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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101258

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101258

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPICARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2021, la commune de Cadeilhan-Trachère, représentée par Me Picard, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire du 24 février 2021 par lequel le comité syndical du syndicat intercommunal à vocation unique (SIVU) Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère a mis à sa charge la somme de 55 261,18 euros ;

2°) d'annuler le titre exécutoire du 24 février 2021 par lequel le comité syndical du SIVU Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère a mis à sa charge la somme de 44 777,50 euros ;

3°) d'annuler le titre exécutoire du 9 mars 2021 par lequel le comité syndical du SIVU Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère a mis à sa charge la somme de 44 777,50 euros ;

4°) de mettre à la charge du SIVU Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des titres exécutoires attaqués :

-ils ne sont pas signés par l'ordonnateur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

En ce qui concerne le titre exécutoire n°2021-1-1 du 24 février 2021 d'un montant de 55 261,18 euros :

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le SIVU ne peut percevoir de sa part la moitié d'une redevance qui ne lui est délibérément plus versée par la commune d'Aragnouet ;

En ce qui concerne les titres exécutoires n°2021-1-2 et 2021-4-7 du 24 février 2021 et du 9 mars 2021 d'un montant respectif de 44 777,50 euros :

- ils méconnaissent l'article L. 5212-50 du code général des collectivités territoriales et sont dépourvus de fondement légal, en l'absence de délibération concernant la contribution exceptionnelle ;

- ils sont fondés sur une dépense d'investissement liée à la construction d'une terrasse du centre aqualudique, laquelle ne présente pas le caractère de charge nécessaire ;

- le montant de la contribution demandée est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard à l'incohérence des chiffres avancés ;

- ils méconnaissent les articles L. 2224-1 et L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales, eu égard à l'impossibilité de verser une subvention d'équilibre, compte tenu du caractère industriel et commercial du service public géré par le syndicat intercommunal à vocation unique Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 octobre 2021, le 3 octobre 2022 et le 9 janvier 2023, le syndicat intercommunal à vocation unique Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère, représenté par HMS Atlantique Avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conclusions aux fins d'annulation du titre exécutoire n°2021-1-2 du 24 février 2021, lequel a été remplacé par le titre n°2021-4-7 du 9 mars 2021, sont irrecevables ;

- il était en situation de compétence liée pour émettre le titre relatif à la participation exceptionnelle ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour la commune de Cadeilhan-Trachère a été enregistré le 12 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 96-314 du 12 avril 1996 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Picard, représentant la commune de Cadeilhan-Trachère, et de Me Cazcarra, représentant le syndicat intercommunal à vocation unique Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère.

Considérant ce qui suit :

1. Par des titres exécutoires émis le 24 février 2021, le syndicat intercommunal à vocation unique Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère (SIVU PACT) a mis à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère les sommes respectives de 55 261,18 euros et de 44 777,50 euros. Par un titre exécutoire émis le 9 mars 2021, le SIVU PACT a mis à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère la même somme de 44 777,50 euros. Cette dernière demande l'annulation des titres exécutoires émis le 24 février 2021 et le 9 mars 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le titre exécutoire du 24 février 2021 portant sur la somme de 44 777,50 euros :

2. Il résulte de l'instruction qu'en émettant le titre exécutoire du 9 mars 2021 rappelé au point 1, antérieurement à la date d'enregistrement de la requête, le SIVU PACT a entendu retirer implicitement le titre exécutoire attaqué. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de ce titre doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la légalité du titre exécutoire du 24 février 2021 portant sur la somme de 55 261,18 euros :

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur, ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Il résulte des articles L. 100-1 et L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration que les dispositions de ce code ne s'appliquent pas, sauf exception, aux relations entre personnes morales de droit public. L'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration n'est ainsi pas applicable dans un litige opposant deux personnes publiques. Dès lors, il ne peut être utilement soutenu qu'un titre exécutoire émis par un établissement public à l'encontre d'un autre établissement public méconnaîtrait cette disposition.

