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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101500

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101500

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CASADEBAIG & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 juin, 8 juillet et 15 décembre 2021, la société civile immobilière Norma, représentée par Me Casadebaig, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2020 par lequel le maire de Jurançon a délivré à la société à responsabilité limitée CDV 99 un permis de construire en vue de la démolition des constructions existantes et de l'édification d'un ensemble immobilier à usage d'habitation, de commerce ou de bureaux, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge des parties perdantes une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- le dossier de demande du permis de construire est entaché d'insuffisances au regard des articles R. 431-5, R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne comporte pas de document graphique, qu'il ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement paysager et qu'il n'indique pas quel type de végétation sera plantée dans les espaces libres ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles UD 2, UD 4, UD 8 et UD 13 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées et est incompatible avec l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) thématique " Entrées d'agglomération " du PLUI ;

- il méconnaît l'OAP sectorielle " Jurançon - Henri IV ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, la commune de Jurançon, représentée par Me Gallardo, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est tardive.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Me Dupen, substituant Me Casadebaig, représentant la société Norma, et de Me Lambert, substituant Me Gallardo, représentant la commune de Jurançon.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Jurançon, a été enregistrée le 21 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 décembre 2020, le maire de Jurançon a délivré à la société CDV 99 un permis de construire en vue de la démolition de constructions existantes et de l'édification d'un ensemble immobilier à usage d'habitation, comprenant 62 logements, ainsi qu'à usage de commerce ou de bureaux. Par une décision du 10 avril 2021, le maire de Jurançon a implicitement rejeté le recours gracieux formé contre cet arrêté. La société Norma demande l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Jurançon :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article R. 600-1 du même code : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le recours gracieux formé le 8 février 2021 par la société Norma contre l'arrêté attaqué du 3 décembre 2020, et reçu par la commune de Jurançon le 10 février 2021, a été adressé à la société CDV 99 par courrier recommandé avec avis de réception le 19 février 2021, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, il n'est pas établi, notamment par le certificat numérique de photographie en date du 11 décembre 2020 produit par la commune, que le pétitionnaire aurait procédé à l'affichage sur le terrain du permis de construire litigieux pendant une période continue de deux mois, en application de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. Au demeurant, le recours gracieux, régulièrement notifié, a eu pour effet de proroger le déclenchement du délai de recours contentieux au 10 avril 2021, date de la décision implicite de rejet de ce recours née du silence de l'administration sur ce dernier, et la requête a été enregistrée au greffe du tribunal le 8 juin 2021, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois suivant la décision du 10 avril 2021. Dès lors, les présentes conclusions de la requête de la société Norma ne sont pas tardives. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à ce titre par la commune de Jurançon doit être écartée.

En ce qui concerne le fond du litige :

4. En premier lieu, aux termes de l'article UD 2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUI) de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées : " Dans l'ensemble de la zone, sont autorisées sous conditions : / () - L'artisanat et les commerces de détails (ex : boulangerie, brasserie, salon de coiffure) à condition que la surface de vente soit inférieure à 100 m², et qu'ils ne se situent pas dans les entrées d'agglomération (telles que déclinées dans le plan en p7 de l'Orientation d'Aménagement et de Programmation thématique " Entrées d'agglomération " / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige se situe dans le périmètre de l'entrée d'agglomération " sud - route de Gan ", identifiée par l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) thématique " Entrées d'agglomération " du PLUI. En outre, le projet prévoit la création d'une surface de plancher de commerce ou de bureaux de 315,30 m², et il n'est pas contesté qu'elle est susceptible d'être affectée à une activité de commerce de détail. Par suite, l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UD 2 du règlement du PLUI de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD 4 du règlement du PLUI de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées, dans sa version applicable au litige : " Sauf indications graphiques portées au plan de zonage, les constructions, installations et aménagements seront implantés : / - soit en limites séparatives ; / - soit à une distance minimale de 3 mètres des limites séparatives. / D'autre part, tout point des constructions est éloigné du point le plus proche de la limite séparative d'une distance horizontale au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points diminuée de 3 m (A=H-3). / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de masse joints au dossier de demande de permis de construire, que le projet prévoit la construction de deux bâtiments et que la distance entre le " bâtiment 1 " et la limite sud-ouest séparant le terrain d'assiette des parcelles cadastrées section AI nos 131 et 148, sera de 8 mètres au niveau de l'acrotère, d'une hauteur de

