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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101290

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101290

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2021, M. B A, représenté par

Me Noël, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président de la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais a rejeté sa demande indemnitaire préalable et sa demande de protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

3°) de condamner la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais à lui verser la somme totale de 21 494,40 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait du harcèlement moral dont il a été victime, cette somme étant assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 janvier 2021 et de leur capitalisation ;

4°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais les entiers dépens ainsi qu'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la responsabilité de la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais et les préjudices :

- cet établissement public de coopération intercommunale a commis une faute en raison des faits de harcèlement moral dont il a été victime à partir de 2014 de la part du directeur du service " enfance et jeunesse " " et du président de cet établissement public ;

- il a subi un préjudice moral, des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice économique du fait de ces agissements ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi du bénéfice de la protection fonctionnelle :

- les faits précédemment mentionnés sont constitutifs de harcèlement moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2022 et un mémoire en production de pièce enregistré le 30 octobre 2023, la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les faits exposés par M. A ne sont pas constitutifs de harcèlement moral.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 14 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Genty,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Me Deyris, représentant M. A, et de Me Danguy, représentant la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent technique de deuxième classe, exerce ses fonctions en qualité d'agent technique polyvalent, et plus particulièrement depuis 2003, d'animateur de l'atelier multiservice, notamment informatique, de la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais (CCPVAL). Les conclusions de la requête de M. A doivent être regardées comme tendant à l'annulation de la décision notifiée le 22 mars 2021 par laquelle le président de la CCPVAL a rejeté sa demande de protection fonctionnelle et à la condamnation de cet établissement public à lui réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de harcèlement moral dans le cadre de sa relation de travail.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

4. D'autre part, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur, aujourd'hui codifié aux articles L. 134-1 et L. 134-5 du code général de la fonction publique :

" () IV. La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

5. L'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établit à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. Des agissements répétés de harcèlement moral peuvent permettre à l'agent public qui en est l'objet d'obtenir la protection fonctionnelle prévue par les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont les fonctionnaires sont susceptibles d'être victimes à l'occasion de leurs fonctions.

6. Si M. A soutient d'abord s'être vu confier par le président de la CCPVAL au cours de l'année 2016 la préparation des feuilles d'annualisation de chaque agent de cet établissement public destinées à planifier et à suivre le temps de travail en vue d'atteindre le volume global annuel d'heures travaillées, et d'avoir été contraint de travailler sur ces fichiers pendant plus d'un mois et demi au motif que le directeur du service " enfance et jeunesse ", consulté par le président sur ce travail, n'en était pas satisfait alors qu'il lui transmettait volontairement des données erronées, le seul témoignage d'une représentante syndicale est insuffisamment circonstancié sur l'origine des difficultés rencontrées dans l'élaboration de ces fichiers qui aurait justifié d'y consacrer le temps dénoncé. Dans ces conditions, la circonstance que M. A a dû présenter le résultat de ces travaux à plusieurs reprises n'est pas de nature à laisser présumer un comportement constitutif de harcèlement moral.

7. S'il reproche ensuite au président de la CCPVAL d'avoir adopté une attitude rancunière à son égard, notamment lors des entretiens qui se sont déroulés le 21 septembre 2018, en évoquant sa reprise de fonction à mi-temps thérapeutique, et le 21 septembre 2020 suite à sa demande de rupture conventionnelle après qu'il a anonymement saisi la commission nationale de l'informatique et des libertés en 2018 sur la possibilité de refuser à cette autorité de donner un accès au directeur du service " enfance et jeunesse " aux ordinateurs professionnels et aux courriers électroniques des agents, il n'apporte toutefois aucun élément corroborant l'existence ou la nature de la demande que lui aurait faite cette autorité. En tout état de cause, la circonstance, attestée par un agent de cet établissement public, que lors des entretiens précédemment rappelés, cette autorité aurait indiqué ne pas avoir apprécié la saisine de cette commission n'est pas de nature, à elle seule, à laisser présumer que les décisions prises à l'égard du requérant postérieurement à cette saisine résulteraient d'une rancœur sur ce sujet.

