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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101356

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101356

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantKALIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 mai 2021, le 31 mai 2022 et le

10 août 2022, M. A B, représenté par Me Wattine, demande au tribunal :

1°) d'annuler le certificat d'urbanisme délivré le 26 mars 2021 par le maire d'Ustaritz en tant qu'il décide que la parcelle cadastrée section AE n° 686 ne peut être utilisée en vue de la construction de deux villas individuelles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat ou de la commune d'Ustaritz une somme de

1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le certificat attaqué est entaché d'erreur de droit en ce qu'il a été fait application des dispositions de la zone N alors que le projet se situe en zone U ;

- il est entaché d'erreur de droit dans l'application des articles N1 et N2 du règlement de zone N du plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz, et du fait que le règlement applicable en zone UC n'interdit pas la réalisation de la desserte en zone inconstructible ;

- il est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'il mentionne la création de deux lots alors qu'un seul est prévu, et l'absence d'accès de la parcelle à la voie publique ;

- subsidiairement, il se fonde sur un règlement de plan local d'urbanisme illégal, en ce qu'il porte atteinte au principe de libre accès à la voie publique et au droit de propriété, et en ce que le classement en zone N du chemin d'accès existant sur la parcelle cadastrée section

AE n° 686 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 avril 2022, le 23 juin 2022 et le

17 novembre 2022, la commune d'Ustaritz, représentée par Me Malo, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un certificat d'urbanisme du 26 mars 2021, le maire d'Ustaritz a décidé que la parcelle cadastrée section AE n° 686 ne pouvait pas être utilisée en vue de la construction de deux maisons individuelles. M. B demande l'annulation de ce certificat, en tant qu'il décide que cette parcelle ne pouvait être utilisée en vue de la réalisation de ce projet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Le certificat par lequel le maire d'Ustaritz a décidé que le lot à détacher de la parcelle cadastrée section AE n° 686 ne pouvait être utilisé en vue de la construction de deux villas individuelles se fonde sur ce que les lots projetés ne disposent pas d'accès sur la voie publique, les travaux d'accès aux lots n'étant pas autorisés par les articles N1 et N2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz.

3. En premier lieu, la parcelle cadastrée section AE n° 686 est classée dans sa partie septentrionale, dont relève le lot à détacher, en zone U, et dans sa partie méridionale en zone N. Il ressort des pièces du dossier que la partie de la parcelle cadastrée section AE n° 686 classée en zone U est séparée de la voie publique par des parcelles voisines qui supportent des constructions, et requiert, pour rejoindre la voie publique, l'aménagement d'un passage par la partie de cette même parcelle classée en zone N. Par suite, en appliquant à l'emprise de cette voie les dispositions de la zone N, et bien qu'une telle voie soit destinée à desservir des constructions situées en zone U, le maire d'Ustaritz n'a pas commis d'erreur de droit.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz : " Occupations et utilisation du sol interdites : Sont interdites les constructions, installations ou travaux de toute nature qui ne sont pas visés à l'article N2.(). ". Aux termes de l'article N2 de ce règlement : " Occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières : Sont admis sous conditions, dans la zone N, si le niveau des équipements le permet et si elles sont compatibles avec le caractère de la zone : les habitations sont admises uniquement sous forme de : - annexe à l'habitation (garage, abri de jardin, local technique, pool house, etc) () dans la limite de 50 m² d'emprise au sol totale de ces annexes sur l'unité foncière et située à moins de 20 m de l'habitation existante. () L'annexe doit se situer dans la parcelle bâtie à la date de l'approbation du PLU ou attenante s'il s'agit d'un jardin d'agrément sans empiéter sur un espace agricole ; - extension en dehors des secteurs Nf, Nr, Ns et Ny () limitée à 30% de l'emprise au sol existante à la date d'approbation du PLU, dans la limite de 50 m² d'emprise au sol supplémentaire. () Les affouillements, exhaussements, remblais du sol sont autorisés en zone N s'ils sont liés à une construction ou un ouvrage de gestion hydraulique ou de gestion de risque sous réserve de ne pas dépasser 1,50 m de hauteur et en secteurs Nbd et Nr, s'ils sont liés à un ouvrage de gestion hydraulique ou de gestion de risque. () ". Aux termes de l'article N3 du même règlement : " Conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public. Les caractéristiques des accès et de la voirie doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte : () Les accès et la voirie doivent être aménagés de façon à ne pas présenter un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celles des personnes utilisant ces accès ou voirie. ". Aux termes de l'article N12 du même règlement : " Obligations imposées en matière d'aires de stationnement. Le stationnement des véhicules des occupants et usagers des constructions doit être assuré en dehors des voies ouvertes à la circulation publique. ".