4. Le titre litigieux est émis par le SIVU PACT, établissement public, à l'encontre de la commune de Cadeilhan-Trachère. Par suite, en application de ce qui a été dit au point précédent, cette dernière ne peut utilement soutenir que le titre exécutoire méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En second lieu, aux termes de l'article 6 des statuts du SIVU PACT, approuvés par arrêté du préfet des Hautes-Pyrénées du 5 avril 2013 : " Contribution des communes-membres. Pour contribuer au financement des opérations, les communes d'Aragnouet et de Cadeilhan-Trachère verseront annuellement au syndicat, une somme égale à 1% du montant du chiffre d'affaires des remontées mécaniques de la station d'hiver de Piau-Engaly, réalisé dans l'année N-1. / Les déficits d'exploitation éventuels seront résorbés par une participation exceptionnelle des communes fixée par le comité syndical. ".

6. Le titre litigieux a pour objet de mettre à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère la participation due au titre de l'année 2021, correspondant à 1 % du chiffre d'affaires des remontées mécaniques de la station de ski de Piau Engaly. Les dispositions rappelées au point précédent ne subordonnent toutefois pas le versement par la commune de Cadeilhan-Trachère de cette participation au paiement par la commune d'Aragnouet de la somme due en application d'une convention qui lie les deux communes. Par suite, la commune de Cadeilhan-Trachère ne peut utilement invoquer, à l'encontre du titre attaqué, la circonstance que la commune d'Aragnouet ne lui a pas versé la redevance de 2% du montant du chiffre d'affaires des remontées mécaniques de cette station de ski, due en application d'une convention signée par les communes en 1974.

En ce qui concerne la légalité du titre exécutoire du 9 mars 2021 d'une somme de 44 777,50 euros :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5212-19 du code général des collectivités territoriales : " Les recettes du budget du syndicat comprennent : 1° La contribution des communes associées ; 2° Le revenu des biens, meubles ou immeubles, du syndicat ; 3° Les sommes qu'il reçoit des administrations publiques, des associations, des particuliers, en échange d'un service rendu ; (). ". Aux termes de l'article L. 2224-1 du même code : " Les budgets des services publics à caractère industriel ou commercial exploités en régie, affermés ou concédés par les communes, doivent être équilibrés en recettes et en dépenses. ". Aux termes de l'article L. 2224-2 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " Il est interdit aux communes de prendre en charge dans leur budget propre des dépenses au titre des services publics visés à l'article L. 2224-1. / Toutefois, le conseil municipal peut décider une telle prise en charge lorsque celle-ci est justifiée par l'une des raisons suivantes : 1° Lorsque les exigences du service public conduisent la collectivité à imposer des contraintes particulières de fonctionnement ; 2° Lorsque le fonctionnement du service public exige la réalisation d'investissements qui, en raison de leur importance et eu égard au nombre d'usagers, ne peuvent être financés sans augmentation excessive des tarifs ; 3° Lorsque, après la période de réglementation des prix, la suppression de toute prise en charge par le budget de la commune aurait pour conséquence une hausse excessive des tarifs. / La décision du conseil municipal fait l'objet, à peine de nullité, d'une délibération motivée. Cette délibération fixe les règles de calcul et les modalités de versement des dépenses du service prises en charge par la commune, ainsi que le ou les exercices auxquels elles se rapportent. En aucun cas, cette prise en charge ne peut se traduire par la compensation pure et simple d'un déficit de fonctionnement. / L'interdiction prévue au premier alinéa n'est pas applicable : 1° Dans les communes de moins de 3 000 habitants et les établissements publics de coopération intercommunale dont aucune commune membre n'a plus de 3 000 habitants, aux services de distribution d'eau et d'assainissement ; 2° Quelle que soit la population des communes et groupements de collectivités territoriales, aux services publics d'assainissement non collectif, lors de leur création et pour une durée limitée au maximum aux cinq premiers exercices. / 3° Quelle que soit la population des communes et groupements de collectivités territoriales, aux services publics de gestion des déchets ménagers et assimilés, lors de l'institution de la redevance d'enlèvement des ordures ménagères et pour une durée limitée au maximum aux quatre premiers exercices. / Lorsque le service a été délégué, la part prise en charge par le budget propre ne peut excéder le montant des sommes données au délégataire pour sujétions de service public et représenter une part substantielle de la rémunération de ce dernier. ".

