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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101646

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101646

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CABINET PERSONNAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Patrick Sorin Vins, représentée par Me Logeais, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 21 décembre 2020 et du 22 janvier 2021 par lesquels le maire de Saint-Pée-sur-Nivelle s'est opposé à la déclaration préalable présentée par la requérante en vue d'un changement de destination en commerce, ensemble la décision par laquelle cette même autorité a implicitement rejeté son recours gracieux formé contre ces arrêtés ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Pée-sur-Nivelle de lui délivrer un certificat de non-opposition à la déclaration préalable ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les arrêtés attaqués ont été signés par une autorité incompétente ;

- ils sont entachés d'un vice de procédure au regard de l'article L. 222-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'ils ont eu pour effet de retirer la décision de non-opposition tacite née le 23 décembre 2020 sans qu'elle ait été mise à même de présenter ses observations ;

- le motif de refus tenant à ce que les commerces sont interdits en zone N est entaché d'erreur de droit, le plan local d'urbanisme de la commune autorisant le changement de destination en zone N.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle, représentée par Me Jambon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le maire était en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée ;

- les moyens soulevés par la société Patrick Sorin vins ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un motif relevé d'office, tiré du défaut d'intérêt pour agir de la société Patrick Sorin Vins contre l'arrêté du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle du 22 janvier 2021 en tant qu'il porte retrait de l'arrêté du

21 décembre 2020.

Des observations, présentées pour la société Patrick Sorin Vins ont été enregistrées le

27 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumez-Fauchille,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- les observations de Me Logeais, représentant la société Patrick Sorin vins, et de Me Coto, représentant la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 décembre 2020, le maire de Saint-Pée-sur-Nivelle s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Patrick Sorin Vins en vue du changement de destination d'une partie de son bien immobilier. Par un arrêté du 22 janvier 2021, cette même autorité a retiré cet arrêté et s'est de nouveau opposée à cette déclaration. La société Patrick Sorin Vins demande l'annulation de ces arrêtés et de la décision implicite par laquelle le maire de Saint-Pée-sur-Nivelle a rejeté son recours gracieux formé contre ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 22 janvier 2021 en tant qu'il porte retrait de l'arrêté du

21 décembre 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables ; (). ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; (). ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable ; (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi que le pétitionnaire en a été informé par courrier du 5 octobre 2020, le délai d'instruction de sa déclaration préalable était prolongé d'un mois en raison de la situation du projet aux abords d'un monument historique. Le dossier accompagnant cette déclaration préalable ayant été complété le 23 octobre 2020, le délai d'instruction expirait le 23 décembre 2020. Or il n'est pas contesté que l'arrêté par lequel le maire a fait opposition à la déclaration préalable, signé le 21 décembre 2020, a été notifié au mois de janvier 2021. Dès lors, à défaut de notification d'une décision du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle dans le délai d'instruction, une décision de non-opposition à la déclaration préalable est tacitement née du silence gardé par l'autorité compétente. En conséquence, l'arrêté du

21 décembre 2020, notifié au mois de janvier 2021, a implicitement mais nécessairement eu pour effet de retirer cette décision tacite, et l'arrêté attaqué du 22 janvier 2021, retirant cet arrêté et portant de nouveau opposition à la déclaration préalable doit être regardé comme retirant également cette décision tacite.

4. Dès lors, l'arrêté attaqué, en tant qu'il retire l'arrêté du 21 décembre 2020, ne fait pas grief à l'entreprise requérante. Par suite, cette dernière ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre l'arrêté du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle du 22 janvier 2021, en tant qu'il retire son arrêté du 21 décembre 2020

En ce qui concerne l'arrêté du 22 janvier 2021 en tant qu'il porte opposition à déclaration préalable :

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, en retirant l'arrêté du 21 décembre 2020, l'arrêté attaqué a fait renaître la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable dont était bénéficiaire l'entreprise requérante, et, en faisant de nouveau opposition à cette déclaration, cet arrêté a implicitement mais nécessairement retiré cette décision tacite.

6. En premier lieu, le retrait de la décision de non-opposition à une déclaration préalable est une faculté en l'absence de demande de tiers. Par suite, et en tout état de cause, le maire de Saint-Pée-sur-Nivelle n'est pas fondé à soutenir qu'il était en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; (). ".

8. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'urbanisme que le maire envisage de retirer. La décision de retrait prise par le maire est ainsi illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le titulaire de l'autorisation a été effectivement privé de cette garantie.

9. Comme le soutient l'entreprise pétitionnaire, cette dernière n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations préalablement au retrait, par l'arrêté attaqué, de la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable dont elle bénéficiait. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des articles L. 211-1 et

L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 22 janvier 2021, en tant qu'il porte opposition à la déclaration préalable présentée par l'entreprise Patrick Sorin Vins, et, par voie de conséquence, la décision du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle, en tant qu'elle porte rejet implicite du recours gracieux formé par l'entreprise Patrick Sorin Vins contre cet arrêté, doivent être annulés.

En ce qui concerne l'arrêté du 21 décembre 2020 :

11. Le juge de l'excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d'une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu'il n'y a plus lieu de statuer sur des conclusions aux fin d'annulation dont il est saisi, tant que cette décision n'est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations. A ce titre, lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.

12. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par son arrêté du 22 janvier 2021, le maire de Saint-Pée-sur-Nivelle a retiré l'arrêté du 21 décembre 2020. Or, ainsi qu'il a été également dit au

point 3, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 22 janvier 2021 en tant qu'il opère ce retrait, doivent être rejetées, de sorte que cet arrêté, dans cette mesure, est devenu définitif. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2020, et, par voie de conséquence, la décision du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle, en tant qu'elle porte rejet implicite du recours gracieux formé par l'entreprise Patrick Sorin Vins contre cet arrêté, sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. () ".

14. Compte tenu de l'existence de la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable présentée par la société Patrick Sorin Vins, il y a lieu d'enjoindre au maire de Saint-Pée-sur-Nivelle de délivrer à la société Patrick Sorin Vins un certificat de non-opposition à déclaration préalable, dans un délai de quinze jours suivant la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.".

16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle doivent dès lors être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de cette dernière une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Patrick Sorin vins et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle du 21 décembre 2020 et de la décision de cette même autorité, en tant qu'elle porte rejet implicite du recours gracieux formé par l'entreprise Patrick Sorin Vins contre cet arrêté.

Article 2 : L'arrêté du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle du 22 janvier 2021, en tant qu'il porte opposition à la déclaration préalable présentée par l'entreprise Patrick Sorin Vins, et la décision du maire de Saint-Pée-sur-Nivelle, en tant qu'elle porte rejet implicite du recours gracieux formé par cette même entreprise contre cet arrêté, sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle de délivrer à l'entreprise Patrick Sorin Vins un certificat de non-opposition à la déclaration préalable présentée par cette dernière.

Article 4 : La commune de Saint-Pée-sur-Nivelle versera à l'entreprise Patrick Sorin Vins une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de la requête de la société Patrick Sorin Vins sont rejetées pour le surplus.

Article 6 : Les conclusions de la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Patrick Sorin Vins et à la commune de Saint-Pée-sur-Nivelle.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

Mme Dumez-Fauchille, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

V. DUMEZ-FAUCHILLE

Le président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition :

La greffière,

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