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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101626

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101626

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEPLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 juin 2021, le 11 mai 2022 et le 31 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Gallardo, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, d'une part, la décision du 3 mars 2021 par laquelle le maire d'Idron a informé le secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest de son souhait de remettre l'intéressée à la disposition de son administration d'origine et a sollicité la fin de son accueil par voie de détachement pour des motifs d'intérêt du service, et, d'autre part, la décision du 3 mai 2021 par laquelle cette même autorité l'a informée mettre fin à son détachement et la remettre à disposition de son administration d'origine ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Idron une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision du maire d'Idron du 3 mars 2021 :

- il s'agit d'une décision qui lui fait grief dès lors qu'elle fonde l'arrêté du ministre de l'intérieur du 12 mai 2021 qui prononce sa réintégration dans son corps d'origine et l'affecte à la compagnie républicaine de sécurité n° 25 de Pau ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision mettant fin de manière anticipée à son détachement a été prise en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute d'avoir respecté le principe du contradictoire ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur dans l'exactitude matérielle des faits dès lors que le maintien de son poste au sein de l'école où elle était affectée correspond toujours à un besoin ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

En ce qui concerne la décision du maire d'Idron du 3 mai 2021 :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision mettant fin de manière anticipée à son détachement a été prise en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute d'avoir respecté le principe du contradictoire ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur dans l'exactitude matérielle des faits dès lors que le maintien de son poste au sein de l'école où elle était affectée correspond toujours à un besoin ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 mars 2022 et le 14 juin 2022, la commune d'Idron, représentée par Me Leplat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que :

o les deux courriers attaqués ne revêtent pas de caractère décisoire, celui du 3 mars 2021 présentant un caractère préparatoire et celui du 3 mai 2021 n'ayant qu'un simple objet informatif ;

o la requérante ne produit aucune décision du maire d'Idron mettant fin à son détachement ;

o le mémoire introductif d'instance ne comporte l'exposé d'aucun moyen et aucune régularisation n'est intervenue avant l'expiration du délai de recours ;

- le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en raison de l'absence de procédure contradictoire est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Genty,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gallardo, représentant Mme B, et de Me Leplat, représentant la commune d'Idron.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 avril 2019, Mme B, adjoint technique titulaire de la fonction publique d'Etat relevant du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer, a été placée en position de détachement à compter du 29 avril suivant auprès de la commune d'Idron pour occuper des fonctions au sein du service de restauration scolaire de l'école " Les platanes ". Par un arrêté du 17 novembre 2020, son détachement a été maintenu pour une durée de quatre ans à compter du 29 avril 2020. Par un courrier du 3 mars 2021, le maire d'Idron a toutefois, d'une part, informé le secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest qu'il souhaitait mettre un terme, par anticipation, à la période de détachement de l'intéressée pour des motifs liés au service, d'autre part, a demandé à cette administration de lui communiquer la date à laquelle cette réintégration serait possible. Par un courrier du 3 mai 2021, cette même autorité a informé Mme B qu'il avait décidé de mettre fin à son détachement auprès de la collectivité et de la remettre à la disposition de son administration d'origine. Par un arrêté du 12 mai 2021, le ministre de l'intérieur a réintégré Mme B dans le corps des adjoints techniques du ministère de l'intérieur et de l'outre-mer, avec effet à compter du 1er mai 2021, et l'a affectée à la compagnie républicaine de sécurité n° 25 de Pau. Mme B demande l'annulation des courriers du maire d'Idron du 3 mars 2021 et du 3 mai 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité du courrier du 3 mars 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 14 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : () 2° Détachement auprès d'une collectivité territoriale () ". Aux termes de l'article 21 du même décret : " Le détachement de longue durée ne peut excéder cinq années. Il peut toutefois être renouvelé par périodes n'excédant pas cinq années, sous réserve des dispositions de l'article 26 ci-dessous. () ". Aux termes de l'article 24 du même décret : " Il peut être mis fin au détachement avant le terme fixé par l'arrêté le prononçant soit à la demande de l'administration ou de l'organisme d'accueil, soit de l'administration d'origine. / Lorsqu'il est mis fin au détachement à la demande de l'administration ou de l'organisme d'accueil, le fonctionnaire continue, si son administration d'origine ne peut le réintégrer immédiatement, à être rémunéré par l'administration ou l'organisme d'accueil jusqu'à ce qu'il soit réintégré, à la première vacance, dans son administration d'origine. / () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'administration d'origine, en tant qu'autorité investie du pouvoir de nomination, est seule compétente pour mettre fin au détachement avant le terme fixé. Saisie d'une demande en ce sens de l'administration d'accueil, elle est tenue d'y faire droit. Si elle ne peut le réintégrer immédiatement, le fonctionnaire continue à être rémunéré par l'administration ou l'organisme d'accueil jusqu'à ce qu'il soit réintégré, à la première vacance, si la demande de fin de détachement émanait de cet administration ou organisme d'accueil.

