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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101650

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101650

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101650
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationCHAMBRE 2
Avocat requérantLEPLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2021 et le 29 novembre 2022, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie Briol, la société à responsabilité limitée Cavicom, la société en nom collectif Pharmacie Fernandez, la société d'exercice libéral par actions simplifiée Pharmacie Sainte-Barbe et la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Liénard-Roger, représentées par Me Leplat, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a autorisé le transfert de l'officine de pharmacie exploitée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie du sud du 1 place des thermes romains au 2 rue des Oustalots à Oloron-Sainte-Marie ;

2°) d'enjoindre à l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine de procéder à la fermeture et au départ de l'officine de pharmacie exploitée par la société Pharmacie du sud sur le lieu du transfert au 2 rue des Oustalots à Oloron-Sainte-Marie dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- elles justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- le dossier de demande de transfert de l'officine de pharmacie exploitée par la société Pharmacie du sud est incomplet, en méconnaissance de l'article R. 5125-1 du code de la santé publique ;

- le directeur général de l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 5125-3 et L. 5125-3-1 du code de la santé publique dès lors qu'il a estimé que le transfert sollicité par la société Pharmacie du sud s'effectuait au sein d'un même quartier ;

- il a fait une inexacte application des dispositions du 1° de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique en accordant le transfert de la société Pharmacie du sud au 2 rue des Oustalots, lequel compromet l'approvisionnement nécessaire de la population résidente du quartier d'origine en médicaments.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 novembre 2021 et le 7 décembre 2022, l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la société à responsabilité limitée Cavicom, la société en nom collectif Pharmacie Fernandez, la société d'exercice libéral par actions simplifiée Pharmacie Sainte-Barbe et la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Liénard-Roger ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par la société Pharmacie Briol et autres ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 mai 2022 et le 16 décembre 2022, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie du sud, représentée par Me Gervais de Rouville, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des sociétés requérantes une somme globale de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la société Pharmacie Briol et autres ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par la société Pharmacie Briol et autres ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie Briol, la société à responsabilité limitée Cavicom, la société en nom collectif Pharmacie Fernandez, la société d'exercice libéral par actions simplifiée Pharmacie Sainte-Barbe et la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Liénard-Roger a été enregistré le 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus a cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aubry

- et les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 26 avril 2021, le directeur général de l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a autorisé le transfert d'une officine de pharmacie exploitée par la société Pharmacie du sud du 1 place des thermes romains au 2 rue des Oustalots à Oloron-Sainte-Marie. La société Pharmacie Briol et autres demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, en se bornant à soutenir que le dossier de demande de transfert d'une officine de pharmacie mentionnée à l'article R. 5125-1 du code de la santé publique est incomplet, sans même indiquer les éventuelles insuffisances ou incomplétudes qui entacheraient ce dossier, les sociétés requérantes n'assortissent pas leur moyen tiré de la méconnaissance de cet article, des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, d'une commune (), sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes :/ 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. / () ". Selon l'article L. 5125-3-1 du même code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier. ".

4. Il résulte des dispositions précitées que l'autorité administrative ne peut autoriser le transfert d'une officine pharmaceutique qu'à la double condition, d'une part, qu'il permette de répondre de façon optimale aux besoins en médicaments de la population résidant dans le quartier d'accueil et, d'autre part, qu'il n'ait pas pour effet de compromettre l'approvisionnement de la population résidente du quartier d'origine. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de vérifier si les projets de transfert d'officines de pharmacie sur lesquels l'autorité administrative se prononce remplissent cette double condition. Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier les effets du transfert et du regroupement envisagé sur l'approvisionnement en médicaments du quartier d'origine et du quartier de destination où l'officine doit être transférée ainsi que, le cas échéant, des autres quartiers pour lesquels ce transfert est susceptible de modifier significativement l'approvisionnement en médicaments.

5. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'après avoir indiqué que la commune d'Oloron-Sainte-Marie comptait une population recensée de 10 629 habitants, et desservie par six officines de pharmacies, le directeur général de l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a estimé que le transfert sollicité par la société Pharmacie du sud s'effectue au sein d'un même quartier, délimité à l'ouest par la route départementale 6, au nord par la cathédrale d'Oloron-Sainte-Marie, à l'est par la route nationale 134 longeant le gave d'Aspe et au sud par la commune de Bidos. Il ressort des pièces du dossier que ce quartier englobe une zone cohérente comprenant à la fois un secteur pavillonnaire où est implantée l'officine exploitée par la société Pharmacie du sud et un secteur à vocation commerciale où doit être transférée cette officine, lesquels ne sont pas séparés par des limites naturelles ou des obstacles urbains infranchissables et présentent une densité relativement homogène de population. En outre, la distance séparant l'emplacement initial de l'officine exploitée par la société Pharmacie du sud de celui transféré est de 1,5 km. Ainsi, le périmètre retenu par l'autorité administrative présente une unité géographique et humaine permettant le respect, prévu à l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, du caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins de la population résidente.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les distances géographiques séparant le nouvel emplacement de l'officine exploitée par la société Pharmacie du sud de ceux des officines exploitées par les sociétés Pharmacie Sainte-Barbe et Cavicom sont respectivement de 1,1 km et de 1,2 km. Le transfert autorisé par l'arrêté attaqué n'est ainsi pas de nature à compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente dès lors qu'avant ce transfert, ces distances étaient respectivement de 600 m et de

1,1 km. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le directeur général de l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 5125-3 et L. 5125-3-1 du code de la santé publique.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par l'agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine et la société Pharmacie du sud, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de la société Pharmacie Briol et autres doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par la société Pharmacie Briol et autres, n'implique aucune mesure d'exécution Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par les sociétés requérantes doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

10. La société Pharmacie du Sud ne justifie pas avoir exposé des dépens dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées par elle à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

11. En se

cond lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Pharmacie Briol et autres doivent dès lors être rejetées. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ces dernières une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Pharmacie du sud et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Pharmacie Briol et autres est rejetée.

Article 2 : La société Pharmacie Briol et autres verseront à la société Pharmacie du sud une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la société Pharmacie du sud sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie Briol, à la société à responsabilité limitée Cavicom, à la société en nom collectif Pharmacie Fernandez, à la société d'exercice libéral par actions simplifiée Pharmacie Sainte-Barbe, à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Liénard-Roger, à la ministre de la santé et de l'accès aux soins et à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Pharmacie du sud.

Copie en sera adressée à l'agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Aubry, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. AUBRY

Le président,

F. DE SAINT-EXUPERY DE CASTILLONLa greffière,

S. SEGUELA

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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