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AccueilJurisprudence administrativeN° TA64-2102067

Tribunal Administratif de Pau — Décision N° TA64-2102067

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Pau
SectionTribunal Administratif de Pau
N° DossierTA64-2102067
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE 3
Avocat requérantTEJAS AVOCATS PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 août 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 11 décembre 2023, M. A B, représenté par l'AARPI Sphère avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le maire d'Arbonne s'est opposé à la déclaration préalable qu'il avait déposée pour l'installation d'une pompe à chaleur, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire d'Arbonne de lui délivrer une décision de non opposition à déclaration préalable dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Arbonne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit, en méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué, qui doit être regardé comme une décision de retrait d'une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable, a été pris sans mise en œuvre d'une procédure contradictoire ;

- la pose d'une pompe à chaleur en façade n'est pas interdite par l'article 9 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme ; et le projet, qui ne sera pas visible depuis l'espace public, n'est donc pas de nature à porter atteinte à l'aspect architectural ;

- seules les dispositions de l'article 10 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme pouvaient être opposées à son projet ; en l'espèce, le projet, qui limite son impact visuel, est conforme à ces dispositions.

Par un mémoire, enregistré le 9 septembre 2022, la commune d'Arbonne, représentée par la SARL Boissy avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roussel Cera,

- les conclusions de Mme Duchesne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Macagno représentant M. B.

Une note en délibéré, enregistrée le 7 juin 2024, a été présentée pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé, le 22 février 2021, une déclaration préalable pour l'installation d'une pompe à chaleur sur son balcon à Arbonne. Il demande l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le maire s'est opposé à cette déclaration préalable.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée () ".

3. L'arrêté attaqué vise l'article 9 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme, relatif à l'aspect extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords, et précise que son paragraphe 7 dispose que les ouvrages techniques (appareils de climatisation, antenne parabolique etc) sont interdits sur balcon ou en appui de fenêtre. Cette décision énonce ainsi les considérations de droit qui en constituent le fondement, mettant le requérant à même d'en comprendre le motif, quand bien même elle ne cite pas intégralement les dispositions de ce paragraphe 7. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en droit de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 423- 23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () / c) Lorsque le projet est situé () dans les abords des monuments historiques ". Enfin, aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé un dossier complet de déclaration préalable le 22 février 2021. Il n'est pas contesté que le projet en litige se situe dans les abords de deux monuments historiques, l'église Saint Laurent et l'ancienne benoiterie. M. B a été informé le 2 mars 2021 que le délai d'instruction de sa déclaration était de ce fait majoré d'un mois. Il expirait donc en l'espèce le 22 avril 2021. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, daté du 19 mars 2021 et notifié à l'intéressé par lettre recommandée avec accusé de réception le 2 avril 2021, ne saurait être regardé comme retirant une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'adoption de l'arrêté attaqué aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire est inopérant et doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme d'Arbonne, relatif à l'aspect extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords : " 1. Principe général : Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales (). / 7. Ouvrages techniques apparents, aires de stockage de déchets : Les citernes à gaz liquéfié ou à mazout, ainsi que les installations similaires seront implantées de telle manière qu'elles ne soient pas visibles de la voie publique. La pose des antennes paraboliques, les appareils de climatisation et des extracteurs en façade, sur balcon, en appui de fenêtre sont interdits. L'installation pourra être refusée en toiture si par sa situation et son aspect elle porte atteinte à l'environnement ou à l'aspect architectural de l'immeuble () ".

7. Il est constant que le projet en litige consiste en l'installation sur un balcon de l'unité extérieure d'une pompe à chaleur. L'arrêté attaqué est fondé sur l'interdiction de ce type d'installation sur un balcon par le paragraphe 7 de l'article 9 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme.

8. Eu égard à la similitude de ce type d'installation avec un " appareil de climatisation ", les pompes à chaleur sont interdites par l'alinéa 2 du paragraphe 7 de l'article 9 du règlement de la zone UA, quand bien même le terme " pompe à chaleur " n'est pas expressément mentionné par ces dispositions. Au demeurant, l'article 10 du même règlement, dont se prévaut le requérant, assimile " climatiseurs et pompes à chaleur ". La circonstance que le projet ne serait pas visible de l'espace public et ne serait donc pas de nature à porter atteinte à l'aspect architectural est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors que l'interdiction posée par l'alinéa 2 du paragraphe 7 de l'article 9 du règlement n'est pas soumise à une telle condition. Enfin, la circonstance que l'article 10 du règlement de la zone UA, relatif aux " obligations en matière de performance énergétique et environnementale " rappelle la nécessité de limitation de l'impact visuel des climatiseurs et pompes à chaleur ne remet pas en cause l'interdiction de pose de telles installations techniques sur un balcon dont le principe est posé à l'article 9. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit au regard des articles 9 et 10 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Arbonne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. B une somme de 1 200 euros à verser à la commune d'Arbonne en application de ces mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune d'Arbonne une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à la commune d'Arbonne.

Délibéré après l'audience du 29 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Madelaigue, présidente,

M. Roussel Cera, premier conseiller,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

signé

F. MADELAIGUE La greffière,

signé

P. SANTERRE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Atlantiques, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

signé

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