4. Comme il a été dit au point précédent, l'administration d'origine est tenue de faire droit à la demande de mise à fin anticipée du détachement présentée par l'administration d'accueil. Dès lors, il appartenait au maire de la commune d'Idron, autorité territoriale chargée de l'administration, de mettre un terme aux fonctions de Mme B et de la remettre à la disposition de son administration d'origine, ce qu'il a fait par un courrier du 3 mars 2021, mentionné au point 1, qui se borne à informer le secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest de sa décision de remettre Mme B à disposition de ce ministère, sans valoir décision de mettre fin au détachement de l'intéressée de manière anticipée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été pris par une autorité incompétente manque en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " () Les dispositions de l'article L. 121-1, en tant qu'elles concernent les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. ".

6. Mme B ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée du moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalablement à prise de l'arrêté du ministre de l'intérieur du 12 mai 2021, mettant fin de manière anticipée à son détachement, lequel n'est pas en litige.

7. En troisième lieu, l'administration qui accueille un fonctionnaire en position de détachement peut à tout moment, dans l'intérêt du service, remettre celui-ci à la disposition de son corps d'origine en disposant, à cet égard, d'un large pouvoir d'appréciation. Il n'appartient au juge de l'excès de pouvoir de censurer l'appréciation ainsi portée par l'autorité administrative qu'en cas d'erreur manifeste.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, affectée à un emploi à temps non complet au sein de l'école " Les platanes ", était chargée de la restauration scolaire et de tâches ménagères. La décision du maire d'Idron se fonde sur ce que l'absence de la requérante durant plusieurs mois n'a pas conduit à embaucher provisoirement d'agent pour la remplacer, et sur ce que la nouvelle articulation du fonctionnement du service a suffi à répondre aux besoins réels du service. Si la requérante allègue qu'une partie de ses tâches a été externalisée auprès d'une société intervenant déjà pour la commune et que ses collègues avaient dû se répartir le surplus de ses fonctions, elle ne produit aucun élément de nature à étayer ses propos. Par suite, en retenant le motif tiré de l'intérêt du service pour fonder la décision attaquée, le maire d'Idron n'a entaché la décision attaquée ni d'erreur matérielle, ni d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué qui résulterait de ce que la décision attaquée viserait en réalité à sanctionner la décision du précédent maire de la commune de recruter Mme B n'est pas établi.

En ce qui concerne le courrier du maire d'Idron du 3 mai 2021 :

S'agissant des fins de non -recevoir opposées par la commune d'Idron :

10. En premier lieu, aux termes de l'article R.412-1 du code de justice administrative : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l'article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation. / Cet acte ou cette pièce doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagné d'une copie. ".

11. Le courrier du maire d'Idron du 3 mai 2021 a été produit à l'instance à l'appui du mémoire introductif d'instance enregistré au greffe du tribunal le 21 juin 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Idron tirée du défaut de production de l'acte attaqué doit être écartée.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R.411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

13. La requête introductive d'instance de Mme B était assortie du moyen tiré de ce que l'acte mettant fin à son détachement n'a pas été précédé de la procédure contradictoire et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur le motif tiré de l'intérêt du service. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Idron tirée du défaut de moyens au soutien des présentes conclusions doit également être écartée.

14. En dernier lieu, il résulte des termes de l'acte attaqué, qui ne sont pas équivoques, que le maire d'Idron a informé Mme B, d'une part, de sa décision de mettre un terme à son détachement auprès de la collectivité, d'autre part, de celle de la remettre à disposition de son administration d'origine. Ce courrier, qui révèle dès lors deux décisions distinctes, n'est pas de nature purement informative, et fait ainsi grief à la requérante. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Idron tirée du caractère non décisoire de cet acte doit être écartée.

S'agissant du fond du litige :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3, que si Mme B pouvait être remise à disposition de son administration d'origine par une décision du maire d'Idron, ce dernier n'était en revanche pas compétent pour mettre fin à son détachement de façon anticipée auprès de la collectivité. Par suite, l'acte attaqué, en tant qu'il met fin au détachement de Mme B, a été pris par une autorité incompétente.

16. En second lieu, les moyens tirés de l'absence de procédure contradictoire préalable à l'arrêté du ministre de l'intérieur du 12 mai 2021 mettant fin au détachement, de l'erreur matérielle et de l'erreur manifeste d'appréciation sur l'intérêt du service fondant le courrier attaqué, et du détournement de pouvoir doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6, 8 et 9.

17. Il résulte de tout ce qui précède que, d'une part, le courrier du maire d'Idron du 3 mai 2021, en tant qu'il met fin au détachement de Mme B, doit être annulé, d'autre part, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune d'Idron, les conclusions aux fins d'annulation du courrier de cette même autorité du 3 mars 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune d'Idron doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière la somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le courrier du maire d'Idron du 3 mai 2021, en tant qu'il met fin au détachement de Mme B, est annulé.

Article 2 : La commune d'Idron versera à Mme B une somme de 800 (huit cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de Mme B sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune d'Idron sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Idron.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

F. GENTY

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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