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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2101828

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2101828

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2101828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE 2
Avocat requérantCABINET ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises le 19 novembre 2019, le 6 août 2020, le 19 août 2020, le 21 août 2020, et le 25 août 2020 ;

2°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 29 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite assorti des points illégalement retirés dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les cinq décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure substantiel dans la mesure où l'administration ne lui a pas communiqué les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision prononçant l'invalidation de permis de conduire est illégale par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les mentions afférentes à l'infraction commise le 6 août 2020 ainsi que la décision " 48 SI " contestée ont été supprimées du relevé d'information intégral du requérant ;

- le moyen soulevé par M. A n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 29 mai 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A l'ensemble des retraits de points successivement opérés à la suite des cinq infractions relevées à son encontre et a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 19 novembre 2019, 6 août 2020, 19 août 2020, 21 août 2020 et le 25 août 2020, et par voie de conséquence, la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A, édicté en cours d'instance, le 14 octobre 2021, que le ministre de l'intérieur a supprimé les mentions relatives à l'infraction commise le 6 août 2020 en ce compris le retrait de points y afférent, ainsi que les mentions relatives à la décision 48 SI portant invalidation du permis de conduire du requérant. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 6 août 2020, et de la décision 48SI du 29 mai 2021 portant invalidation du permis de conduire de M. A sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

3. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à un retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction du 21 août 2020 :

4. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ".

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'infraction constatée le 21 août 2020, a fait l'objet d'un procès-verbal dressé à l'aide d'un appareil électronique doté d'un logiciel mis à jour faisant apparaitre les informations complètes requises par le code de la route, sous lesquelles M. A a apposé sa signature. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen manque en fait et ne peut qu'être écarté.

S'agissant des infractions des 19 novembre 2019, 19 août 2020 et 25 août 2020 :

7. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code prévoient que lorsqu'une contravention soumise à la procédure de l'amende forfaitaire est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé ou bien à la suite d'une mesure effectuée par un radar automatique, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est ainsi relevée et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

8. Il résulte de l'instruction, en particulier des mentions figurant sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'infraction au code de la route du 19 août 2020 a été constatée par un procès-verbal établi au vu des résultats d'un radar automatique, tandis que celles du 19 novembre 2019 et du 25 août 2020 l'ont été par un procès-verbal électronique et que toutes ces infractions ont donné lieu au paiement différé de l'amende forfaitaire. Dans ces conditions, à défaut pour le requérant de démontrer que les avis de contravention qu'il a nécessairement reçus pour procéder au paiement des amendes, étaient erronés ou incomplets, il y a lieu de considérer que l'administration a accompli à son égard l'obligation d'information à laquelle elle était tenue en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il s'ensuit que le vice de procédure manque en fait et doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester les décisions de retrait de points demeurant en litige et que les conclusions tendant à leur annulation ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de points relative à l'infraction du 6 août 2020 et de la décision 48SI du 29 mai 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La présidente,

Signé

V. QUEMENER La greffière,

Signé

A. STRZALKOWSKA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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