8. Les dispositions statutaires rappelées au point 5, éclairées par le dispositions précitées de l'article L. 2224-1 et L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales encadrant la possibilité pour les communes membres du syndicat de participer au budget de ce dernier, doivent être regardées comme instaurant une faculté pour le syndicat de solliciter les communes pour le versement de participations exceptionnelles en vue de résorber un déficit d'exploitation, de sorte qu'elles ne sauraient fonder une situation de compétence liée, à l'endroit du syndicat pour émettre les titres correspondant à de telles participations exceptionnelles. Par suite, le SIVU PACT n'est pas fondé à soutenir qu'il se trouvait en situation de compétence liée pour émettre le titre litigieux.

9. En second lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que lorsqu'un syndicat de communes est exclusivement chargé de l'exploitation d'un ou plusieurs services publics à caractère industriel ou commercial, tels l'adduction d'eau ou l'assainissement, il ne reçoit aucune participation des communes membres au titre du 1° de l'article L. 5212-19 du code général des collectivités territoriales. Les communes membres ne peuvent prendre en charge des dépenses de ce service, couvertes en principe par le produit des seules redevances perçues auprès des usagers, que pour l'une des raisons limitativement énoncées par les 1°, 2° ou 3° de l'article L. 2224-2 du même code et à la condition d'avoir pris, à cette fin, après qu'une délibération du syndicat a prévu des subventions de leur part, des délibérations décidant le versement au syndicat de ces subventions et répondant aux exigences de forme et de fond définies par les sixième et septième alinéas de l'article L. 2224-2 du même code.

10. L'activité du SIVU PACT, relative à l'exploitation d'un centre aqualudique destiné principalement à la clientèle de la station de ski de Piau-Engaly, présente le caractère d'un service public industriel et commercial. Il résulte de l'instruction que la somme mise à la charge de la commune requérante par le titre litigieux a pour objet le versement par cette commune d'une subvention d'équilibre, proscrite en principe par les dispositions précitées de l'article L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales. Si le SIVU PACT soutient que cette somme relève des deux premiers cas de dérogation au principe, dès lors que des exigences de service public imposent des contraintes de fonctionnement du centre aqualudique, en particulier eu égard au caractère saisonnier de l'activité du centre en raison de sa situation géographique et isolée en altitude et d'une activité partiellement dirigée vers des publics spécifiques à visée éducative, il n'établit ni même n'allègue que la somme en cause est déterminée en fonction de ces contraintes, ni en fonction d'investissements ne pouvant être financés sans une augmentation excessive des tarifs. La somme due correspond au contraire à la compensation exacte du déficit envisagé dans le budget primitif pour l'année 2022, de sorte qu'elle ne relève pas de la dérogation invoquée. En outre, il n'est pas contesté que le conseil municipal de la commune de Cadeilhan-Trachère n'a pas délibéré favorablement, et de façon motivée, à l'octroi d'une telle subvention au SIVU PACT. Enfin, la participation mise à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère par le titre litigieux n'a pas fait l'objet de la délibération motivée du comité syndical exigée par les dispositions précitées de l'article L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales, la délibération approuvant le budget primitif n'en tenant pas lieu. Par suite, le titre exécutoire litigieux a été émis en méconnaissance des conditions de forme et de fond prescrites par l'article L. 2224-2 du code général des collectivités territoriales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le titre exécutoire du 9 mars 2021, en tant qu'il met à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère la somme de 44 777, 50 euros, doit être annulé, et que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de cette même commune doivent être rejetées pour le surplus.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par le SIVU PACT doivent dès lors être rejetées. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Cadeilhan-Trachère et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire du 9 mars 2021, en tant qu'il met à la charge de la commune de Cadeilhan-Trachère une somme de 44 777,50 euros (quarante-quatre mille sept cent soixante-dix-sept euros et cinquante centimes), est annulé.

Article 2 : Le syndicat intercommunal à vocation unique Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère versera à la commune de Cadeilhan-Trachère une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de la commune de Cadeilhan-Trachère sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Les conclusions présentées par le syndicat intercommunal à vocation unique Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Cadeilhan-Trachère et au syndicat intercommunal à vocation unique Piau-Aragnouet-Cadeilhan-Trachère.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLON

La greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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