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'existait à la date du certificat attaqué, au droit de la servitude de passage projetée, située en zone N, une voie d'accès à la partie constructible, classée en zone UC de la parcelle cadastrée section AE n° 686. Par ailleurs, l'aménagement d'une voie d'accès n'est pas constitutif d'une extension ou d'une annexe, et n'a au demeurant pas pour objet de desservir une construction existante mais des constructions futures. Un tel aménagement n'est donc pas au nombre des travaux autorisés par l'article N2 du règlement. En outre, la réglementation de l'aménagement des accès et du stationnement en zone agricole doit être regardée comme visant ceux relatifs aux constructions autorisées en zone N. Par suite, le motif du certificat attaqué, tiré de ce que les travaux d'accès au terrain d'assiette, en zone N, n'entrent pas dans le cadre des dispositions visées à l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme, dérogeant au principe d'inconstructibilité posé par l'article N1 du même règlement, n'est pas entaché d'erreur de droit.

6. En troisième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que l'interdiction des constructions, aménagements et installations en zone N soit subordonnée à la condition qu'ils compromettent le caractère naturel de la zone. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'aménagement d'une voie d'accès sur la parcelle cadastrée section

AE n° 686 dans sa partie classée en zone N ne compromettrait pas les caractéristiques existantes du terrain concerné.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ". Aux termes de l'article R. 151-25 du même code : " Peuvent être autorisées en zone N : 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole et forestière, ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. ".

8. Tout d'abord, le requérant ne peut utilement soutenir, à l'appui du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement en zone N d'une partie de la parcelle cadastrée section AH n° 686, que la création d'un chemin d'accès ne porterait pas atteinte au caractère naturel de la zone, ni que l'interdiction posée par l'article N2 a pour effet d'enclaver la partie de la parcelle située en zone UC, ni qu'il aurait été " plus approprié " de classer en zone U la bande de terrain nécessaire à la création d'un accès.

9. Ensuite, sauf dispositions législatives contraires, les riverains d'une voie publique ont le droit d'accéder librement à leur propriété, et notamment, d'entrer et de sortir des immeubles à pied ou avec un véhicule. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AE n° 686, bordée par une voie publique, est accessible depuis celle-ci, de sorte que les dispositions rappelées au point 4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Ustaritz, en tant qu'elles n'autorisent pas la création d'une voie d'accès depuis la voie publique vers le fond de parcelle, ne portent pas atteinte au principe de libre accès à la propriété de M. B.

10. En outre, la propriété figure au nombre des droits de l'homme consacrés par les articles 2 et 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Aux termes de son article 17 : " La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité. ". En l'absence de privation du droit de propriété, il résulte néanmoins de l'article 2 de la Déclaration de 1789, que les limites apportées à son exercice doivent être justifiées par un motif d'intérêt général, et proportionnées à l'objectif poursuivi.

11. Si l'interdiction de procéder aux travaux d'aménagement d'une voie d'accès, qui n'est pas générale et absolue, pour permettre la circulation automobile vers le fond de parcelle en cause limite l'exercice du droit de propriété de M. B sur ce terrain, cette atteinte n'est toutefois pas disproportionnée au regard de l'intérêt général tenant à la préservation des espaces naturels et des choix d'aménagement de la commune.

12. Enfin, le requérant ne peut utilement soutenir que le maire devait contrôler si les travaux projetés étaient de nature à compromettre le caractère naturel de la zone, une telle condition aux restrictions de constructibilité en zone N ne résultant d'aucune disposition législative ou réglementaire. Par suite, M. B n'est pas fondé à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la délibération du conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Pays basque du 22 février 2020, en tant qu'elle classe en zone N une partie de la parcelle cadastrée section AH n° 686.

13. En cinquième lieu, si le certificat litigieux mentionne l'existence de deux lots alors que le projet pour lequel le certificat d'urbanisme était sollicité ne comportait qu'un seul lot, cette erreur matérielle n'entache pas d'illégalité cette décision, en l'absence d'incidence sur le motif retenu pour estimer que le projet n'était pas réalisable au regard des règles d'urbanisme applicables.

14. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une voie de passage depuis la voie publique vers la partie constructible de la parcelle existait à la date du certificat attaqué. Par suite, la mention portée sur cette décision selon laquelle le terrain en cause ne dispose pas d'accès sur la voie publique n'est pas entachée d'inexactitude matérielle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

17. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier la somme demandée de 1 200 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ustaritz et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune d'Ustaritz une somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Ustaritz.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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