8. En outre, si M. A soutient qu'à l'occasion d'une réunion publique qui se serait déroulée en 2018, le président de la CCPVAL aurait accusé les agents en congé de maladie de paresse, d'incompétence et de bénéficier d'un traitement trop élevé, il ne produit aucun commencement de preuve au soutien de ces allégations.

9. Si le requérant soutient également que le président de la CCPAVL a rejeté sa demande de congé qu'il a sollicité le 6 juillet 2020 pour des motifs familiaux, il n'établit pas non plus avoir procédé à une telle demande.

10. Enfin, si M. A considère que les fonctions qui lui ont été confiées à compter de sa reprise du travail à temps partiel thérapeutique le 19 novembre 2018 ont volontairement conduit à une diminution de ses attributions et responsabilités, il ressort des pièces du dossier, notamment des deux fiches de postes occupés par le requérant et du jugement du tribunal correctionnel de Mont-de-Marsan du 25 août 2023, saisi à la suite d'une plainte de neuf agents de la CCPVAL contre le président de cet établissement pour des faits de harcèlement moral, et contre le directeur du service " enfance-jeunesse " pour des faits de harcèlements moral et sexuel, certes postérieurs à la décision attaquée mais révélant une situation antérieure à cette dernière, que si l'intéressé occupait en 2015 des fonctions relevant essentiellement du domaine informatique en l'absence de responsable spécifiquement en charge de cette compétence, ces dernières ont ensuite été confiées à un syndicat mixte, et le poste du requérant a été en conséquence supprimé durant son congé de maladie à l'issue duquel il a été affecté à un poste d'agent technique polyvalent " intervenant en bâtiment " dont il ne conteste pas qu'il correspondait à son grade d'adjoint technique territorial. Dès lors, quand bien même les attributions relevant de ce poste étaient très différentes de celles initialement occupées et appréciées par M. A, la CCPVAL n'a pas excédé son pouvoir de réorganisation des services. S'il soutient également sans être utilement contredit avoir dû débuter ses nouvelles fonctions sans disposer de l'équipement de protection individuelle nécessaire, le temps que les commandes à cet effet soient passées, il n'est toutefois pas établi que ce délai aurait été déraisonnable, alors qu'ayant débuté dans ses nouvelles fonctions le 19 novembre 2018, il a été placé en congé de maladie à compter du 7 janvier 2019, ni qu'il aurait été conduit à effectuer durant cette période des tâches pour lesquelles la privation de cet équipement aurait nui à sa santé ou à sa sécurité. Dans ces conditions, ces circonstances n'excédaient pas la portée de mesures prises dans l'intérêt du service.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des éléments ainsi rapportés par

M. A, considérés isolément ou dans leur ensemble, ne permet pas de présumer de l'existence d'un harcèlement moral du fait du directeur du service " enfance et jeunesse " relevant du CCPVAL, ni du président de cet établissement public. Par suite, le président de la CCPVAL a pu légalement refuser, par la décision attaquée, d'accorder à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le rejet des conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de cette même requête doivent également être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'indemnité :

13. Lorsqu'un agent est victime, dans l'exercice de ses fonctions, d'agissements répétés de harcèlement moral visés à l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 cité au point 2, il peut demander à être indemnisé par l'administration de la totalité du préjudice subi, alors même que ces agissements ne résulteraient pas d'une faute qui serait imputable à celle-ci. Dans ce cas, si ces agissements sont imputables en tout ou partie à une faute personnelle d'un autre ou d'autres agents publics, le juge administratif, saisi en ce sens par l'administration, détermine la contribution de cet agent ou de ces agents à la charge de la réparation.

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. A n'a pas été victime de harcèlement moral dans le cadre de sa relation de travail. Dès lors, la responsabilité de la CCPVAL ne peut être engagée à ce titre. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnité de la requête de

M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

16. M. A ne justifie pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par lui à ce titre doivent être rejetées.

17. D'autre part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la CCPVAL et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la communauté de communes du Pays de Villeneuve en Armagnac Landais une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la communauté de communes de Villeneuve en Armagnac Landais.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

F. GENTY

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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