jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SANCHEZ-RODRIGUEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mai 2021, M. C B, représenté par Me Francisco Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil du 22 avril 2021 ;
2) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de procéder au rétablissement de ses conditions minimales d'accueil sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'assortir cette injonction d'une astreinte de cinquante euros par jour de retard passé 48 heures suivant la notification du jugement en vertu de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;
3) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 (mille deux cent) euros au profit de Me Francisco Sanchez Rodriguez, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de cette aide en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- en refusant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a méconnu l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, entachant sa décision d'erreur de droit ;
- la décision de l'OFII est insuffisamment motivée ;
- la décision de l'OFFI a été prise en violation de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la décision attaquée est motivée en droit et aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation à l'OFII de faire figurer dans ses décisions le détail des carences reprochées, ni les observations des intéressés ;
- le requérant n'a pas respecté les modalités de l'offre de prise en charge signées le 16 avril 2019, ne s'étant pas présenté à l'embarquement de son vol à destination de Madrid ;
- le requérant n'a pas fait procéder au renouvellement de son attestation pour demandeur d'asile entre le 14 septembre 2019 et le 16 avril 2021, période correspondant à sa fuite, alors même que le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration ;
- la circonstance qu'à l'expiration du délai de transfert, la demande d'asile soit requalifiée, l'Etat français étant devenu responsable de son examen, est à cet égard indifférente et ne saurait justifier la réouverture automatique des droits ;
- la vulnérabilité de l'intéressé a été réexaminée préalablement à l'édiction de la décision litigieuse à l'occasion d'un entretien avec un personnel de l'OFII au cours duquel le requérant n'a fait état d'aucune situation particulière de vulnérabilité et n'a pas sollicité d'avis Medzo ;
- le requérant a bénéficié d'une attestation de demandeur d'asile entre le 16 avril 2021 et le 15 octobre 2021 lui permettant de disposer d'une couverture de santé ;
- le droit d'asile est protégé par les dispositions de la directive 2013/33/UE dont les articles L. 741-1 et suivants du CESEDA sont la transposition en droit interne ;
- la décision litigieuse n'a pas méconnu l'article 20 de la directive 2013/33/UE dans la mesure où préalablement à son édiction la situation du requérant a bien été examinée et ce dernier a bénéficié d'une attestation de demandeur d'asile valide entre le 16 avril 2021 et le 15 octobre 2021.
Par une décision du 25 mai 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance du 14 juin 2021 n°2101237, par laquelle le juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B tendant à la suspension de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil du 22 avril 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n°2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-847 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Clen , rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B a quitté l'Algérie en novembre 2018. Placé sous procédure Dublin le 16 avril 2019, un arrêté de transfert lui a été notifié le 4 juin 2019. Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 4 juin 2019, le préfet a notifié son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile et le 5 août 2019 le préfet a notifié à l'intéressé son vol prévu à destination de Madrid le 7 août 2019, auquel il ne s'est pas présenté. M. B a ainsi été déclaré en fuite. Par un courrier du 3 septembre 2019, l'OFII a notifié à M. B son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 27 janvier 2020, l'OFII lui a notifié la suspension des conditions matérielles d'accueil. Le 16 avril 2021, M. B s'est présenté à la préfecture de la Gironde pour demander l'asile selon la procédure accélérée et le 19 avril 2021, son conseil a demandé par courrier à l'OFII le rétablissement des conditions minimales d'accueil. Il lui a été notifié le 11 mai 2021 la décision de l'OFII en date du 22 avril 2021 lui refusant le rétablissement de ses conditions minimales d'accueil. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
2. En premier lieu, il ressort de la décision attaquée qu'elle vise les dispositions des articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision rendue par le Conseil d'Etat le 31 juillet 2019 dans l'affaire n° 428530. Elle indique, en outre, que M. B ne peut justifier des raisons pour lesquelles, entre le 14 septembre 2019 et le 16 avril 2021, il n'a pas fait procéder au renouvellement de son attestation de demande d'asile qui est une condition du droit au maintien sur le territoire et du versement de l'allocation pour demandeur d'asile. Elle comprend ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, sans que le requérant ne puisse utilement critiquer le visa de l'article 20.5 de la directive 2013/33/UE, à la lumière duquel les dispositions législatives applicables doivent être interprétées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile (). / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
4. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
5. M. B soutient que l'administration n'a pas fait une correcte application des dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013. Toutefois, l'administration fait valoir en défense que le requérant n'a pas respecté les modalités de l'offre de prise en charge qu'il a signées le 16 avril 2019, ne s'étant pas présenté à l'embarquement de son vol à destination de Madrid alors même que ce départ lui avait été notifié dans une langue qu'il comprend. M. B n'apporte pas d'élément probant quant aux raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. Par suite, il résulte des dispositions citées au point précédent qu'eu égard au motif de suspension initiale des conditions matérielles d'accueil, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, sans commettre d'erreur de droit au regard de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, refuser au requérant le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après avoir procédé à une appréciation de la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. Les éléments apportés par le requérant ne sont pas suffisants pour considérer que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'interdiction posée par l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales d'exposer un individu à des traitements inhumains ou dégradants.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Francisco Sanchez Rodriguez et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Sellès, présidente-rapporteure,
Mme Corthier, conseillère,
Mme Neumaier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023
La présidente-rapporteure,
signé
M. A
L'assesseure,
signé
Z. CORTHIER
La greffière,
signé
P. SANTERRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026