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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101595

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101595

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantVALAY-BELACEL-DELBREL-CERDAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 15 juin 2021, la présidente de la 2ème chambre du tribunal administratif de Toulouse a transmis au tribunal administratif de Pau le dossier de la requête de M. A.

Par cette requête, enregistrée le 11 juin 2021 au greffe du tribunal administratif de Toulouse, M. D A, représenté par la Selarl d'avocats Valay-Belacel-Delbrel-Cerdan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à sa charge une contribution spéciale d'un montant de 36 500 euros pour l'emploi irrégulier de cinq travailleurs étrangers et une contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'un de ces travailleurs étrangers dans son pays d'origine d'un montant de 2 124 euros, ensemble la décision du 15 avril 2021 par laquelle cette même autorité a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision ;

2°) d'annuler les titres de perception émis le 5 février 2021, respectivement d'un montant de 36 500 euros et de 2 124 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision du 12 janvier 2021 :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du respect du principe du contradictoire, du principe général des droits de la défense et de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'elle n'indique pas la possibilité de demander la communication du procès-verbal constatant l'infraction ;

- elle méconnaît les articles L. 5221-8 et L. 8251-1 du code du travail et l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne les titres de perception :

- ils ont été émis par une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n °2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- et les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce en tant qu'entrepreneur individuel une activité d'entretien des parcs et jardins, de travaux agricoles et de cueillette de fruits. A l'occasion d'un contrôle effectué le 30 juin 2020 dans la commune de Terraube (Gers), les services de l'inspection du travail ont constaté la présence de cinq ressortissants marocains salariés n'ayant pas fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche et dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France. Par une décision du 12 janvier 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de l'intéressé une contribution spéciale d'un montant de 36 500 euros pour l'emploi de ces cinq travailleurs étrangers et une contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'un de ces travailleurs étrangers dans son pays d'origine, d'un montant de 2 124 euros. Par une décision du 15 avril 2021, cette même autorité a rejeté le recours gracieux formé par M. A contre cette décision. Par ailleurs, des titres de perception relatifs à ces sommes ont été émis le 5 février 2021. M. A demande l'annulation de ces décisions et de ces titres de perception.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 12 janvier 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° Infligent une sanction ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur la contribution spéciale et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui fondent cette sanction.

3. La décision attaquée se fonde sur l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, constatée lors du contrôle des services de l'inspection du travail le 30 juin 2020, et indique que sont appliquées une contribution spéciale et forfaitaire pour l'emploi de cinq travailleurs étrangers pour un montant de 36 500 euros, en application des articles L. 8253-1 et R. 8253-2 du code du travail, ainsi qu'une contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'un de ces travailleurs étrangers dans son pays d'origine, d'un montant de 2 124 euros, en application de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des barèmes fixés par les arrêtés du 5 décembre 2006. Par suite, la décision attaquée satisfait à l'exigence de motivation en droit et en fait prescrite par les dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. / L'Etat est ordonnateur de la contribution spéciale. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. / Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions. ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. ".

4. Il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que M. A a été informé, préalablement à la décision attaquée, par un courrier du 3 novembre 2020 adressé en recommandé, que l'intéressé ne conteste pas lui avoir été régulièrement notifiée, qu'il était susceptible, à la suite de la transmission à l'Office français de l'immigration et de l'intégration du procès-verbal établi par les services de l'inspection du travail lors du contrôle effectué le 30 juin 2020, constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de se voir appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A, qui ne produit pas ce courrier à l'instance, ne peut utilement soutenir que la décision attaquée ne mentionne pas la possibilité de demander la communication de ce procès-verbal d'infraction. Dès lors, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas méconnu le principe général des droits de la défense et l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5221-8 du code du travail : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. ".

6. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal d'infraction mentionné au point 4, que l'un des travailleurs présents lors du contrôle effectué le 30 juin 2020, de nationalité marocaine, était détenteur d'un titre de séjour de longue durée délivré le 11 février 2013 par les autorités italiennes, qui ne l'autorisait pas à travailler en France. S'il résulte également du procès-verbal établi le 18 septembre 2020 par les services de l'inspection du travail à la suite de l'audition pénale libre de M. A, que ce dernier a présenté lors de cette audition, sur son téléphone portable, une photo d'une carte d'identité délivré par les autorités du même Etat, mentionnant que ce même travailleur est de nationalité italienne, il est également indiqué que cette carte a été délivrée le 6 octobre 2010, antérieurement au titre de séjour précité. En outre, les services de l'inspection du travail n'ont pas été en mesure de contrôler l'authenticité de cette carte d'identité, que M. A ne produit pas à l'instance. Dès lors, il n'est pas établi que ce travailleur était de nationalité italienne à la date du contrôle précité et qu'il était autorisé à exercer une activité salariée en France. Par ailleurs, le requérant n'établit pas davantage, par la seule production d'un courrier de Pôle emploi en date du 17 mai 2021 relatif à un trop perçu versé au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, que ce même travailleur était, à la date du 30 juin 2020, inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, permettant ainsi de présumer qu'il serait titulaire d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Par suite, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en décidant d'appliquer une contribution spéciale pour l'emploi de ce travailleur, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 5221-8 et L. 8253-1 du code du travail.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur: " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / () L'Etat est ordonnateur de la contribution forfaitaire. A ce titre, il liquide et émet le titre de perception. / () ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, il n'est pas établi que l'un des travailleurs présents lors du contrôle effectué le 30 juin 2020 était autorisé à exercer une activité salariée en France ou qu'il aurait été inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 15 avril 2021 :

9. A supposer que le requérant ait entendu soulever, au soutien des présentes conclusions, les mêmes moyens que ceux invoqués au soutien des conclusions aux fins d'annulation de la décision du 12 janvier 2021, ils doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 2 à 8.

En ce qui concerne la légalité des titres de perception :

10. Si M. A conteste la compétence de l'émetteur des titres de perception en litige au motif que seul le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait la qualité d'ordonnateur pour le recouvrement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version en vigueur à la date d'émission de ces titres, que l'Etat est l'ordonnateur de ces contributions. En outre, M. C B, émetteur des titres, a été nommé directeur de l'évaluation de la performance, des achats, des finances et de l'immobilier du ministère de l'intérieur par un décret du 29 juillet 2020, et a reçu délégation à cette fin, sur le fondement du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'émetteur des titres de perception en litige manque en fait.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

F. DIARDLe président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLONLa greffière,

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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