation dans les cas suivants : () 6o Lorsque, dans le cadre d'un appel d'offres, seules des offres irrégulières ou inacceptables, au sens des articles L. 2152-2 et L. 2152-3, ont été présentées pour autant que les conditions initiales du marché ne soient pas substantiellement modifiées. Le pouvoir adjudicateur n'est pas tenu de publier un avis de marché s'il ne fait participer à la procédure que le ou les soumissionnaires qui ont présenté des offres conformes aux exigences relatives aux délais et modalités formelles de l'appel d'offres. Toutefois, par dérogation aux dispositions de l'article R. 2144-4, ne peuvent participer à la procédure que le ou les soumissionnaires ayant justifié au préalable ne pas être dans un cas d'exclusion et satisfaisant aux conditions de participation fixées par l'acheteur. ".
3. Les dispositions précitées de l'article R. 2124-3 du code de la commande publique ne font pas obstacle à ce qu'après que les offres ont été déclarées inacceptables, la procédure négociée s'engage sur la base des mêmes documents et que le pouvoir adjudicateur se borne à demander aux candidats de réviser leur prix à la baisse. Dans le cadre d'une procédure négociée, le pouvoir adjudicateur détermine librement les modalités de discussion des offres. Il est seulement tenu d'engager la négociation avec l'ensemble des candidats, dans le respect du principe d'égalité de traitement. Par ailleurs, la circonstance que la procédure initiale ait été déclarée infructueuse pour un motif tenant au niveau trop élevé du prix des offres ne fait pas obstacle à ce que celles-ci soient appréciées au regard non seulement de leurs nouveaux prix, mais aussi de leur qualité technique.
4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du lancement de la procédure concurrentielle avec négociation et de la réunion de négociation du 23 septembre 2019, le syndicat intercommunal de la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure a demandé aux candidats de modifier leur offre avant le 5 novembre 2019, et a transmis aux sociétés candidates la synthèse de l'analyse des offres qu'elles avaient transmises dans le cadre de la procédure initiale, leur permettant ainsi d'avoir connaissance de leur classement provisoire. Par un courrier du 19 avril 2021, le syndicat intercommunal de la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure a informé la société Ateliers Férignac de ce que son offre, placée en deuxième position eu égard aux critères d'attribution du contrat, n'avait pas été retenue et de ce que l'offre de la société Itoïz avait été jugée économiquement plus avantageuse. A supposer que la société Ateliers Férignac ait entendu soutenir que le principe d'égalité de traitement des candidats a été méconnu, au motif que la société attributaire s'est servie du tableau d'analyse des offres qui lui a été communiqué pour finaliser son offre et en ajuster le prix, il résulte toutefois de l'instruction que toutes les sociétés ont eu accès à l'analyse effectuée par la maîtrise d'œuvre et étaient en mesure d'ajuster leur offre, la société requérante ayant elle-même, dans le cadre de la procédure négociée, ajusté son offre au regard notamment du critère financier en diminuant le prix initialement proposé de 2,25 %. Dans ces conditions, et dès lors que les candidats ont tous été mis à même de modifier leur offre initiale au cours de la phase concurrentielle avec négociation, la société Ateliers Férignac n'est pas fondée à soutenir que le principe d'égalité entre les candidats aurait été méconnu.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire ou, le cas échéant, aux soumissionnaires qui ont présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution. () ".
6. Il résulte de l'instruction que le syndicat intercommunal de la baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure a retenu l'offre la plus économiquement avantageuse, en se fondant sur deux critères de sélection des offres, à savoir la valeur technique et le prix des prestations, pondérés respectivement à hauteur de 60 % et 40 %. Le critère du prix des prestations était divisé en deux sous-critères, à savoir le prix et la cohérence de la décomposition, pondérés à hauteur de 20 % chacun. Le critère de la valeur technique de l'offre était, quant à lui, divisé en trois sous-critères, à savoir " méthodologie générale de l'exécution des travaux ", " capacités professionnelles et techniques, qualification du personnel " et " planning prévisionnel des travaux et effectifs ", pondérés chacun à hauteur de 20 %.
7. Il résulte de l'instruction que l'offre de la société Itoïz a obtenu la note maximale de 20 en ce qui concerne le sous-critère du prix et de 18 pour le sous-critère " cohérence décomposition ", au regard de la cohérence des tarifs proposés qui intégrait le coût d'une grue, soit une note globale de 38 pour le critère prix. La requérante, dont l'offre après négociation était plus onéreuse, a obtenu respectivement les notes de 17,09 et 17 sur ces deux sous-critères, soit la note globale de 34,09 pour le critère du prix. Il ressort des termes du dernier rapport d'analyse des offres que, s'agissant du critère de la valeur technique de l'offre, la société Ateliers Férignac a obtenu la note de 55, soit trois points de plus que la société Itoïz. Le rapport d'analyse des offres indique toutefois que l'offre technique de cette dernière société était satisfaisante dès lors qu'elle détaillait de manière précise sa méthodologie d'intervention, comportait une proposition de mise en œuvre détaillée pour l'extension projetée et des détails complémentaires d'assemblage, et que les travaux de charpente étaient listés et certains procédés techniques bien détaillés. Il est en outre relevé que le personnel affecté au chantier disposait des qualifications nécessaires et d'une expérience confirmée en monuments historiques, et que cette société disposait d'attestations de bonne exécution. Enfin, la société Itoïz présentait une programmation détaillée des travaux, par localisation et type d'ouvrage et détaillait son effectif, composé de deux équipes de trois charpentiers accompagnées d'un chef d'équipe, ainsi que de deux équipes de trois menuisiers, ce qui lui a valu la même note que la société Ateliers Férignac pour le sous-critère " planning prévisionnel des travaux et effectifs ". La société attributaire et la société requérante ont obtenu respectivement les notes globales de 90 et 89, et alors même que l'offre de la société Itoïz était classée première, il ressort de la conclusion du dernier rapport d'analyse des offres que le maître d'œuvre a estimé que compte tenu du faible écart de notation entre les deux offres, le maître d'ouvrage pouvait retenir l'entreprise de son choix. Ainsi, au regard des appréciations portées sur la valeur technique de l'offre proposée par la société Itoïz, le maître d'ouvrage a pu légalement considérer que l'offre de celle-ci était satisfaisante techniquement. Par suite, la société Ateliers Férignac n'est pas fondée à soutenir qu'en retenant l'offre de la société Itoïz, qui était la plus économiquement avantageuse, le pouvoir adjudicateur aurait choisi l'offre la moins-disante.
11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le syndicat intercommunal de la baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, les conclusions de la société Ateliers Férignac tendant à l'annulation du marché en litige doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Ateliers Férignac le versement au syndicat intercommunal de la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par ce dernier et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Ateliers Férignac est rejetée.
Article 2 : La société Ateliers Férignac versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au syndicat intercommunal de la baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Ateliers Férignac, au syndicat intercommunal de la Baie de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure et à la société à responsabilité limitée Itoïz.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,
Mme Crassus, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
L. NEUMAIER
Le président,
Signé
F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026