jeudi 3 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Pau |
| Section | Tribunal Administratif de Pau |
| N° Dossier | TA64-2101643 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP THOMAS GACHIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juin 2021 et le 22 octobre 2021, Mme B Hesleau, représentée par Me Gachie, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 avril 2021 par laquelle le président du conseil départemental des Landes a suspendu son agrément d'assistante familiale ;
2°) et de mettre à la charge du département des Landes une somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, le département des Landes conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un recours préalable ;
- les moyens soulevés par Mme Hesleau ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Duchesne,
- et les conclusions de Mme Michaud, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Hesleau est titulaire d'un agrément d'assistante familial depuis le 1er novembre 1997, renouvelé en dernier lieu le 1er novembre 2012, sans limitation de durée, pour accueillir à titre permanent et de façon continue trois mineurs ou jeunes majeurs de moins de 21 ans. Par une décision du 10 novembre 2020, son agrément a été modifié à titre dérogatoire et temporaire, du 6 mars 2020 au 10 novembre 2021, pour l'accueil de six mineurs ou majeurs de moins de 21 ans. Le 16 avril 2021, la garde des six enfants confiés à Mme Hesleau lui a été retirée. Après avoir adressé un signalement au procureur de la République le 19 avril 2021, par une décision en date du 20 avril 2021, le président du conseil départemental des Landes a prononcé la suspension de son agrément d'assistante familiale pour une durée de quatre mois. Mme Hesleau demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la recevabilité :
2. Contrairement à ce qui est soutenu par le département des Landes, les conclusions de la requête présentée par Mme Hesleau qui tendent uniquement à l'annulation de la décision du 20 avril 2021 prononçant la suspension de son agrément d'assistante familiale, et non au paiement d'une somme d'argent, n'avaient pas à être précédées d'une demande préalable indemnitaire. Par ailleurs, aucune disposition législative ou règlementaire ne conditionne la recevabilité de ces mêmes conclusions à fin d'annulation à l'exercice d'un recours administratif préalable obligatoire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne () ". Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer de ce que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être. Il peut en outre, si la première appréciation de ces éléments révèle une situation d'urgence, procéder à la suspension de l'agrément.
5. La décision par laquelle l'autorité administrative prononce la suspension de l'agrément d'un assistant maternel ou familial constitue une mesure de police administrative prise dans l'intérêt des enfants accueillis. Une mesure de police n'est légale que si elle est nécessaire au regard de la situation de fait existant à la date à laquelle elle a été prise, éclairée au besoin par des éléments d'information connus ultérieurement. Toutefois, lorsqu'il ressort d'éléments sérieux portés à sa connaissance qu'il existe un danger à la fois grave et imminent exigeant une intervention urgente qui ne peut être différée, l'autorité de police ne commet pas d'illégalité en prenant les mesures qui paraissent nécessaires au vu des informations dont elle dispose à la date de sa décision.
6. Pour suspendre, par sa décision du 20 avril 2021, l'agrément de Mme Hesleau, le président du conseil départemental des Landes s'est fondé sur les informations portées à la connaissance du service de l'aide sociale à l'enfance (ASE), le 16 avril 2021, et ayant fait par la suite l'objet d'un rapport d'incident adressé au procureur de la République, à partir des propos d'une des enfants accueillis chez Mme Hesleau accusant le conjoint de cette dernière d'attouchements sexuels. Il ressort de ce rapport, établi le 19 avril 2021 par l'éducatrice de l'aide sociale à l'enfance (ASE) à l'issue d'une visite au domicile de la mère biologique, que la plus jeune des trois sœurs de la fratrie, accueillie depuis juillet 2008 chez Mme Hesleau, se plaint de ce que lorsque le compagnon de l'assistante familiale vient la chercher au collège pour la conduire à la maison des adolescents le mercredi, " il la pince souvent au ventre et aux cuisses, pour l'embêter, ne sachant pas si c'est pour s'amuser ". Elle ajoute en pleurant, qu'il la pince aussi au niveau des parties génitales, par-dessus ses vêtements.
7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si ce rapport circonstancié relate un comportement et des gestes précis, ce récit n'émane que d'une seule des six enfants placés chez Mme Hesleau et n'est pas corroboré par les autres enfants accueillis, qui n'ont été ni témoins, ni victimes de tels gestes. D'ailleurs, l'une des sœurs présente lors de cet aveu, a indiqué découvrir ces faits. Si elle ajoute que le compagnon de Mme Hesleau a l'habitude de les taquiner et de les toucher, et qu'elles lui font remarquer qu'elles n'aiment pas cela, et précise " ne pas s'être sentie à l'aise lors des vacances à la plage ", en raison de ce qu'il a pu porter sur elles des regards appuyés, elle ne se plaint néanmoins d'aucun geste équivoque. Il ressort en outre des pièces du dossier, que les services de l'ASE disposaient par ailleurs d'autres éléments susceptibles de les faire douter de la vraisemblance de ces accusations, et notamment les circonstances que la jeune fille qui en est à l'origine, présente des troubles sévères de l'attachement pour lesquels elle est d'ailleurs suivie, qu'elle fait part de souffrances relationnelles aux autres et qu'elle a comparé le comportement dénoncé à celui déjà subi au cours de l'été 2018 en colonie de vacances où un " adolescent lui aurait caressé les fesses ".
8. Au regard de ces derniers éléments portés à la connaissance de l'administration, et alors, d'une part, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les services de l'aide sociale à l'enfance aient entrepris les moindres diligences avant de prononcer la suspension de l'agrément de Mme Hesleau qui accueille l'enfant et ses sœurs depuis douze ans et, d'autre part, qu'aucun autre élément ne permettait de présumer de l'existence d'un comportement d'une telle gravité, les faits imputés au compagnon de Mme Hesleau ne présentaient pas, à la date de la décision contestée, un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité. Dans ces conditions, et compte tenu par ailleurs de ce que Mme Hesleau qui bénéficiait d'agréments régulièrement renouvelés depuis 1997, n'avait jamais fait l'objet d'un signalement pour une quelconque maltraitance, et que l'enfant faisait, pour sa part, l'objet d'une prise en charge psychologique, Mme Hesleau est fondée à soutenir que le président du conseil départemental des Landes ne pouvait, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, procéder à la suspension de son agrément d'assistante familiale.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme Hesleau est fondée à demander l'annulation de la décision du président du conseil départemental des Landes du 20 avril 2021.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Landes une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme Hesleau et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du président du conseil départemental des Landes du 20 avril 2021 est annulée.
Article 2 : Le département des Landes versera à Mme Hesleau une somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Hesleau et au département des Landes.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Quéméner, présidente,
Mme Duchesne, conseillère,
M. Diard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2023.
La rapporteure,
Signé : M. DUCHESNE
La présidente,
Signé : V. QUEMENERLa greffière,
Signé : M. A
La République mande et ordonne à la préfète des Landes en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026