12 mètres, et de 5 mètres au niveau de la terrasse aménagée au troisième étage, d'une hauteur de 8,80 mètres, alors qu'en application des dispositions précitées, cette distance devrait être au minimum respectivement de 9 mètres et de 5,80 mètres. En outre, la distance entre le " bâtiment 2 " et cette même limite séparative sera de 5 mètres tant au niveau de l'acrotère, d'une hauteur de 11,38 mètres, qu'au niveau de la terrasse aménagée au troisième étage, d'une hauteur de 8,16 mètres, alors qu'elle devrait être au minimum respectivement de 8,38 mètres et de

5,16 mètres. Par suite, l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions précitées de l'article UD 4 du règlement du PLUI de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées.

8. En troisième lieu, en vertu des dispositions de l'article UD 13 du règlement du PLUI de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées, les projets de construction à usage d'habitation, situés en dehors de l'aire d'influence des transports collectifs en site propre (TCSP), doivent prévoir, en dehors des voies ouvertes à la circulation publique, 1,5 place de stationnement pour véhicule automobile par logement, arrondi à l'unité supérieure, excepté les logements locatifs financés par un prêt aidé par l'Etat pour lesquels il n'est exigé qu'une place de stationnement par logement, ainsi que, pour les immeubles collectifs, une place de stationnement pour visiteur par groupe de 5 logements. En vertu de ces mêmes dispositions, les projets de construction à usage de commerces et de bureaux, situés en dehors de l'aire d'influence des TCSP, doivent également prévoir une place de stationnement pour 35 m² de surface de plancher. Par ailleurs, l'article UD 13 prévoit qu'une place de stationnement pour véhicule automobile doit occuper 25 m², accès compris.

9. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige prévoit la création de 62 logements, dont 30 logements seront financés par un prêt locatif social (PLS), d'une surface de plancher de commerce ou de bureaux de 315,30 m². En outre, il n'est pas contesté que le terrain d'assiette se situe en dehors de l'aire d'influence des transports collectifs en site propre (TCSP). Le projet aurait ainsi dû prévoir la création de 100 places de stationnement, dont 48 places pour les 32 logements non financés par un PLS, 30 places pour les 30 logements financés par un PLS, 13 places pour visiteurs et 9 places pour la surface de commerces ou de bureaux. Or le projet ne prévoit la création que de 79 places de stationnement. En outre, il n'est pas établi que le pétitionnaire prévoirait de faire application des dispositions de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme. Enfin, il n'est pas contesté que la superficie de chaque place de stationnement prévue par le projet est inférieure à 25 m². Par suite, l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article UD 13 du règlement du PLUI de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / () 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / () ". Aux termes de l'article L. 152-1 du même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu'elles existent, avec les orientations d'aménagement et de programmation ". Il résulte de ces dispositions qu'une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs. Par ailleurs, l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) thématique " Entrées d'agglomération " du PLUI de la communauté d'agglomération de Pau-Béarn-Pyrénées prévoit que " le développement d'activités commerciales sera désormais interdit le long des voies d'entrées d'agglomération, en dehors des ZACOM ".

11. Ainsi qu'il a été dit au point 5, le projet litigieux se situe dans le périmètre de l'entrée d'agglomération " sud - route de Gan ", identifiée par l'orientation d'aménagement et de

programmation (OAP) thématique " Entrées d'agglomération " du PLUI, et prévoit la création d'une surface de plancher de commerce ou de bureaux de 315,30 m², dont il n'est pas contesté qu'elle est susceptible d'être affectée à une activité commerciale. Par suite, l'arrêté attaqué est incompatible avec cette OAP.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire de Jurançon du 3 décembre 2020 et, par voie de conséquence, la décision implicite de cette même autorité née le 10 avril 2021, doivent être annulés.

Sur les dépens :

13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / () ".

14. La société Norma ne produit aucune pièce de nature à justifier de la somme qu'elle a exposée au titre des dépens. Par suite, les conclusions présentées par elle à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Jurançon doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de cette dernière une somme de

1 500 euros au titre des frais exposés par la société Norma et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Jurançon du 3 décembre 2020 et la décision implicite de cette même autorité née le 10 avril 2021 sont annulés.

Article 2 : La commune de Jurançon versera à la société Norma une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de la société Norma sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Jurançon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Norma, à la commune de Jurançon et à la société à responsabilité limitée CDV 99.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Pau.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. DIARDLe président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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