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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101657

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101657

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BOUYSSOU & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires en production de pièces et des mémoires, enregistrés le 23 juin 2021, le 6 juillet 2021, le 16 août 2021, le 20 septembre 2021, le 25 mars 2022, le 28 septembre 2022 et le 13 octobre 2022, M. B D et Mme A D demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 par lequel le maire de Salles a accordé à M. B C un permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement comportant deux lots.

Ils soutiennent que l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 111-4, L. 111-5, L. 122-5, L. 122-5-1, L. 122-7, L. 122-8, L. 122-9, L. 122-10 et R. 111-14 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 septembre 2021 et les 21 et 23 septembre 2022, M. B C conclut au rejet de la requête, à la condamnation des requérants à leur payer la somme totale de 24 277 euros en application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge de ces derniers une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er décembre 2021 et le 9 septembre 2022, la commune de Salles, représentée par Me Izembard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Diard,

- les conclusions de Mme Réaut, rapporteure publique,

- et les observations de M. D et de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 février 2021, le maire de Salles (Hautes-Pyrénées) a accordé à M. C un permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement comportant deux lots destinés chacun à la construction d'une maison à usage d'habitation. M. et Mme D demandent l'annulation de l'arrêté du 23 février 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les conditions d'utilisation et de protection de l'espace montagnard sont fixées par le présent chapitre qui s'applique dans les zones de montagne définies à l'article 3 de la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne. ". Aux termes de l'article L. 122-5 de ce code : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. ". Aux termes de l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux. ". Enfin, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 122-7 du même code, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Dans les communes ou parties de commune qui ne sont pas couvertes par un plan local d'urbanisme ou une carte communale, des constructions qui ne sont pas situées en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants peuvent être autorisées, dans les conditions définies au 4° de l'article L. 111-4 et à l'article L. 111-5, si la commune ne subit pas de pression foncière due au développement démographique ou à la construction de résidences secondaires et si la dérogation envisagée est compatible avec les objectifs de protection des terres agricoles, pastorales et forestières et avec la préservation des paysages et milieux caractéristiques du patrimoine naturel prévus aux articles L. 122-9 et L. 122-10. ".

3. La commune de Salles est classée en zone de montagne. Dès lors, les dispositions des articles L. 122-1 et suivants du code de l'urbanisme régissent entièrement la situation de cette commune pour l'application de la règle de constructibilité limitée, alors même qu'elle n'est pas dotée de plan local d'urbanisme, de document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, à l'exclusion des dispositions prévues aux articles L. 111-3 et suivants du même code et de leurs dispositions réglementaires d'application. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 111-4, L. 111-5 et R. 111-14 du code de l'urbanisme sont inopérants.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est bordé sur sa partie est par une parcelle sur laquelle est implantée une maison d'habitation située à une distance d'environ 20 mètres, rattachée au village de la commune de Salles. En outre, ce terrain est desservi par la route du Bergons, qui est une voie publique, et par un chemin privé qui longe la maison d'habitation rappelée précédemment, et qui doit être déplacé et aménagé comme voie interne sur une distance d'environ 100 mètres. Les deux lots du lotissement ne nécessitent d'être reliés aux réseaux publics de distribution d'eau potable et d'électricité que sur des distances respectives d'environ 60 et 80 mètres. Enfin, la circonstance selon laquelle le projet en litige se situe à l'ouest de la route du Bergons ne permet pas de caractériser une rupture physique avec le village de Salles alors que d'autres constructions du village sont également implantées à l'ouest et au sud de cette même voie. Dès lors, le projet en litige doit être regardé comme réalisé en continuité du village de Salles au sens et pour l'application des dispositions précitées des articles L. 122-5 et L. 122-5-1 du code de l'urbanisme. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le maire de Salles n'a pas fait une inexacte application de ces dispositions.

5. En troisième lieu, ainsi qu'il a dit au point précédent, le projet en litige doit être regardé comme réalisé en continuité du village de Salles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article L. 122-7 du code de l'urbanisme, relatives aux constructions qui ne sont pas situées en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, est inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 122-8 du code de l'urbanisme : " La capacité d'accueil des espaces destinés à l'urbanisation est compatible avec la préservation des espaces naturels et agricoles mentionnés aux articles L. 122-9 et L. 122-10. ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le lotissement projeté, qui est réalisé en continuité du village de Salles et comporte deux lots destinés chacun à la construction d'une maison à usage d'habitation, soit, au regard de sa capacité d'accueil, incompatible avec la préservation des espaces naturels et agricoles. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas été pris en méconnaissance de l'article L. 122-8 du code de l'urbanisme.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition. ".

9. S'il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, d'une superficie de 2 155 m², est bordé par des terres agricoles et s'il est constant qu'il a pu faire l'objet de cultures fourragères, il n'est pas sérieusement contesté qu'il est désormais délaissé par son exploitant, en raison de sa pente et de son exploitation difficile par les engins agricoles, au profit du reliquat de la parcelle cadastrée section B n° 1053, d'une superficie totale de 8 746 m², dont sont détachés les deux lots du lotissement projeté. En outre, ce terrain n'est pas situé dans un fond de vallée. Dans ces conditions, il n'est pas établi que ce tènement soit nécessaire au maintien et au développement des activités agricoles. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas non plus été pris en méconnaissance de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 122-9 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à l'occupation des sols comportent les dispositions propres à préserver les espaces, paysages et milieux caractéristiques du patrimoine naturel et culturel montagnard. ".

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le lotissement projeté ne porte pas atteinte à la préservation des espaces montagnards. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas davantage été pris en méconnaissance de l'article L. 122-9 du code de l'urbanisme.

12. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Salles et M. C, les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. et Mme D doivent être rejetées.

Sur les conclusions de M. C présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

13. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. ".

14. Quand bien même les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. et Mme D doivent être rejetées, il ne résulte pas de l'instruction que le présent recours a été mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part des requérants. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de

M. et Mme D une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Salles et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par M. C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront à la commune de Salles une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. C au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la commune de Salles et à M. B C.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Saint-Exupéry de Castillon, président,

Mme Genty, première conseillère,

M. Diard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. DIARDLe président,

Signé

F. DE SAINT-EXUPERY DE

CASTILLONLa greffière,

Signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Pyrénées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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